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Eduardo Arroyo, la narration des images à la Fondation Maeght

Temps de lecture : 4 minutes et 4 secondes

Artiste vivant de renommé internationale, Eduardo Arroyo expose les multiples facettes de son génie artistique dans une exposition foisonnante à la Fondation Maeght à Saint-Paul-de-Vence.  Peinture, dessin, sculpture, collage…Diverses pratiques artistiques servent la création de cet artiste protéiforme qui puise son inspiration autant dans la société que dans l’histoire, les arts ou la littérature. Un bel hommage pour cet homme qui fête ses 80 ans cette année et dont la force créative est toujours intacte. Visite.

10.ARROYO.Ronde de nuit aux gourdins, 1975-1976Eduardo Arroyo, Ronde de nuit aux gourdins, 1975-1976, huile sur toile  © Adagp Paris 2017. Photo DR.

Deux ans après l’exposition « Eduardo Arroyo -La Force du Destin » présentée à l’Hôtel des Arts de Toulon, l’artiste espagnol revient sur les terres méditerranéennes avec ses oeuvres colorées imposantes par leur force vibratoire. A travers un parcours thématique, « Eduardo Arroyo. Dans le respect des traditions » révèle des images riches et construites par aplats et impactantes. Après des études à l’Ecole de journalisme, Eduardo Arroyo, né le 26 février 1937 à Madrid, quitte l’Espagne franquiste et s’exile à Paris en 1958. Il décide de se consacrer à l’écriture mais très vite, il se tourne vers la peinture.  Là où il décrivait la réalité avec des mots, il choisira les pinceaux. Refusant l’abstrait, l’oeuvre de cet autodidacte s’inscrit dans le courant de la Figuration narrative et de la Nouvelle figuration espagnole des années 1960. Il peint plusieurs thèmes comme des témoignages de son siècle: l’exil, le déplacement, la mort, les grands destins, la société…Les portraits sont une signature dans l’oeuvre de l’artiste. Parfois modelés, en silhouette, construit par les formes et les aplats de couleurs, Eduardo Arroyo réalise aussi des portraits hybrides, mélange de deux personnalités comme cette sculpture de Dante/Cyrano de Bergerac. Il inscrit son travail dans la tradition académique quand certains sujets font référence à des scènes historiques ou littéraires ou prennent source chez d’autres artistes. Il aime peindre des histoires et aussi son histoire. « La peinture est en quelque sorte littéraire ; et c’est dans ce sens que je travaille sur des thèmes. Il y a un début, une fin, des personnages, et l’ambiguïté propre aux romans. C’est donc un récit, comme si j’avais écrit une quinzaine de romans… «  explique Eduardo Arroyo.

23.ARROYO.Dante-Cyrano de Bergerac, 2014Eduardo Arroyo, Dante/Cyrano de Bergerac, 2014, pierre, céramique et plomb © Adagp Paris, 2017. Photo DR.

25.ARROYO.Jarrón, 2006

Eduardo Arroyo, Jarrón, 2006, bronze et acier inoxydable © Adagp Paris 2017. Photo Adrián Vazquez

Peindre l’Histoire ou les histoires. Fidèle à un art narratif extrêmement libre, il mêle le public et le privé, l’historique et le légendaire, avec une liberté propre à sa pratique. Son éclectisme délibéré le conduit à utiliser tous les matériaux capables de traduire son univers. Les oeuvres d’Eduardo Arroyo manifestent, à des degrés divers, aussi bien la malice, le rire que la critique corrosive. La figure humaine constitue un terrain de prédilection : il sait donner aux portraits des attributs touchants et subtils. Ce témoin privilégié refuse toute règle et exprime sa liberté. L’Espagne comme sujet montre l’attachement à son pays natal. Il pratique une peinture provocatrice et combative et donne toute sa place à la force de l’image et à sa compréhension immédiate. Quand son exil prend fin en 1976, il ne reconnaît pas son pays. Un retour difficile qu’il exulte à travers ses pinceaux. Une autre partie montre  sa passion pour le dessin et la place qu’il lui donne nourrit autant sa peinture que l’ensemble de son travail : crayon, aquarelle, pastel, découpage, collage…Eduardo Arroyo met ici en scène, une oeuvre exceptionnelle intitulée Agneau Mystique. Il réinterprète, au crayon, sur des feuilles de papier, en transposant à taille réelle et en noir et blanc, le retable de L’Adoration de l’agneau mystique, polyptique de dix panneaux de bois de la cathédrale Saint-Bavon de Gand, peint à l’huile par les frères flamands Hubert et Jan Van Eyck dans la première moitié du XVe siècle. Nous pouvons aussi découvrir ses récentes toiles où la matière se fait moindre. Comme il le confie: « Avec le temps, je l’ai abandonnée, la matière… C’est vrai qu’il y a eu un changement profond dans mon oeuvre. Quand l’Espagne a retrouvé sa liberté, moi aussi j’ai retrouvé ma propre liberté. Les thèmes de l’espagnolade m’obsédaient moins. Ma peinture est devenue plus douce, plus cryptique, plus ambiguë plus surréaliste. À présent je peins à Paris, je peins à Madrid, et je peins dans ma montagne de Leon, près des Asturies. Ce sont mes trois lieux de prédilection. »

16.ARROYO.Double portrait de Bocanegra ou le jeu des 7 erreurs, 1964Eduardo Arroyo, Double portrait de Bocanegra ou le jeu des 7 erreurs, 1964, huile sur toile © Adagp Paris 2017. Photo DR.

18.ARROYO.Agneau Mystique, 2008-2009Eduardo Arroyo, Agneau Mystique, 2008-2009, crayon sur papier, polyptique, © Adagp Paris 2017. Photo DR.

D’autres thématiques affichent les grandes lignes de l’oeuvre picturale de l’artiste madrilène: autour de la mouche et des vanités, Berlin,  ville fascinante, Winston Churchill et la reine d’Angleterre, les images contées de notre quotidien et le goût de la tradition académique…Cette passion pour les effets de peinture se retrouve dans le tableau intitulé « Dans le respect des traditions », titre de l’exposition choisi par Eduardo Arroyo, où le même paysage est traité par « à la manière de » en quatre façons. La peinture peut transcrire différentes visions selon la facture et e style employé.

15.ARROYO.Le meilleur cheval du monde, 1965Eduardo Arroyo, Le meilleur cheval du monde, 1965, huile sur toile © Adagp Paris 2017. Photo DR.

14.ARROYO.Dans le respect des traditions, 1965

Eduardo Arroyo, Dans le respect des traditions, 1965, huile sur toile © Adagp Paris 2017. Photo DR.

Olivier Kaeppelin, commissaire de l’exposition, nous explique son point de vue: « Si l’art est l’un des moyens les plus perspicaces et les plus justes pour comprendre la psychologie humaine, pour mettre en lumière la vérité d’un individu, il peut, également, tenter d’exprimer non plus l’identité d’une personne mais celle d’une « humanité », d’un groupe d’hommes confrontés au temps ou à l’Histoire. L’art prend, chez Eduardo Arroyo, une dimension de fable politique, philosophique ou sociale, quand il cherche à représenter les jeux, les signes, les langages, les chansons de geste des pouvoirs après lesquels court l’humanité ».  Eduardo Arroyo signe des contes modernes, des légendes réelles. Un travail accessible au plus grand nombre et pour ce faire, il s’approprie les  images qu’il détourne, compose avec des couleurs opposés, éclatantes, en opposition pour faire ressortir les contrastes. Une oeuvre à la fois grave et humoristique, ironique. Son oeuvre traverse notre époque comme autant de scènes captées en proie avec une réalité absurbe et fantasque.

Accrochage E.ARROYO (40)Vue de l’exposition @ Fondation Maeght