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Partager Partager Pour sa quatrième et dernière carte blanche éditoriale, notre invitée de la semaine, la poète, écrivaine et historienne de la photographie Carole Naggar, termine en beauté en nous parlant de la rétrospective consacrée à Denise Bellon, photographe humaniste, pionnière du photojournalisme et compagne de route des surréalistes, présentée au mahJ – Musée d’art et d’histoire du Judaïsme, jusqu’au 8 mars prochain. Carole nous partage ici la découverte d’une œuvre immense et d’un destin qui ont été oubliés. Un triste sort, hélas, réservé à de nombreuses autres femmes photographes… Cette rétrospective de 300 photos en noir et blanc, complétée par des objets personnels, des lettres, des photos de famille et des publications, couvre la période allant de l’entre-deux guerres aux années 70. Au musée, un parcours sinueux nous mène d’étage en étage, avec une scénographie inspirée qui transcende les espaces de ce musée qui sont souvent malaisés pour les accrochages. Elle révèle une photographe exceptionnelle dont jusqu’ici, je ne connaissais que quelques images. La Zone, Paris, 1938Tirage moderne© Denise Bellon / akg-images Comme beaucoup d’autres femmes de sa génération Bellon a été négligée par l’histoire. Marta Gili, quand elle était commissaire du Musée du Jeu de Paume, a mis en avant un bon nombre de ces femmes photographes de l’entre-deux guerres, mais d’autres sont sûrement à découvrir. Les photographes du cercle de Denise Bellon comme René Zuber, Emmanuel Sougez, Pierre Verger ou Pierre Boucher, ont retenu l’attention des historiens et fait l’objet de plusieurs livres. Maria Eisner est toujours identifiée comme fondatrice de l’agence Alliance Photo, qui a diffusé entre autres le travail de plusieurs photographes de Magnum comme Robert Capa et David “Chim” Seymour: mais là encore on oublie que Denise Bellon était cofondatrice d’Alliance. Peut-être est-ce la versatilité même de ses dons qui explique en partie cette méconnaissance. Il est impossible de faire tenir le travail de Bellon dans des cases préfabriquées : sa vision singulière en déborde. Pour elle, la photographie était quelque chose de magique, qui permettait de transcender l’instant, « un petit bout d’éternité. » Indépendante, prolifique, aventureuse, elle aurait voulu être une aventurière comme la suissesse Ella Maillart qui associait textes et photos dans ses livres. D’ailleurs une de ses filles, la cinéaste Yannick Bellon, également sujet avec sa sœur l’actrice Loleh Bellon de nombreux portraits intimes et tendres, la décrit ainsi : « elle avait le goût de l’aventure, de l’imprévu, du défi. Hardie dans ses comportements, elle aurait voulu être exploratrice. » Contrairement à Germaine Krull, Lucia Moholy, Aenne Bierman, Claude Cahun, Ergy Landau, Kata Kalman… qui en France, en Hongrie ou pendant la République de Weimar ont été créatrices sur un pied d’égalité avec les hommes, Bellon n’a publié aucun livre de son vivant. L’intérêt porté à son œuvre est relativement récent. Son époque glorifie le sport, la danse, le naturisme, et la libération de la « Nouvelle Femme ». Dans le travail de Bellon, le corps des femmes exulte, ainsi dans une photographie extraordinaire d’une femme en maillot de bain : dessinant la diagonale parfaite d’un format carré, son corps arqué saisi à l’apex d’un plongeon acrobatique, se découpe sur un ciel nuageux. C’est certainement une photographie de commande, mais on y reconnaît la belle lumière et la composition parfaite qui caractérisent son style. Le paysage urbain est aussi un de ses sujets, comme dans une photographie de 1935, Quai de l’Horloge, dans un registre plus intime qui rappelle certaines photos des débuts parisiens de Kertész : sous un ciel brumeux les fines branches de quatre tilleuls, penchées les unes vers les autres et comme tracées au pinceau, se mêlent dans une danse qui les anime et paraît leur prêter vie. Les objets parlent : la baignoire d’Henri Langlois déborde d’une nature morte de bobines et peint un portrait humoristique de son propriétaire. Djerba, Tunisie, 1947© Denise Bellon / akg-images A partir de 1934 et jusqu’aux débuts de la Seconde Guerre Mondiale, Bellon travaille comme photojournaliste et voyage dans les Balkans, au Maroc, dans le Sahara algérien, en Afrique occidentale et en Finlande. Elle ne travaille pas sur l’actualité. Ce sont plutôt des voyages au long cours où, comme son collègue Pierre Verger, elle est centrée sur le portrait et sur les modes de vie, mais sans tomber dans l’exotisme. J’ai particulièrement aimé son regard intime sur des visages comme celui d’un enfant marocain, la tête enveloppée d’un turban sombre, qui dévisage la photographe avec un mélange de timidité et de confiance. Des photos comme celles-là sont publiés dans les magazines illustrés de l’époque, Regards ou Match. Mais Bellon trouve souvent ses sujets tout près : elle aime diriger sa caméra sur les oubliés et les marginaux. Son amicale curiosité la pousse par exemple vers les enfants de la zone– on appelait ainsi les quartiers périphériques de Paris, avec leurs taudis et leurs terrains vagues qui servaient de terrain de jeu aux enfants. J’ai particulièrement aimé deux photos prises à un mariage Rom : celle d’une jeune femme joyeuse, qui danse sur une plage, bras levés, la taille prise dans une large ceinture. Une autre jeune femme, fière, royale, sûre de sa beauté, tient son enfant d’un bras tout en déployant sa large jupe plissée. Sa figure forme un contraste appuyé avec l’arrière-plan, une barrière déglinguée et une cabane de guingois improvisée à renfort de planches disjointes. Autoportrait Paris, 1934© Denise Bellon / akg-images Pendant la guerre Denise Bellon, qui est juive (elle est née Denise Hulmann) dissimule son identité et entre dans la clandestinité à Lyon, sans abandonner pour autant sa profession. Pour Midi Libre, le journal dont son mari Armand Labin est rédacteur, elle réalise entre autres des reportages sur la vie pendant l’Occupation – dont la photo d’une vitrine consacrée au maréchal Pétain – et sur le maquis des Républicains espagnols réfugiés dans l’Aude. Elle se tourne vers sa communauté juive et son émotion est palpable lorsqu’elle photographie un village isolé de juifs séfarades à Djerba ou un refuge de Moissac qui accueille des enfants orphelins survivants de la Shoah. Bellon a été proche de nombreux artistes : on retrouve dans une section de l’exposition des portraits expressifs des peintres juifs de l’École de Paris ; des figures d’acteurs comme un très jeune Serge Reggiani ; des poètes comme Jacques Prévert. Un portrait du poète Joë Bousquet, qui fut paralysé à vie à la suite d’une blessure grave pendant la première guerre et membre de la Résistance, m’a particulièrement retenue. Dans sa chambre de Carcassonne où sur sa demande les volets sont toujours clos, jour et nuit se ressemblent. Le visage du poète est sombre, inquiet. Contrairement à ce qui se passe dans la plupart des portraits de Bellon, Bousquet ne semble pas voir la photographe : son regard est perdu dans un voyage intérieur lointain, secret. Les draps froissés de son lit sont entièrement recouverts d’un fouillis d’enveloppes, de journaux, de livres, de revues qui recouvrent son corps. Ces publications comme l’étagère derrière lui, elle aussi chargée de livres, paraissent l’enfermer, mais aussi le protéger du monde. Paris, 1945Tirage moderne© Denise Bellon / akg-images Les convictions politiques de Denise Bellon l’ont toujours portée vers la gauche ; elle a été membre de l’AEAR (Association des Écrivains et Artistes Révolutionnaires) et du groupe Octobre. C’est peut-être dans ces cercles qu’elle rencontre André Breton et se lie avec lui dès les années 20. Jusqu’en 1965, elle participe de près au mouvement surréaliste dont elle se fait la chroniqueuse attentive. Elle assiste à leurs expositions, prend les photos de couvertures de leurs catalogues. Si les photos qui représentent les œuvres de Brauner, Dali ou Meret Oppenheim dépassent rarement le documentaire, les portraits, eux, sont inspirés. La poétesse égyptienne Joyce Mansour, par exemple, a un regard grave et résolu. Son visage est coupé en deux par une vitre de voiture, et la forêt reflétée dans la vitre lui fait un corps étrange et fantomatique fait de branches floues. Une autre image frappante a été prise également lors d’un pèlerinage du groupe au Désert de Retz, près de la forêt de Marly. Devant le temple d’un dieu imaginaire, hommes et femmes, le visage recouvert d’un masque blanc assez inquiétant, sont assemblés en une parfaite pyramide dans une clairière, une secte qui se préparerait à un rituel secret. Si je devais définir en quelques mots le travail de Denise Bellon, je dirais : curiosité, joie, émerveillement, énergie, courage. Je ressors de l’exposition rechargée par cette force qui émane de ses images, comme un encouragement à persister, avancer, créer pendant les temps difficiles que traverse notre monde. Voilà une femme que j’aurais bien aimé connaître. Denise Bellon, Un regard vagabond. Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme, est visible jusqu’au 8 mars 1 Dans les dernières années, des livres sur son œuvre ont été publiés entre autres par les Éditions du Désastre, les Éditions Finitude et les Éditions Robert Delpire. Je voudrais aussi mentionner une remarquable rétrospective qui n’est pas photographique : celle de la grande sculptrice japonaise-américaine Ruth Asawa. Ses constructions de fil de fer suspendues, dont les ombres se projettent au mur et au sol, dessinent avec la lumière : comme la photographie. La rétrospective de Ruth Asawa est au MoMA, New York, jusqu’au 7 février. INFORMATIONS PRATIQUES mahJ - Musée d'art et d'Histoire du JudaïsmeHôtel de Saint-Aignan 71, rue du Temple 75003 Paris jeu09oct(oct 9)11 h 00 min2026dim08mar(mar 8)18 h 00 minDenise BellonUn regard vagabondmahJ - Musée d'art et d'Histoire du Judaïsme, Hôtel de Saint-Aignan 71, rue du Temple 75003 Paris Détail de l'événementPhoto : Denise Bellon, Autoportrait (détail) Paris, 1934 Tirage moderne Collection Eric Le Roy Le mahJ présente la première rétrospective à Paris, rassemblant près de 300 photographies, objets, lettres et publications, Détail de l'événement Photo : Denise Bellon, Autoportrait (détail) Paris, 1934 Tirage moderne Collection Eric Le Roy Le mahJ présente la première rétrospective à Paris, rassemblant près de 300 photographies, objets, lettres et publications, consacrée à Denise Bellon (1902-1999), photographe humaniste, pionnière du photojournalisme et compagne de route des surréalistes, dont l’œuvre singulier et méconnu court des années 1930 aux années 1970. Née à Paris dans une famille juive originaire d’Alsace et d’Allemagne, Denise Hulmann collabore au Studio Zuber, puis contribue à la fondation d’Alliance-Photo, première agence photographique de l’entre-deux guerres. Marquée par l’esthétique de la « Nouvelle Vision », elle réalise de nombreux reportages à l’étranger, dans les Balkans, en Finlande et en Afrique subsaharienne, ainsi que des commandes publicitaires d’une grande créativité. En 1940, elle épouse Armand Labin, journaliste juif d’origine roumaine qui entre dans la Résistance. Dissimulant sa judéité à Lyon pendant la Seconde Guerre mondiale, Denise Bellon y poursuit son activité et laisse un remarquable ensemble d’images sur la ville sous l’Occupation. Fin 1944, elle couvre le maquis républicain espagnol replié dans l’Aude pour Midi libre, fondé par Armand Labin à la demande du Mouvement de libération nationale. En 1945, elle réalise à Moissac un bouleversant reportage sur la maison des Éclaireurs israélites, qui fut un refuge pour les enfants juifs jusqu’en 1943 et accueillera des orphelins de la Shoah après la Libération. En 1947, elle rapporte de Djerba un remarquable ensemble d’images de la communauté juive de l’île. Liée depuis l’adolescence avec les sœurs Maklès – Sylvia qui épousera Georges Bataille puis Jacques Lacan, et Rose qui épousera André Masson, Denise Bellon fréquente le groupe Octobre et les surréalistes dès l’avant-guerre. André Breton lui confie ainsi de 1938 à 1965 la couverture des expositions surréalistes. On découvre les œuvres de Victor Brauner, Frederik Kiesler, Wolfgang Paalen, ou Sonia Mossé (déportée à Sobibor en 1943). Denise Bellon laisse aussi des portraits de nombreux artistes juifs de l’école de Paris – Moïse Kisling, Kurt Seligmann, Antoine Pevsner Bezalel Schatz – et d’écrivains dont elle est proche : Joë Bousquet, Simone de Beauvoir, Paul Bénichou, Joseph Delteil, Henry Miller ou Jacques Prévert. Grâce à sa familiarité avec le milieu cinématographique, on retrouve aussi les visages de Paul Grimault, Joseph Kosma, Nico Papatakis, ou les jeunes Marcel Marceau et Serge Reggiani. Ses filles aussi feront carrière dans le cinéma, Yannick comme réalisatrice, et Loleh comme actrice et dramaturge. En 1972, les derniers travaux de Denise Bellon sont des photographies de tournage de Quelque part quelqu’un, réalisé par Yannick. D’une exceptionnelle diversité, son œuvre se caractérise par une forte indépendance dans le monde de la photographie, et une grande curiosité, tant pour l’« ailleurs », que l’on retrouve dans ses reportages à l’étranger, que pour l’insolite proche, qu’il s’agisse d’un mariage gitan dans la Zone entourant encore Paris avant-guerre, ou du surréalisme dont elle suivra les évolutions. Rompant avec les conventions bourgeoises de sa famille, elle porte sur le monde un regard vagabond que l’on retrouve chez d’autres photographes juives de sa génération comme Lore Krüger, Gerda Taro, Denise Colomb ou Gisèle Freund. Dates9 Octobre 2025 11 h 00 min - 8 Mars 2026 18 h 00 min(GMT-11:00) LieumahJ - Musée d'art et d'Histoire du JudaïsmeHôtel de Saint-Aignan 71, rue du Temple 75003 ParisOther Events mahJ - Musée d'art et d'Histoire du JudaïsmeHôtel de Saint-Aignan 71, rue du Temple 75003 ParisDu mardi au vendredi : 11 h à 18 h / Samedi et dimanche : 10 h à 18 h mahJ - Musée d'art et d'Histoire du Judaïsme Get Directions CalendrierGoogleCal Marque-page2
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