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Alexandre Devals, directeur de la Venet Foundation, ambitions et perspectives

Temps de lecture : 4 minutes et 30 secondes

C’est dans un écrin de lumière provençale et de nature à la fois sauvage et domestiquée, au Muy (Var) que Bernar Venet et son épouse Diane ont conçu ce laboratoire en mouvement comme fois projet de vie de l’artiste et lieu de transmission et d’expérimentation. A la fois parc de sculptures d’œuvres monumentales de l’artiste et des grandes figures qui l’ont inspiré, galeries d’expositions et réceptacle de leur imposante collection d’art conceptuel et minimal, le lieu à géométrie variable est habité par cet esprit de partage et de fraternité qui ne cesse d’animer l’hôte du Muy.
Comme le souligne à plusieurs reprises Daniel Templon dans le récent ouvrage publié à l’occasion de ses 50 ans de galeriste (Flammarion), Bernar Venet a joué un véritable rôle de » passeur culturel entre la France et les Etats-Unis », devenant un intermédiaire absolument décisif auprès de ses amis américains tels que Sol LeWitt, Robert Smithson et Donald Judd. S’en suivra alors pour Templon la rencontre avec Léo Castelli, étape fondamentale pour son parcours et l’histoire de la galerie.
Les liens exceptionnels entretenus par Venet avec toute cette scène extra-européenne se retrouvent dans les œuvres pérennes qui ponctuent le parcours de visite : la Chapelle de Frank Stella, un véritable défi, le Skyspace de James Turell ou le Labyrinthe de Robert Morris.

Alexandre Devals, le jeune et très dynamique directeur de la Venet Foundation a relevé le challenge de cette aventure hors norme après avoir fait ses armes chez Artcurial. Il a répondu à nos questions à l’occasion de l’ouverture de l’exposition estivale dédiée à Yves Klein en écho au 90ème anniversaire de l’artiste, alors que Thierry Raspail également présent nous dévoilait en avant-première les contours de la grande rétrospective Bernar Venet prévue au Mac de Lyon à partir du 21 septembre. 2018 est décidément l’année Bernar Venet !

« Avec la Venet Foundation, j’essaye ainsi de faire découvrir l’aventure de mes amis, ainsi que la mienne, durant une période extraordinaire-les années 1960 et les suivantes, dans un pays, les Etats-Unis, qui m’a ouvert ses portes dès mon arrivée à l’âge de 24 ans (..) »

1. Quel est l’ADN de la Venet Foundation et son évolution successive ?
L’ADN de la Venet Foundation est de montrer et promouvoir l’art minimal et conceptuel à travers des prêts pour des institutions (Kuppersmuhle à Duisburg, Espace de l’art concret, Mamac, Nice, LAM à Villeneuve d’Ascq…) et l’organisation d’expositions estivales au Muy. Les artistes qui y sont présentés sont assez divers et dépassent la frontière de ces mouvements et notre spécificité n’est pas d’organiser des rétrospectives comme l’on peut en voir dans les grands musées mais de montrer de grandes installations essentielles et représentatives du travail de l’artiste.
La collection rassemble des oeuvres de Donald Judd, Sol LeWitt, Carl Andre, Robert Morris, Richard Long… et en cinq ans, nous avons organisé des expositions de Jean Tinguely, James Turrell, Fred Sandback et Yves Klein cette année.

2. Que est votre rôle en tant que directeur d’un tel espace ?
Mon rôle a été de créer la fondation, de l’organiser juridiquement et administrativement, de choisir les sujets d’expositions conjointement avec Bernar Venet et d’en assurer le commissariat. C’est aussi de penser à l’avenir de cette fondation et de son modèle économique, aujourd’hui quasi exclusivement financée par Bernar Venet et de trouver des financements complémentaires et développer des partenariats.

3. L’exposition Yves Klein, quels genèse et enjeux pour ce 90ème anniversaire ?
La pièce que nous présentons « Pigment pur » a été réalisée en 1957 à la galerie Colette Allendy dans le cadre de l’exposition éponyme. Depuis elle a été montrée dans de nombreuses institutions dans des formats différents. Il nous est apparu évident que notre espace pourrait être entièrement recouvert de ce pigment dont la légèreté fascinait tant Klein. C’est Bernar Venet qui le premier en a parlé à Daniel Moquay qu’il connait depuis longtemps, nous avons été très émus qu’il accepte immédiatement et qu’il nous soutienne aussi activement et généreusement dans cette aventure. Le résultat dont les photographies donnent une idée assez faible est un véritable choc esthétique. Les propos de Klein sur la couleur et leur pouvoir perceptuel sont parfaitement illustrés par cette configuration qui est un bon exemple de notre désir de montrer des gestes forts. Face à cet océan de pigment, on ne peut que penser à la phrase de Matisse « un centimètre carré de bleu n’est pas aussi bleu qu’un mètre carré du même bleu ». Ici nous avons deux cent cinquante mètres carré de Klein !

4. Les projets avec le MAC de Lyon et Mamac de Nice à partir de septembre
Les deux démarches sont complémentaires, d’une part au Mamac de Nice, une étude approfondie des années conceptuelles de Bernar Venet (1966-1976) à travers laquelle sera présentée la richesse et la précocité des propositions de l’artiste au moment où éclot l’art conceptuel à New York. Le commissariat est assuré par Hélène Guenin, directrice du Mamac et Alexandre Quoi dont la compétence sur ce mouvement n’est plus à démontrer. Elle sera accompagnée d’un catalogue détaillé avec des contributions des deux commissaires, mais aussi de Catherine Millet et Erik Verhagen. De mon côté, je vais produire une chronologie détaillée et comparée de la période, rendant compte des événements importants de cette décennie.

La deuxième est une rétrospective qui prendra place au Musée d’Art Contemporain de Lyon sous le commissariat de Thierry Raspail. Elle couvrira 60 ans de création de 1959 à 2019 puisque Bernar Venet y ajoutera une ultime oeuvre début janvier 2019, durant la dernière semaine d’ouverture. L’exposition sera accompagnée d’un parcours de sculptures dans la ville.
Deux ouvrages seront également publiés à l’occasion, un catalogue auxquels contribuent Thierry de Duve, Hans-Ulrich Obrist, Donatien Grau et Deborah Laks avec des textes passionnants apportant un éclairage nouveau.
Au total plus de 4 000 m2 d’exposition seront consacrés à Bernar Venet, jamais les institutions françaises n’ont rendu un tel hommage à Venet et de nombreuses oeuvres seront une vraie découverte pour le public français.

5. Et l’avenir.. déploiement, visibilité, axes stratégiques

L’avenir, c’est de nous perfectionner, il y a encore beaucoup à faire. Nous avons agrandi le parc ces dernières années et étoffé la collection avec des oeuvres de Robert Morris, Sol LeWitt, Richard Long, Anthony Caro, Larry Bell… Nous continuerons sur cette voie. Je tiens beaucoup aussi à ce que notre fonds documentaire puisse être ouvert aux chercheurs, ce devrait l’être l’année prochaine. Et à ce que nous créions une association d’amis capable de nous soutenir. Plusieurs projets sont à l’étude.
Par ailleurs, nous présenterons l’année prochaine une exposition de Claude Viallat afin de donner sa place à ce peintre, immense coloriste et fer de lance du mouvement Supports/Surfaces. Nous en reparlerons !

Infos pratiques et actualités de la Fondation :

Yves Klein, Pigment pur

Chemin du Moulin des Serres – 83490 Le Muy
jusqu’au 14 septembre 2018

Saison : ouverture au public jusqu’au 14 septembre
Les visites guidées des expositions de la Venet Foundation ont lieu les jeudis après-midi, et les vendredis, suivant un horaire programmé. Les visites durent entre une heure et demie et deux heures. Inscription obligatoire via : info@venetfoundation.org
Tarifs :
plein tarif : 15 dollars, Réduit : 8 dollars

Venet Foundation

Bernar Venet, Rétrospective 2019-1959

Musée d’art contemporain
Cité internationale
81 quai Charles de Gaulle, Lyon

MAC de Lyon

à partir du 21 septembre 2018

Bernar Venet, les années conceptuelles. 1966 – 1976

Musée d’Art moderne et d’Art contemporain
Place Yves Klein – Nice

13 octobre 2018 – 13 janvier 2019

www.mamac-nice.org