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Arnault Joubin est portraitiste avant d’être photographe. Quelque soit le sujet ou le médium, il a le don de déceler l’âme humaine dans quelque endroit  où elle se situe, chez l’homme, chez l’objet mais aussi chez le paysage et à quelque instant où elle se trouve. Cet artiste agit tel un révélateur qui met au jour une perception juste et authentique d’un être à un moment donné. D’un coup d’œil , il capture l’instant propice, accueille son sujet et recueille son âme.

De tous les photographes avec lesquels j’ai travaillé, il est le premier a m’avoir accordé sa confiance, son talent alors même que j’étais assistante de plateau.

Nous avons cheminé ensemble. Il m’a initiée à la surface sensible et emmenée au cœur de l’humain. Du portrait au paysage, il n’y a qu’un pas.

Depuis de nombreuses années, Arnault Joubin n’a cessé de revisiter les territoires de la photographie avec une profondeur si intense qu’elle semble venir des confins de la nuit. Dans ses « paysages naturels », le photographe nous livre une série dans laquelle il manipule la couleur pour faire l’éloge du noir. Une série pleine de paradoxes à l’image de ses lumières chargées de contraste. Il y fait cohabiter la douceur du velours et la brutalité du charbon, les noirs profonds et les blancs luminescents.

Fidèles à la personnalité de l’artiste, généreuse et entière, ses paysages naturels nous plongent dans un univers fait d’obscurité exacerbée qui met en lumière la beauté de notre environnement

Tantôt rassurante, tantôt inquiétante, la nature d’Arnault s’habille de noir et nous invite dans une ténèbre envoûtante dont on ne sait si elle est le fait de l’aurore ou du crépuscule, si elle appartient au passé ou à l’avenir, si elle nous renvoie à nos origines ou nous transporte dans notre devenir…

Ici une falaise abrupte, là une dune toute en rondeur, l’oeil du spectateur navigue entre la violence et la douceur d’un univers immortalisé dans toute sa splendeur et reflet du paradoxe de la nature humaine.

Arnault Joubin ne s’éloigne jamais de son sujet de prédilection en nous invitant dans une nature nourricière et généreuse, mère et berceau de l’humanité tout autant que séductrice. Ses courbes évocatrices ne sont pas sans rappeler ses « paysages humains »,  et ses nus qui magnifient et transfigurent la nature féminine.

Maniant à la perfection toutes les subtilités que peut offrir l’argentique, il déploie une palette de matières et de lumières qui réécrivent l’instant si intime où le promeneur s’entretient avec la nature confidente, à la fois complice de son vécu intime et sujet aux questionnements et débats les plus universels et les plus contemporains.

C’est avec pudeur que le photographe invite son objectif dans la scène et fait taire la lumière. Ne pas déranger cet instant de prédilection volé au promeneur, immergé au plus profond de sa propre nature et de la nature propre. Arnault Joubin fabrique sa nuit des temps et nous immerge au coeur du spectacle du monde. La question du noir reste posée.

Couleur du doute ? Couleur du deuil ? Couleur du désir ? Cette invitation à la méditation force alors notre présence. A voir les « paysages naturels » d’Arnault Joubin, il semble que le questionnement se fasse latéralement, évitant les pièges de la réception formelle. Un travail photographique sereinement versatile dans lequel les créations en couleur empruntent au noir et blanc son graphisme quelques-unes de ses armes expressives sans jamais renoncer à la finesse matérielle et spirituelle de la photographie.

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Retrouvez notre invitée de la semaine, Ivane Thieullent, Galeriste :
https://www.9lives-magazine.com/45554/2018/10/15/ivane-thieullent-galeriste-invitee/

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