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Chaque année, lors du festival Visa pour l’image, l’ANI organise des lectures de portfolio, et les iconographes choisissent une sélection de travaux coups de cœur. Aujourd’hui, nous partageons avec vous le reportage de Martin Barzilai, photographe documentaire. Cette série a été réalisée à Jérusalem en 2017 et cette année, sur Shuafat, le seul camp de réfugiés de la ville de Jérusalem.

L’Alchimie du camp – Jérusalem 2017-2018

Grandir dans le camp de réfugiés de Shuafat à Jérusalem, c’est grandir sans comprendre la langue de ceux qui vivent de l’autre côté d’un immense mur gris. C’est arpenter des rues étroites sur les murs desquelles sont collés des affiches de martyrs qui sont parfois vos amis.

Shuafat est le seul camp de réfugiés de la ville de Jérusalem. La plupart des résidents sont détenteurs d’une carte d’identité bleue qui leur permet d’aller travailler en Israël en passant par un checkpoint mais qui ne leur permet pas d’y voter. Cette possibilité d’aller travailler de l’autre côté du mur fait affluer de nombreux palestiniens et les immeubles d’habitations poussent comme des champignons sans permis et dans des conditions assez chaotiques où les normes de sécurité sont mises de côté.

Depuis une quinzaine d’années, des drogues de toutes sorte ont fait leur apparition dans le camp, suivies de près par des armes. Régulièrement, des règlements de compte font des victimes et les autorités israéliennes semblent faire la sourde oreille.

L’autorité palestinienne n’a pas juridiction dans cette zone mais la municipalité de Jérusalem ne fait pas non plus son travail : le ramassage des poubelles n’a pas lieu et les habitants sont obligés de brùler eux-mêmes leurs ordures sur place. Au coin d’une ruelle, un homme d’un certain âge débouche le tuyau d’évacuation des eaux usées devant sa maison. Les coupures d’électricités sont fréquentes et l’accès à l’eau potable n’est pas systématique.

Ce camp de réfugiés a été créé en 1965 par les autorités jordaniennes et par les Nations Unies pour héberger les palestiniens originaires de la vieille ville de Jérusalem.
Ils étaient 20 000 au départ et on estime aujourd’hui qu’ils sont entre 60 et 80 000 à habiter dans cette zone de non droit considérée par les autorités israéliennes comme un« vivier à terroristes». Presque quotidiennement des affrontements ont lieu: fusils d’assaut et lacrymogènes contre frondes et cocktails Molotov.

Selon l’ACRI (Association for Civil Rights in Israel) plus de 80% des enfants vivent sous le seuil de pauvreté dans ce camp.

Dans une petite pièce du Palestinian Child Center du camp de réfugiés de Shuafat, Mohammed Hamouda, jeune rapper d’une vingtaine d’année, est assis devant un ordinateur rudimentaire et s’affaire à mixer des sons. Pour lui, « dehors, c’est la jungle. Pour survivre, il faut se battre, c’est la culture de la violence. Même à 7 ou 8 ans, il faut montrer que tu n’as pas peur. »

Hamouda a appris l’anglais grâce à YouTube et c’est là aussi qu’il a découvert la culture hip-hop.
Dans son quartier, c’est l’identification avec la culture afro-américaine des ghettos qui a permis le développement d’une nouvelle forme d’expression.

L’activité principale d’Hamouda consiste à enseigner le rap à une dizaine d’adolescents du quartier. Ils viennent plusieurs fois par semaine écrire leur textes, les chanter et les enregistrer.« J’essaye de leur expliquer que la créativité, c’est plus important que la violence. Au début, ils n’avaient que ça en tête. Nous parlons beaucoup de ce qu’ils ressentent, de leurs sentiments. Petit à petit les paroles de leurs chansons ont changé. »

https://www.martin-barzilai.com

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