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Delacroix y a t-il une vie après « la Liberté guidant le peuple » ? (Le Louvre)

Temps de lecture : 2 minutes et 6 secondes

Jamais une œuvre n’a été autant récupérée, détournée, plagiée, alors que la carrière et la production de Delacroix ne se résume pas à cet emblème national, certes spectaculaire. C’est ce que démontre Le Louvre qui en partenariat avec le Metropolitan de New York rassemble quelques 180 œuvres exceptionnelles complétées par des prêts du monde entier.

« Je n’aime pas la peinture raisonnable » Delacroix

S’il connaît la consécration dès l’âge de 24 ans avec « la Barque de Dante » présentée au Salon de 1822, Eugène Delacoix se détache des scènes d’histoire qui dominent alors pour se tourner vers des sujets d’actualité. Cette première rupture qui ne sera pas la seule, marque sa quête d’originalité et « Scène de massacre » influencée par le Radeau de la méduse de son ami Géricault sonne le glas de l’esthétique grecque classique telle que la pratiquaient Gros et David.
Avec la « Mort de Sardanapale » c’est le scandale comme si cette allégorie de fin de règne de Charles X annonce les chaos à venir : bombardement d’Alger, débuts de la colonisation et nouvelle révolution française en 1830 avec l’épisode des barricades immortalisé par cette femme aux seins nus d’une sensualité qui cadre mal avec le goût de l’époque. Louis Philippe l’achète cependant et l’artiste reçoit la Légion d’honneur à 32 ans !

C’est alors que s’ouvre la période la plus décisive de son parcours, le voyage au Maroc sous couvert d’une mission diplomatique avec le Comte de Mornay.
L’Orient est à la mode depuis les Turqueries du XVIIIème siècle et la campagne de Napoléon, Delacroix est pris comme souvent par des sentiments contraires, l’excitation de la nouveauté et la crainte du voyage.
A son arrivée à Tanger il est totalement subjugué et pris de frénésie face à ces scènes foisonnantes qu’il croque sur le vif dans ses carnets de dessins et d’impressions. Les costumes, la lumière, les intérieurs, les femmes, les cavaliers, convergent dans des sensations qu’il sublime et gardera longtemps après son retour en France. L’épisode du Maroc se révélera fondateur dans sa pratique et processus de mémorisation.
« La noce juive » est une synthèse de cette vision fantasmée de l’Orient, suivie par « Femmes d’Alger » peint à son retour. Il se livre quasiment à un travail d’ethnologue, n’hésitant pas parfois à rajouter un accessoire chiné chez un antiquaire parisien !

Si la critique n’est pas réceptive à une telle abondance d’énergie et de couleur, nombreux se reconnaitront dans ce maître spirituel tel Fantin Latour, suivi par Manet qui avec l’Odalisque reprend le thème des femmes du harem ou Matisse.
Personnalité paradoxale, Delacroix dont le journal commencé à l’âge de 24 ans, est un témoignage précieux, oscille entre audace de l’instant et nostalgie du passé, ascèse à la fin de sa vie et goût du pouvoir à ses débuts.
Cette relecture de ce talent éclectique célébré par Baudelaire, ouvre assurément de nouvelles perspectives.

En lien avec la rétrospective présentée au musée du Louvre, le musée Delacroix consacre une exposition aux peintures de l’artiste de l’église Saint-Sulpice, récemment restaurée, notamment La Lutte de Jacob et l’Ange.
Commandée en 1849 à Eugène Delacroix, cette œuvre monumentale, riche et sublime l’occupe jusqu’en 1861 et peut être considérée comme son testament spirituel.

Catalogue de l’exposition
Delacroix, sous la direction de Sébastien Allard et Côme Fabre.
Coédition musée du Louvre éditions / Hazan.
480 pages, 280 illustrations, 45 €.

Cycle de conférences.

Infos pratiques :
Delacroix (1798-1863)
jusqu’au 23 juillet 2018
Hall Napoléon
https://www.louvre.fr/