Le collectif MIA a été fondé par Naomi Pecqueux et Sofia Zordan à la sortie de la crise sanitaire du Covid. Au fil du temps, le collectif est devenu un réseau de membres solidaires particulièrement actif dans l’organisation d’événements dédiés à la photographie. Après avoir été nomade durant plus de cinq ans, le Réseau MIA vient d’ouvrir sa galerie au cœur du quartier de l’Écusson, à Montpellier. À cette occasion, et à quelques jours de l’ouverture, nous avons rencontré Naomi Pecqueux pour nous présenter ce projet, en grande partie financé par les deux fondatrices, tourné vers la création contemporaine où les femmes sont à l’honneur.

 Sofia Zordan et Naomi Pecqueux devant la nouvelle galerie MIA, Montpellier

Ericka Weidmann : Pouvez-vous nous présenter le Réseau MIA (Manifeste d’Image Artistique), et revenir sur sa genèse ?

Naomi Pecqueux : Avec mon amie Sofia Zordan, nous avons créé MIA juste après le Covid. J’étais photographe, et nous nous sommes rendu compte que c’était un métier très solitaire. Nous avons ressenti un réel besoin de créer du lien et un réseau d’entraide. C’était il y a cinq ans et cela s’appelait le Collectif MIA, nous étions une bande d’ami·es réuni·es pour faire de la photographie et nous entraider.
Au fil du temps, la structure a évolué, nous avons commencé à inviter d’autres personnes et à nous ouvrir aux adhésions. Aujourd’hui, nous sommes une trentaine de membres, de nationalités différentes et venus de tous horizons. Ce sont des photographes, des passionné·es ou simplement des curieux·ses qui aiment la photographie.

Sofia Zordan et Naomi Pecqueux

E.W. : Ce collectif devenu réseau fonctionne comment concrètement ?

N.P. : Chaque année, à la fin de l’été, nous lançons un appel à candidatures qui court jusqu’au mois de décembre. Tout le monde peut postuler pour rejoindre MIA. Mais attention, il y a une valeur qui nous tient particulièrement à cœur, le respect. Elle est commune à tous nos membres. Nous sommes un réseau, mais nous restons un collectif. Malgré les nombreuses demandes d’adhésion, nous tenons à préserver une certaine intimité – nous sommes 30 aujourd’hui et n’aimerions pas être trop nombreux·ses. Il est crucial que nous partagions les mêmes valeurs. Dans les candidatures, il y a un questionnaire pour mieux connaître les personnes qui souhaitent adhérer, puis nous les appelons et organisons des entretiens. Ensuite, cela se fait aussi au feeling avec Sofia, nous devons être sûres que nous partageons les mêmes valeurs et les mêmes envies.

Nous établissons une programmation annuelle, et les adhérent·es du Réseau MIA ont accès gratuitement à nos conférences (5 € pour le public), à un atelier par an, ainsi qu’à des remises chez nos partenaires, notamment –20 % chez Arcanes, le laboratoire photo-argentique. Ils et elles peuvent également être mis·es en avant dans le cadre d’expositions collectives.
Tous les mois, nous organisons des rencontres photographiques avec des photographes de la région autour d’un thème particulier : l’occasion d’échanger et de faire des découvertes.

J’ajouterai un point important : au sein du réseau, nous sommes majoritairement des femmes. Nous sommes deux femmes à l’initiative du projet, et dans notre programmation d’expositions, environ 70 % des artistes invitées sont des femmes.

Galerie MIA, Espace #1 – 9 rue des Balance Montpellier

E.W. : Après avoir organisé des événements de manière nomade, vous avez décidé d’ouvrir un espace dédié à Montpellier. Pourquoi avez-vous ressenti la nécessité de vous implanter dans un lieu précis, et quel sera le rôle de cet espace ?

N.P. : Nos rencontres, conférences et expositions se déroulaient un peu partout, à Montpellier comme à Arles par exemple. Après cinq ans, nous avons vraiment ressenti le besoin de nous ancrer dans un lieu. Nous commencions à être bien identifiées, il fallait désormais nous établir dans un espace « permanent ».
J’étais en contact avec Antoine García-Diaz, l’ancien directeur des Musiciennes du Sud, qui disposait d’un local rue des Balances, dans l’Écusson. Sur un coup de tête, je lui ai demandé s’il le louait. Il m’a répondu qu’il ne s’en servait pas. Je trouvais dommage que cet espace magnifique reste inutilisé, alors je lui ai proposé d’en faire un lieu dédié à la photographie.
Pour le moment, Antoine García-Diaz nous prête ce local. Il est sur deux niveaux : un dédié aux expositions, et l’autre aux ateliers, conférences et rencontres.
En plus de cet espace principal, nous avons une deuxième petite galerie à une minute à pied, dans la même rue. Celle-ci sera dédiée aux membres de MIA : chacun·e pourra s’y présenter, soit en solo show, soit en exposition collective.

Galerie MIA, Espace #1 – 9 rue des Balance Montpellier

Galerie MIA, Espace #2 – 16 rue Roucher Montpellier

E.W. : Comment se situe MIA dans l’écosystème local ?

N.P. : À Montpellier, il y a principalement trois lieux/événement : le Bar à Photo, actif depuis plus de 40 ans, les Boutographies, un festival qui existe depuis le début des années 2000 et le Pavillon Populaire.
Nous avons collaboré avec le Bar à Photo et les Boutographies, c’était de très belles expériences, mais nous ne nous reconnaissions pas totalement dans leur direction artistique. Pour le Bar à Photo, la manière de faire nous semblait un peu « à l’ancienne ». De notre côté, nous tenons absolument à rémunérer les artistes, c’est essentiel pour nous d’offrir de vraies opportunités de professionnalisation aux photographes.
Le Pavillon Populaire est un lieu incroyable, mais il est finalement très peu orienté vers la photographie émergente.
Dans cet écosystème, il y avait un besoin d’ouverture : mettre en avant aussi bien des artistes locaux que nationaux et internationaux, et créer une passerelle entre création locale et internationale. Notre structure se distingue également par son engagement féministe, en choisissant de mettre en priorité le travail des femmes photographes.

E.W. : Quelle place donnez-vous à la médiation ?

N.P. : La médiation est très importante pour nous. Pour notre première exposition, Hylé d’Émilie Arfeuil, nous aurons des médiateur·rices présent·es chaque jour. Nous organiserons des visites guidées et des médiations thématiques, notamment avec Alexe Liebert autour de ce qu’est un film photographique. Il est essentiel pour nous d’accompagner les visiteurs dans la compréhension des œuvres.

Nous aimons aussi organiser des événements en parallèle des expositions, en mélangeant les genres de manière transversale. Lors du vernissage, nous avons invité un caviste pour accorder le vin à l’exposition. Nous avons également convié Ambre Renard pour installer un studio photo, comme elle l’avait fait au festival Circulation(s). Elle a conçu ce studio en lien avec l’univers d’Émilie Arfeuil, afin que les visiteurs puissent se faire photographier dans un décor inspiré de l’exposition.

E.W. : Tout cela a un coût. Comment financez-vous et produisez-vous ce projet ? Quel est votre modèle économique ?

N.P. : Depuis cinq ans, Sofia et moi finançons environ la moitié de nos besoins sur nos fonds propres (nous travaillons à côté). Pour le reste, nous comptons sur des partenaires mécènes.
En général, nous finançons nous-mêmes la production des expositions. Pour celle d’Émilie, une grande partie des œuvres existait déjà, mais nous prenons en charge tout le reste. Nous allons bientôt exposer Sylvie Meunier : là, nous financerons la production, les droits d’auteur, les déplacements et l’assurance des œuvres.

E.W. : C’est une charge financière importante pour vous deux !

N.P. : Oui, mais nous ressentions la nécessité de créer ce réseau. À Montpellier, il y avait un manque. Il se passe beaucoup de choses dans le Sud de la France, mais pour les femmes, c’est toujours plus compliqué. Nous avions besoin de mener ce combat. Nous avons investi beaucoup d’argent dans ce projet, et cela commence à porter ses fruits.

E.W. : Comment imaginez-vous l’évolution du réseau et de cet espace ?

N.P. : Nous essayons de ne pas trop y penser pour éviter de paniquer ! Nous avons surtout envie de créer un lieu où tous les passionné·es de photographie puissent se réunir, échanger et dialoguer.
C’est un peu comme une maison de la photographie : nous aimerions inviter des curateur·rices extérieur·es à investir le lieu autour de thématiques spécifiques, afin d’attirer des publics différents.
Cette année, la programmation est déjà établie. Pour la suite, nous restons ouvert·es !

INFORMATIONS PRATIQUES

ven06fev(fev 6)9 h 00 minsam07mar(mar 7)18 h 00 minEmilie ArfeuilHyléGalerie MIA, 9 rue des Balances 34000 Montpellier

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Ericka Weidmann
Après des études d'Arts Appliqués et de photographie, elle rejoint un magazine en ligne consacré à la photo en tant que directeur artistique, poste qu'elle occupera pendant 10 ans. En 2010, elle s'installe comme DA en indépendant. En parallèle, elle devient responsable éditorial pour Le Journal de la Photographie et c'est en septembre 2013 qu'elle co-fonde le quotidien L’Oeil de la Photographie pour lequel elle est rédactrice en chef jusqu'en septembre 2016 avant de fonder 9 Lives magazine ! Ericka Weidmann est également journaliste pigiste pour d'autres médias.

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