Pour sa quatrième et dernière carte blanche, notre invitée de la semaine, Séverine Gay Degrendele – commissaire d’exposition du festival Impulse, dédié à la valorisation de la photographie émergente – partage ses réflexions sur l’évolution de notre métier et du monde de la photographie. Dans ce nouvel opus, elle partage ici son regard sur la création, la sensibilité et le temps nécessaire pour nourrir son œuvre, accompagné d’une sélection de ressources inspirantes.

Faire œuvre est un acte d’endurance qui exige de la recherche, de la constance, de l’implication, et une écoute attentive de soi-même. La création est un jaillissement. Elle se conjugue dans l’addition de l’instinct, de l’émotion, de la subjectivité, se nourrit de la curiosité, de la connaissance et de la culture. 

Produire c’est aussi savoir prendre le temps de ralentir, de se documenter, de se nourrir.

Le Kiosque – Alexandra Pianelli © Les Films de L’œil sauvage via GrandParis / Ad Libitum

 Le Centre National des Ressources Textuelles (CNRTL) définit “se nourrir” comme l’action de pourvoir aux moyens d’existence de quelqu’un, mais aussi au figuré comme le fait de “développer quelque chose en lui fournissant les ressources nécessaires. D’apporter à quelqu’un et à quelque chose (cœur, âme, esprit) ce qui peut l’enrichir (sur le plan intellectuel ou moral). Nourrir l’âme, l’esprit, l’intelligence.”

Nous pourrions aussi établir un parallèle avec le métier de curateur qui vient de curare  qui signifie étymologiquement “prendre soin”. Prendre soin de soi en tant que photographe est fondamental. 

Offrez-vous le temps de comprendre par quoi et par où passe votre sensibilité. Lisez des ouvrages, écoutez des podcasts, regardez des livres de photographies, allez dans les musées, regardez vos propres photographies, celles d’hier comme les plus récentes. Stimulez votre monde intérieur, parlez-vous de vous. Entendez ce qui vous habite, ce qui vous apporte bien- être, plénitude et bonheur. Faites de même avec ce qui vous révolte ou vous déplaît. Traquez et comprenez le chemin de vos émotions. Faites votre autoportrait au moyen d’une collecte d’images, d’articles, de notes, d’objets, etc. Revenez-y chaque fois que vous avez besoin de vous recentrer sur ce qui vous met en mouvement. 

Trois Couleurs – Bleu (1993) de Krzysztof Kieslowski

Parce que ce travail de curation et d’accompagnement commence par la curiosité, j’ai envie de partager ici quelques fragments de ce qui m’a nourrie, a déclenché des réflexions ou appuyé des propos. Sans pouvoir tout citer ni le définir comme une bibliothèque idéale, ces quelques ouvrages, dont la liste est en constante mutation et évidemment non exhaustive, sont autant de points d’appui qui ont résonné soit avec ma pratique curatoriale, dans mes accompagnements ou encore dans le seul but d’étayer ma pensée avec celles d’autres. Voici quelques ressources parcourues au fil du temps qui, je l’espère, vous serviront d’une manière ou d’une autre. 

  • Curating the complex & the open strike de Terry Smith. Sternberg press.
  • Unannounced Voices: Curatorial Practice and Changing Institutions, Zdenka Badovinac. Sternberg press.
  • Cycles, JJ Zana. Éditions bleu.
  • Why exhibit? vol.2 On curating photography. Fw Books.
  • L’image mouvement,Gilles Deleuze. Les éditions de Minuit.
  • L’image-temps Gilles Deleuze. Les éditions de Minuit.
  • Je mourrai sans avoir rendu tous les coups, Fabien Thévenot. Collection menace mineure, Le feu sacré.
  • Duane Michals le storyteller, Valentine Umansky. Filigranes éditions.
  • Curating in the Post-Internet Age, Boris Groys sur E-flux
  • Quels problèmes les artsites éditeurices peuvent-ils résoudre ? Éditions Burn Août.
  • Une brève histoire des lignes, Tim Ingold. Éditions Zones Sensibles.
  • Manuels “Aujourd’hui on dit travailleur.ses de l’art”, Julia Burtin Zortea et Louise Drul. 369 Éditions.
  • Revue Talweg 06, Pétrole éditions.
  • Notes sur le tragique prolétaire expérimental, Jackqueline Frost, Éric Pesty Éditeur.
  • Toutes les époques sont dégueulasses, Laure Murat. Verdier éditions.
  • Les versions, Laurence Cathala. Sombres Torrents.
  • Quelque chose noir, Jacques Roubaud. Gallimard poésie.
  • Artiste photographe, Fabiène Gay Jacob Vial. Éditions Eyrolles.
  • Jacqueline Salmon, une vie réfléchie, Sylviane Van de Moortele. Éditions Loco.
  • Dialogue sur l’art et la politique, Ken Loach et Édouard Louis. Éditions Puf.
  • Enquête sur les pratiquantes savantes ordinaires, Joëlle Le MArec et François Mairesse. Éditions Le bord de l’eau.
  • La voie du créatif, Guillaume Lamarre, Pyramid.
  • Vers l’écriture, Jeanne Benameur. Actes Sud.
  • Sociologie des publics, Jean-Pierre Esquenazi. Collection Repères, La Découverte.

INFORMATIONS PRATIQUES

jeu12mar(mar 12)14 h 30 minsam30mai(mai 30)19 h 00 minIMPULSE FESTIVAL - 6ÈME ÉDITIONGalerie Impulse, 19, rue Jouvène, 13200 Arles


+Galerie Impulse 19 rue jouvène, 13200 Arles
Jeudi au Samedi de 11h à 13h – 14h00 à 19h
+Galerie Actes Sud 47 Rue du Dr Fanton, 13200 Arles
Lundi de 13h30 à 19h – Mardi au Samedi de 10h à 19h
https://www.instagram.com/festivalimpulse/

La Rédaction
9 Lives magazine vous accompagne au quotidien dans le monde de la photographie et de l'Image.

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