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Joyau cistercien, l’abbaye de Thoronet en Provence, accueille le Hors les murs du Palais de Tokyo pour la 2ème année consécutive. Connue pour son acoustique remarquable l’abbaye est un haut lieu de concerts pour musiciens internationaux. L’art contemporain est un autre volet en résonance avec la rigueur et l’austérité de ses murs. Les 4 artistes choisis par Jean de Loisy y répondent chacun à leur façon autour de cette théologie négative du dépouillement radical.

Marc Couturier inaugure ce parcours avec un grand dessin en sépia installé dans la perspective d’une des galeries du cloître. Son ton clair répond au miel des pierres. Les dessins du troisième jour sont un geste répété sans autre objet que d’atteindre l’état mental dans lequel la répétition installe celui qui l’exécute et, à chaque fois, se produit dans l’œil de ceux qui les regardent un effet qui déborde toute intentionnalité.

Le visiteur poursuit son chemin et découvre dans le dortoir le grand ciel de Julio Villani. Tendu sous la voûte, un drap immense historié de broderies qui dessinent une carte céleste. De ce drap, l’artiste écrit : « Il recouvre encore – comme un seul corps – l’ancien dortoir des moines de cette abbaye cistercienne, remplissant toujours son office : celui d’accueillir des réflexions sur la journée passée, des protections de chemins futurs, et surtout des rêves, des amas de rêves ». L’œuvre de Julio Villani, suspendue à la voûte de l’abside, donne à chacun la clef ouvrant la seule porte qui vaille : soi-même.

Dans le parcours, Jean-Marc Ferrari a disposé deux œuvres : une qui célèbre le couchant et l’arrivée de l’obscurité, l’une est installée dans la cellule du Père Abbé, et l’autre, dans le parloir, et évoque l’oraison de celui qui désire le retour de la lumière. La première œuvre allume légèrement la minuscule cellule de celui qui avait la charge de sa communauté. La seconde œuvre comporte un dispositif optique sommaire qui permet au moment de la disparition du jour, de maintenir sur la bougie une ultime étincelle, comme une étoile exténuée mais qui luit encore.

Enfin, le visiteur se retrouve dans le temple, le lieu sublime déjà, d’où les voix résonnent dans la pierre. Les mêmes qu’il y a huit cent ans, les mêmes qu’hier. Oliver Beer propose à ses performeurs, selon une tonalité et un rythme qu’il a conçu à cet effet, de chanter à l’intérieur des murs, dans les niches. Le chanteur engage alors sa tête dans l’ouverture et met en résonance les parois de l’église. L’artiste opère ainsi une mise en conversation des corps avec l’architecture.

C’est là, à l’issue de ce parcours que s’accomplit ce à quoi conduit ce monument et cette exposition : la transformation de soi.

INFOS PRATIQUES :
Et l’obscur…
Jusqu’au 22 septembre 2019
abbaye du Thoronet
83340 Le Thoronet
http://www.le-thoronet.fr/
https://www.monuments-nationaux.fr/

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