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Découvrir le Louvre Lens, une expérience de l’intériorité

C’est l’agence japonaise SANAA qui remporte le projet autour d’une réflexion sur le paysage et l’histoire du lieu, ancien carreau de fosse minier. Avec rigueur et simplicité ils imaginent une ligne horizontale toute en transparence et reflets, jouant sur la lumière et le verre. De sorte que les 5 modules architecturaux (plan du Louvre Paris) se fondent dans un horizon de verdure : le parc paysager. Partie prenante de l’ensemble dessiné par la paysagiste française Catherine Mosbach il se veut le réceptacle du passé : la mine et l’ouverture vers l’avenir : la biodiversité.
« Les dépôts de schiste et de grès sont devenus les refuges pour une flore diversifiée » déclare t-elle et les promeneurs, amateurs ou non d’art, profitent des prairies et esplanades.
Une fois entrés, nous sommes saisis par une sensation de flottement délicieux avec ces bulles de verre qui scandent un atrium central de 2300m².
Lumière zénithale et plafond en aluminium très discret renforcent la cohérence avec de multiples ouvertures sur l’extérieur.

Homère, au delà du mythe

Homère est à la mode. A la Biennale de Venise, le luxembourgeois Marco Godinho part du poète pour dénoncer le sort tragique des réfugiés, Sylvain Tesson en est l’un des fervents défenseurs, publie « Un été avec Homère » et le festival d’Avignon l’a choisi comme thème principal.

Mais a t-il réellement existé ? C’est l’une des questions passionnantes que plante l’exposition du Louvre Lens qui se penche sur la fascination exercée par l’aede à partir de 250 œuvres de provenance du Louvre bien entendu mais aussi du musée d’Orsay, du Centre Pompidou, du Domaine de Versailles, de nombreux musées en province et en Europe : Angleterre, Grèce, Italie et Suisse. L’idée est de confronter les objets antiques avec des œuvres de divers époques y compris contemporaine : sculptures, moulages, tapisseries, peintures englobant le cinéma, la musique et la BD.
Cy Twombly ouvre le parcours aux côtés d’une assemblée des dieux majestueuse avec notamment la muse Polymnie « celle qui inspire les artistes »évoquée par Homère au début de l’épopée.
Nous abordons la question de l’image d’Homère, encore énigmatique, est-il une construction voulue par les Anciens ? Son apparence physique, cécité, ont fait l’objet de plusieurs versions. De plus l’oralité de l’Iliade et l’Odyssée et le caractère anachronique des poèmes et des héros en renforcent l’aura.
Puis nous pénétrons dans l’Iliade, avec comme introduction une remarquable fresque descriptive des protagonistes. Le héros central Achille est le plus valeureux des guerriers grecs. La guerre est omniprésente dans ce texte avec un grand souci du détail. Exceptionnel guéridon dit du Bouclier d’Achille conservé au Château de Versailles constitué de 10 000 tons de mosaïque (Fabrique Vaticane) offert par le pape Léon III au Roi de France.
Nombreux sont les artistes à avoir été inspirés par ces héros qui n’en demeurent pas moins humains. Rubens : Hector tué par Achille, Giaovan Battista La querelle d’Achille et d’Agamemnon, la colère d’Achille devant la mort de Patrocle et ses funérailles, les émotions face à la mort sont exaltées. Signalons également les céramiques comme ce médaillon d’une coupe à figures rouges représentant Achille humiliant le corps d’Hector (musée du Louvre, vers 490 av JC).
Hélène reste distante et mélancolique chez Gustave Moreau face à ce théâtre de la déraison.
Arrive l’Odyssée, l’autre versant du récit mythique. Monstres, sirènes (Marc Chagall), Cyclope, pièges et épreuves multiples sont tendus au héros. De Circé (John William Waterhouse) à Calypso, Nausicaa et Pénélope (Bourdelle) les figures féminines prennent leur revanche dans ce récit initiatique.
Le retour à Ithaque et le défi tendu par Pénélope de l’épreuve du tir à l’arc inspire de nombreux artistes comme Le Primatice ou Derain ainsi que le fameux massacre des prétendants orchestré par Ulysse et son fils Télémaque (cratère à figures rouges et Gustave Moreau). Admirable tableau de Boulanger (Beaux Arts de Paris) d’Ulysse reconnu par sa nourrice Euryclée.
Les poèmes du cycle sont évoqués à travers le jugement de Paris (manufacture des Gobelins d’après Raphaël) et le piège du cheval de Troie, emblème graphique de l’exposition.
Une partie intéressante concerne le fantasme développé depuis l’origine autour d’Homère que ce soit Alexandre le Grand, Montaigne ou Victor Hugo tous se réclament de son savoir-vivre et ses valeurs. Dès l’Antiquité et jusqu’au XIXème siècle, une riche clientèle part ses intérieurs d’objets dans le style du poète jusqu’à créer une véritable homéromanie, encouragée par les archéologues eux-mêmes.La figure d’Heinrich Schliemann et ses fouilles en quête de traces de la guerre de Troie donnent l’exemple, repris par Victor Bérard qui va développer cette cartographie odysséenne accompagné du photographe Frédéric Boisonnas.
Avec le cinéma et la musique l’homéromanie poursuit sa course avec Kirk Douglas dans Ulysse (1954) ou Brad Pitt dans Troie (2004), ou les compositeurs Claude Debussy ou Monteverdi et d’autres que l’on peut entendre à différents moments du parcours.
Petite parenthèse humoristique nourrie par la BD, la gravure (Daumier) ou la publicité qui reprennent volontiers des expressions de nos héros.
Dernière image très onirique : l’immensité de l’eau et son murmure. Comme une invitation à faire le voyage.

Pour prolonger : une saison homérique
Siestes homériques, Spectacles et conférences : cycle dieux et supers héros
Week-end Cosplay
Cycle Homéromaniac : théâtre, musique, cinéma
Banquet à la table d’Homère le 26 juin

Autour du Louvre Lens :
la saison des héros, mineurs, soldats, héros d’aujourd’hui
visite Lens, mine d’Art déco : ville détruite à 90% après la 1ère guerre mondiale.

La Galerie du Temps : 5000 d’histoire vous regardent !
pour reprendre l’expression de Napoléon face aux pyramides.
Autre temps fort du parcours, suivant une frise chronologique entre Orient et Occident sur 3000m² à partir de 200 chefs d’œuvre prêtés par le Louvre Paris suivant une muséographique totalement inédite qui permet d’embrasser d’un seul coup d’œil les idoles cycladiques, l’Egypte, les émaux de Limoges, la Renaissance..

INFOS PRATIQUES :
HOMERE
jusqu’au 22 juillet 2019
Ouvert tous les jours, de 10 à 18h, sauf le mardi.
Tarifs : Plein 10€ / Réduit 5 € / Guide multimédia à 2€
Le Louvre Lens
99 rue Paul Bert
62300 Lens
De la gare : prendre le bus 41 ou la Bulle 1
(vérifier horaires de passage)
Catalogue de l’exposition à la librairie/boutique.
Prochainement au Pavillon de verre : Hicham Berrada
https://www.louvrelens.fr/

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