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Pour sa troisième carte blanche, notre invitée de la semaine, la photographe et sociologue Irène Jonas partage avec nous un nouveau volet sur la photographie colorisée. Elle parle ici du travail de Jan Saudek qu’elle a découvert il y a 30 ans.

Je n’ai découvert Jan Saudek qu’à la fin des années 1980 mais ce sont ses photos des années 60/70 qui m’ont marquée et décidée à peindre mes photos. Ses premières images, parfois en noir et blanc parfois colorisées tranchent avec les mises en scènes dénudées et baroques qu’il réalisera quelques années plus tard.

Une particulièrement, ne m’a jamais quittée, celle d’un adolescent assis sur un passage à niveau qui regarde passer un train à vapeur. Les critiques ont dit qu’il repeignait pour « embellir » ce qui à l’origine était disgracieux, ou pour accentuer le maquillage de ses modèles Je n’y voyais qu’une nostalgie infinie… Si cette image reste très marginale dans l’œuvre de Saudek et fait partie des rares clichés qu’il a pris en extérieur, l’enfermement y est pourtant criant, horizon bouché par la machine à vapeur. Couleurs vives et pourtant surannées, souvenirs à jamais révolus des trains à vapeur et cet adolescent, posé sur la barre  du passage à niveau comme un oiseau sur une branche, qui peut-être un jour lui aussi pourra enfin prendre ce train vers un ailleurs. Plus tard, quand j’ai appris que sa famille, lui et son frère jumeau avaient été déportés, je n’ai plus regardé cette image de la même façon.

https://www.saudek.com/

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