Temps de lecture : 2 minutes et 44 secondes

Traces est le deuxième volet de la résidence sur le site de la future écocité ViaSilva, à Rennes. Les points de vue qui s’en dégagent révèlent la volonté de garder une trace visible d’un monde en plein bouleversement. Ce travail réalisé par Richard Volante est aujourd’hui publié aux éditions de Juillet.

Via Silva

Richard Volante photographie cette forêt prééminente jouxtant un chantier en construction, celui de l’extension de la ville de Rennes. Une ancienne voie romaine, la Via Silva, serpente sous le couvert, se fait mystérieuse et envoutante, s’apparente à un long serpent, à peine perceptible, s’enfouissant pour disparaître et pour apparaître parfois miraculeusement dans la largeur de ses pierres.

Richard Volante a bien situé poétiquement ce que la perception devait à la pré-éminence du passé, dans une série de photographies qui rendent à cette antécédence, cette Via Silva, toute une présence. Regards de terre mouillée, fouillée, matière organique vivante, matricielle, recueillant toutes traces, se tournant ensuite vers le ciel, vaste songe névralgique, évoquant l’histoire d’où se tient un présent.

Un voyage issu d’une archéologie improvisée s’éprend ensuite d’une Nature orphique, jalouse de ses secrets, demandant au promeneur solitaire le don de sa présence, la possibilité du Mystère, afin de faire photographie du lien quasi originel, mythologique entre Richard Volante et tout un imaginaire.

Était-il question de pouvoir “réfléchir” par la photographie, l’image, cette antécédence hors temps, ce rêve d’hier, cette présence millénaire qui fait du territoire question, impressions, fictions et sens, pour le dynamiser vers une forme plus précise, plus actuelle dont s’éprend cette photographie, issue d’un lien panique (de Pan) avec tout état de Nature?

Ce fil d’Ariane devient alors un support pour traverser la forêt, le temps, se rendre disponible à son chant, à la présence du Génie du Lieu, comme si une présence tutélaire et toujours présente avait élu demeure en ces lieux.

TERRE MATRICIELLE.

Ce passage obligé de l’oubli, (passer le Léthé) ouvre une autre séquence sur la terre nourricière, vue ici dans sa puissance matricielle, boue jaune qui retient, comme une sculpture les empreintes et les formes, on voit ici toute la possibilité des objets en terres cuites, ces amphores au vin soyeux, naviguent de fait au fond de la possibilité de l’image. sans doute est-ce du à la présence du divin Caïus qui patronne l’association les ailes de Caïus.*

CIEUX LIBRES.

Alors nul doute que ces regards tournés vers le ciel, le scrutant, dans ces photographies où Richard Volante voyage par l’air, soient une part d’évocation de ces auspices afin d’en lire les présages. Ces mystères dont il est question dans la préface du livre sont ici les témoins d’une présence inconsciente du Génie, autre figure partagée par les Romantiques du 18 ème siècle. A voir l’air enjoué du photographe et à entendre son rire rabelaisien, il m’est apparu comme l’un de ces Romantiques (Rome Antique), sans rien renier de leurs attachements aux invisibles passeurs, aux passeurs de l’ombre.

Tout à sa Via Silva, Richard Volante ne renie ne rien de ses archéologiques, elles me semblent supporter ses voyages, les traverser de part en part et les ouvrir à l’imaginaire collectif, comme un point actif et permanent.

Pourquoi agrafer de tels vers à l’orée de ce livre? Parce qu’il s’agit d’un recueil de traces. Tout photographe capte avant l’heure ce qui va mourir.” Georges Guitton

GEORGES GUITTON.

Le texte excellent qui accompagne ces images est signé Georges Guitton. Il parle de ce pays au fil des pas, comme on eût dit au fil de l’eau. Le lecteur fait suite à ce fil et ne trouve que bonheur à se laisser guider en cette forêt comme sur les traces pavées de la ligne, qui sans cesse fuit et raconte.

Tessons traces de cendres / des hommes assis là / depuis tant de siècles/ écoutant les collines / leurs regards parfois doux / songeurs sous le soleil les doigts pétrissant / d’immortelles argiles

*Caïus Cilnius Mæcenas ?
Ami et allié de l’empereur Auguste, Caïus Cilnius Mæcenas, plus connu aujourd’hui sous le nom de Mécène, était considéré comme le patron des poètes et des artistes. En consacrant sa fortune et son influence à promouvoir les arts, il a participé à élever le niveau culturel de son époque. L’association Les ailes de Caïus développe et soutient des projets culturels visant à valoriser et à promouvoir la création contemporaine.

LIVRE
Traces
Richard Volante, Georges Guitton
Aux éditions de Juillet
https://www.editionsdejuillet.com/products/traces

X
X