Le collectif MIA, fondé par Sofia Zordan et Naomi Pecqueux à la sortie de la crise sanitaire du Covid, s’est progressivement transformé en un réseau de membres solidaires particulièrement actif dans l’organisation d’événements dédiés à la photographie. Après plus de quatre années de nomadisme, Collectif MIA vient d’ouvrir sa galerie au cœur du quartier de l’Écusson, à Montpellier. À cette occasion, et à quelques jours de l’ouverture, nous avons rencontré Naomi Pecqueux pour nous présenter ce projet, en grande partie financé par les deux fondatrices et résolument tourné vers la création contemporaine.

Sofia Zordan et Naomi Pecqueux devant la nouvelle galerie MIA, Montpellier

Ericka Weidmann : Pouvez-vous nous présenter le Réseau MIA (Manifeste d’Image Artistique), et revenir sur sa genèse ?

Naomi Pecqueux : Avec mon amie Sofia Zordan, nous avons créé MIA juste après le Covid. J’étais photographe, et nous nous sommes rendu compte que c’était un métier très solitaire. Nous avons ressenti un réel besoin de créer du lien et un réseau d’entraide. C’était il y a cinq ans et cela s’appelait le Collectif MIA, nous étions une bande d’ami·es réuni·es pour faire de la photographie et nous entraider.
Au fil du temps, la structure a évolué, nous avons commencé à inviter d’autres personnes et à nous ouvrir aux adhésions. Aujourd’hui, nous sommes une trentaine de membres, de nationalités différentes et venus de tous horizons. Ce sont des photographes, des passionné·es ou simplement des curieux·ses qui aiment la photographie.

Sofia Zordan et Naomi Pecqueux

E.W. : Ce collectif devenu réseau fonctionne comment concrètement ?

N.P. : Chaque année, à la fin de l’été, nous lançons un appel à candidatures.Il y a une valeur qui nous tient particulièrement à cœur, le respect. Elle est commune à tous nos membres. Nous sommes un réseau, mais nous restons un collectif. Malgré les nombreuses demandes d’adhésion, nous tenons à préserver une certaine intimité – nous sommes 30 aujourd’hui et n’aimerions pas être trop nombreux·ses. Il est crucial que nous partagions les mêmes valeurs.

Nous établissons une programmation annuelle, et les adhérent·es du Réseau MIA ont accès gratuitement à nos conférences (payant pour le public), à un atelier par an, ainsi qu’à des remises chez nos partenaires.

Au sein du réseau, nous sommes aussi bien des femmes que des hommes. En revanche, nous sommes bien deux femmes à l’initiative du projet. La programmation d’expositions dans la grande galerie est entièrement consacrée aux femmes pour cette année tandis que dans la petite galerie, ce sont principalement les adhérents qui exposent et les collectifs locaux.

Galerie MIA, Espace #1 – 9 rue des Balance Montpellier

E.W. : Après avoir organisé des événements de manière nomade, vous avez décidé d’ouvrir un espace dédié à Montpellier. Pourquoi avez-vous ressenti la nécessité de vous implanter dans un lieu précis, et quel sera le rôle de cet espace ?

N.P. : Après quatre années d’activité nomade, nous avons ressenti le besoin de nous ancrer dans un lieu.
Grâce à Antoine García-Diaz, cofondateur des Mécènes du Sud, nous avons pu disposer de deux locaux situés rue des Balances et rue Roucher, dans l’Écusson. Il nous a généreusement prêté ces espaces pour notre projet, séduit par l’idée de créer un lieu consacré à la découverte de la photographie locale, émergente et au valeurs du réseau MIA.
La seconde galerie sera dédiée aux membres de MIA : chacun·e pourra y exposer, ainsi que les collectifs locaux.

Galerie MIA, Espace #1 – 9 rue des Balance Montpellier

Galerie MIA, Espace #2 – 16 rue Roucher Montpellier

E.W. : Comment se situe MIA dans l’écosystème local ?

N.P. : Depuis peu, un nouveau souffle photographique anime Montpellier. Avec l’arrivée de nouvelles figures de la photographie, nous participons à la création d’un véritable écosystème fondé sur l’entraide et le soutien mutuel.
Aux côtés de Véronique Prugnaud, Vincent Marcilhacy de The Eyes, Isabelle Habert, iconographe pour la Saif et Valentine Pignet du Collectif Transit, nous cherchons à tisser des liens et à développer de nouveaux projets communs.

Avec l’arrivée du festival FlOW by the Eyes en Occitanie, pour lequel je travaille sur la communication, ainsi que notre invitation du Collectif Transit à investir la galerie pour une carte blanche, ou encore la mise en valeur d’éditeurs locaux comme The Eyes Publishing ou les éditions Sun-sun, nous cherchons à créer de véritables passerelles et à renforcer des liens concrets entre nos différentes pratiques.

E.W. : Quelle place donnez-vous à la médiation ?

N.P. : La médiation est très importante pour nous. Pour notre première exposition, Hylé d’Émilie Arfeuil, nous aurons des médiateur·rices présent·es chaque jour. Nous organiserons des visites guidées et des médiations thématiques, notamment avec Alexe Liebert autour de ce qu’est un film photographique. Il est essentiel pour nous d’accompagner les visiteurs dans la compréhension des œuvres.
Nous aimons également organiser des événements en parallèle des expositions, en croisant les disciplines de manière transversale. Lors de l’inauguration, par exemple, nous avons invité Ambre Renard à installer un studio photo, comme elle l’avait fait lors du festival Circulation(s). Elle l’a imaginé en résonance avec l’univers d’Émilie Arfeuil, afin que les visiteurs puissent se faire photographier dans un décor inspiré de l’exposition ainsi que la DJ et Co-fondatrice Dj Filosofia.

E.W. : Tout cela a un coût. Comment financez-vous et produisez-vous ce projet ? Quel est votre modèle économique ?

N.P. : Depuis quatre ans, Sofia et moi finançons environ la moitié de nos besoins sur nos fonds propres (nous travaillons à côté), ainsi que grâce aux adhésions de l’association. Pour le reste, nous comptons sur des partenaires et des mécènes. Nous avons fait la demande de subventions pour cette année.
Nous recherchons également des financements pour poursuivre nos projets, car l’autogestion reste bien sûr difficile.

E.W. : C’est une charge financière importante pour vous deux !

N.P. : Oui, c’est pour cela que nous essayons de trouver d’autres solutions afin de faire vivre notre activité

E.W. : Comment imaginez-vous l’évolution du réseau et de cet espace ?

N.P. : Nous avons avant tout envie de créer un lieu où tous·tes les passionné·es de photographie puissent se retrouver, échanger et dialoguer, tout en continuant à tisser des liens avec les acteurs locaux.
C’est aussi un espace que nous aimerions ouvrir à des curateur·rices extérieur·es, invité·es à investir le lieu autour de thématiques spécifiques, afin de toucher des publics variés.
Cette année, la programmation est déjà définie. Pour la suite, nous restons ouvert·es à de nouvelles propositions !

INFORMATIONS PRATIQUES

ven06fev(fev 6)9 h 00 minsam07mar(mar 7)18 h 00 minEmilie ArfeuilHyléGalerie MIA, 9 rue des Balances 34000 Montpellier

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Ericka Weidmann
Après des études d'Arts Appliqués et de photographie, elle rejoint un magazine en ligne consacré à la photo en tant que directeur artistique, poste qu'elle occupera pendant 10 ans. En 2010, elle s'installe comme DA en indépendant. En parallèle, elle devient responsable éditorial pour Le Journal de la Photographie et c'est en septembre 2013 qu'elle co-fonde le quotidien L’Oeil de la Photographie pour lequel elle est rédactrice en chef jusqu'en septembre 2016 avant de fonder 9 Lives magazine ! Ericka Weidmann est également journaliste pigiste pour d'autres médias.

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