Avec 246 exposants,199 galeries et 48 éditeurs venus de 38 pays, la 29ᵉ édition de Paris Photo célèbre en avant-première le Bicentenaire de la photographie à travers plusieurs temps forts, que nous présente Anna Planas, directrice artistique. Le secteur Principal réunit 44 solo shows, historiques ou plus contemporains, qui interrogent les origines du médium. Voices, sous le commissariat de Francesco Zanot et Zasha Colah, et Digital, confié à Marco De Mutiis, explorent quant à eux les mutations et les nouveaux territoires de la photographie. Émergence met à l’honneur 20 solo shows qui témoignent de la vitalité des écritures contemporaines.

À cette programmation s’ajoute la présentation d’une partie de la collection du Centre Pompidou, avec Révéler, conçue en dialogue avec cette manifestation historique. Sans oublier le parcours Elles x Paris Photo, placé sous le commissariat d’Aldeide Delgado, qui traduit l’engagement durable de la foire en faveur des artistes femmes sur l’impulsion de Florence Bourgeois. Anna Planas a répondu à mes questions.

Anna Planas © Cole Barash

Marie de la Fresnaye. Le Bicentenaire de la photographie est l’un des fils rouges de cette édition comment l’avez-vous imaginé ?

Anna Planas. Cette célébration offre en effet l’occasion de porter un regard particulier sur ce médium et de mettre en lumière sa richesse, son histoire et ses spécificités. La photographie peut aujourd’hui pleinement revendiquer une histoire qui lui est propre. Il sera l’occasion de mettre la photographie sur le devant de la scène et d’intéresser un public venant de différents univers. C’est un projet depuis la France, et qui suscite beaucoup d’interet à l’international. Nous l’avons remarqué au fil de nos voyages et rencontres, Le Bicentenaire de la photographie est une avant tout un projet institutionnel porté depuis la France et nous avons constaté l’intérêt qu’il suscitait, aussi bien auprès des galeries que du public et des collectionneurs.
C’est dans cet esprit que nous avons construit une programmation spéciale, avec notamment un parcours au sein de la foire et une invitation faite au Centre Pompidou, autour d’une sélection conçue par Damarice Amao, Florian Ebner et Julie Jones à partir d’acquisitions récentes. L’installation monumentale située à l’entrée de la foire a, quant à elle, été confiée à l’artiste Thomas Ruff, en partenariat avec ses cinq galeries. Cet accrochage rétrospectif, qui se déploie sur 36 mètres de long, entre naturellement en résonance avec le Bicentenaire.

Dans le secteur Principal et projets Prismes, nous avons souhaité, dans cette perspective, donner une place plus importante aux galeries historiques, notamment autour des débuts de la photographie. Nous avons ainsi invité plusieurs galeries parmi lesquelles Gilles Peyroulet, Barnabé Moinard, Serge Plantureux, Bruno Tartarin, mais aussi Hans P. Kraus, qui présente sur la foire des objets particulièrement singuliers, comme des dessins réalisés à la chambre claire.

© Isabelle Le Minh / Exposition au CPIF

Parallèlement, d’autres galeries proposent des approches plus contemporaines de la photographie et de ses enjeux. C’est notamment le cas de Christophe Gaillard, avec un solo show consacré à Isabelle Le Minh, ou encore de Binôme, qui présente une sélection d’œuvres autour de la matérialité du médium.

MdF. Le secteur Voices se penche sur le thème de la disparition : en quoi est-il en résonnance avec le Bicentenaire ?

AP. Lancé en 2024, ce secteur propose, au sein de la foire, une véritable proposition curatoriale pensée sous la forme d’une déambulation. Pour cette édition, les deux commissaires ont choisi d’explorer la notion de disparition, une thématique qui entre en résonance de manière paradoxale avec la nature même du médium photographique, à l’aube de son bicentenaire.
Car la photographie s’est historiquement constituée autour d’une promesse : celle d’enregistrer, de fixer le présent et d’en préserver la trace. Or, cette fonction mémorielle et documentaire se trouve aujourd’hui profondément questionnée par l’émergence de pratiques hybrides qui déplacent les contours du médium, jusqu’à mettre en crise sa capacité même à témoigner. L’image contemporaine embrasse aujourd’hui toutes ces transformations, révélant en creux l’instabilité croissante de son statut à l’ère des manipulations numériques et de l’intelligence artificielle.Le projet construit ainsi un dialogue entre différentes temporalités et pratiques, des expérimentations historiques aux recherches les plus contemporaines. La selection fait notamment se côtoyer le solo show consacré à Ulay par Charim, la présentation du travail de Léonard Pongo par Kristof De Clercq, ou encore le duo show réunissant Alessandro Calabrese et Guido Guidi par Viasaterna.

Sophie Ristelhueber, POGGI galerie, Paris Photo 2025, © Grégoire Grange

MdF. Le secteur Digital est confié à Marco De Mutiis : quels en sont les enjeux  

AP. L’une des premières initiatives que nous avons mises en place avec Florence Bourgeois, lorsque je suis arrivée à Paris Photo il y a trois ans, a été la création du secteur Digital. À l’époque, nous recevions déjà des propositions de galeries présentant des œuvres conçues ou diffusées sous la forme de NFT, mais ces pratiques restaient difficiles à inscrire dans la structure de la foire comme dans les logiques du marché. Il nous semblait donc essentiel de faire appel à un spécialiste, à un moment où ces formes étaient encore relativement nouvelles.

Depuis, le paysage a considérablement évolué. C’est même l’une des transformations les plus significatives de ces dernières années : les pratiques digitales ont progressivement trouvé leur place au sein des collections comme des institutions et auprès du public élargissant notre perception du réel.

La création du secteur Digital répondait ainsi à un double enjeu : accompagner cette transformation et offrir au public comme aux collectionneurs un espace de médiation et de compréhension. Il s’agissait également de donner une visibilité à une jeune scène artistique dont les pratiques, les langages et les modes de production nécessitaient encore d’être décryptés. L’enjeu n’était toutefois pas de l’isoler au sein de la foire.
Le secteur s’inscrit aujourd’hui pleinement dans cette problématique, qui se trouve renforcée avec l’arrivée d’un nouveau commissaire, Marco De Mutiis, curateur digital au Fotomuseum Winterthur, institution particulièrement engagée dans la conservation, la présentation et la mise en dialogue des pratiques digitales au sein de ses collections.

Pour ce nouveau chapitre, son parti pris consiste précisément à interroger les continuités autant que les ruptures qui traversent le champ photographique selon une approche prospective.

Dans cette perspective, le secteur réunit notamment les travaux de Chan-wook Park et Hyung-geun Park, présentés par la galerie byGRIDA, d’Evelyn Bencicova avec ARTEMIS, ainsi que ceux d’Alkan Avcıoğlu avec Heft Gallery.

Paris Photo 2025, Klemm’s gallery, Grand Palais, © Grégoire Grange

MdF. En quoi le taux de renouvellement des galeries encourage-t-il la diversité de la foire ?

AP. En effet, l’arrivée de 80 nouvelles participations marque cette année un véritable renouvellement de la foire, tout en renforçant la diversité des scènes et des provenances représentées. Cette ouverture internationale constitue précisément l’un des axes que nous poursuivons avec Florence Bourjois, à travers un travail de prospection mené au-delà des scènes européennes.
Cette édition se distingue notamment par une présence japonaise particulièrement affirmée, avec neuf galeries, mais aussi par une représentation significative de l’Amérique latine, à travers des galeries venues du Mexique, de Colombie ou encore du Venezuela. Plusieurs projets témoignent de cette volonté de mettre en lumière des pratiques et des récits encore trop peu visibles sur la scène internationale. C’est notamment le cas du projet présenté par La Cometa autour de Miguel Ángel Rojas, au moment où l’artiste bénéficie d’une rétrospective au Museo Reina Sofía de Madrid. Dans un registre différent, Proyectos Monclova propose également un solo show de la pionnière Kathy Horna.

Paris Photo 2025, Grand Palais, © Grégoire Grange

MdF. Elles x Paris Photo est confié cette année à Aldeide Delgado, fondatrice de WOPHA, Women Photographers International Archive : que va-t-elle proposer ?

AP. Il est important de souligner que cette année, la proportion d’artistes femmes présentées à Paris Photo atteint 38 %, témoignant d’une évolution significative de la représentation au sein de la foire. Cette progression s’inscrit dans l’engagement porté depuis sept ans par le programme Elles × Paris Photo, initié en collaboration avec le ministère de la Culture. Lors de sa création, les femmes ne représentaient que 20 % des artistes présentées.
Au-delà de cette progression statistique, l’enjeu est aussi celui de la visibilité individuelle des artistes. La multiplication des solo shows consacrés à des femmes constitue à cet égard un choix particulièrement important : en donnant à voir un ensemble cohérent d’œuvres ou une série significative, ces présentations permettent d’appréhender pleinement une démarche artistique.

Cette volonté de réécrire les récits de la photographie trouve notamment un écho dans le projet d’Aldeide Delgado, fondatrice de WOPHA, Women Photographers International Archive. Avec An Oceanic Beginning, elle interroge les conditions mêmes qui ont rendu possible l’émergence du médium, tout en proposant une histoire alternative de la photographie, attentive aux trajectoires, aux pratiques et aux récits longtemps invisibilisés.

INFORMATIONS PRATIQUES

jeu12nov(nov 12)11 h i mindim15(nov 15)19 h i minParis Photo 2026Le Grand Palais, 3, avenue du Général Eisenhower 75008 Paris OrganisateurParis Photo - Reed Expositions 0 Ajouter à ma wishlist

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Anna Planas, Directrice artistique de Paris Photo, est notre invitée
Anna Planas, nommée directrice artistique de Paris Photo

Marie-Elisabeth De La Fresnaye
Après une formation en littérature et histoire de l'art, Marie de la Fresnaye intègre le marché de l'art à Drouot et se lance dans l'événementiel. En parallèle à plusieurs années en entreprise dans le domaine de la communication éditoriale, elle créé son blog pour partager au plus grand nombre sa passion et expertise du monde de l'art contemporain et participe au lancement du magazine Artaïssime.

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