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Un signal architectural fort lancé sur les bords de la Garonne, « une grande fierté » selon les mots employés lors de son inauguration, la MÉCA représente par ses composantes : le Frac mais aussi l’Alca (Agence livre, cinéma et audiovisuel), l’Oara (Office artistique de la Région Nouvelle-Aquitaine) une démarche culturelle tout à fait inédite en Nouvelle Aquitaine et au delà. Porté par le cabinet Bjarke Ingels et l’œuvre de Benoit Maire dans le cadre du 1% artistique, une demi tête d’Hermès en bronze agissant comme un miroir, le bâtiment revitalise tout un quartier proche de la gare et se veut volontairement flexible dans ses usages.

Claire Jacquet à la tête du Frac a été partie prenante dans ce nouveau chapitre et propose comme exposition inaugurale « Il était une fois dans l’Ouest » soulignant les multiples déploiements de la collection en région, synergies et ambitions à venir.
Elle a répondu à nos questions.

Quel défi le Frac-MECA représentait pour vous ?

Le défi de la MÉCA est d’en faire un lieu de vie et d’échanges artistiques plus intenses qu’auparavant, où les artistes et les publics se croisent plus facilement, où les publics connaissent mieux les artistes qui vivent et travaillent dans notre région, où les artistes venus d’ailleurs ainsi que les commissaires français ou étrangers pressentent les ferments et la vitalité de notre région et structure, et où enfin, les projets se développent au sein de bons et stimulants « biotopes » (je pense à la mise en relation entre les artistes et le champ social ; ou les entreprises).

Le dernier défi de la MÉCA, c’est enfin d’être une vitrine sur l’actualité de nos projets d’exposition Hors les murs avec les partenaires avec lesquels nous collaborons (une centaine par an) pour inciter les publics à circuler en dehors de Bordeaux, et de découvrir des lieux moins connus comme le musée des Beaux arts de Libourne, le Musée de Gajac à Villeneuve sur Lot, le DIDAM à Bayonne ou l’éco-Musée de Marquèze.

La MÉCA est une maison enfin, donc à nous de faire en sorte que tout le monde, le plus possible, se sente chez soi, et que les barrières (sociales, psychologiques…) tombent ou s’atténuent car il en va de notre mission de démocratisation pour être le plus possible dans une histoire partagée.

« Il était une fois dans l’Ouest », un manifeste

L’exposition porte ce titre pour dire que les choses se passent au temps présent, et qu’il se passe quelque chose dans l’Ouest (de la France, en Nouvelle Aquitaine). Manifeste car nous ouvrons avec 15 projets qui sont autant de regards différents sur la création contemporaine et qui ont pour dénominateur commun de raconter quelque chose de notre territoire ou à partir de lui (des artises qui y travaillent, des commissaires qui y sont invités, des résidences qui les accueillent, des collections publiques et régionales qui se constituent – Capc, les 3 Frac de Nouvelle Aqutitaine, une fondation privée à st Emilion consacrée à l’art contemporain du Sud de l’Afrique…). Manifeste enfin, car c’est un choix de ma part – autour de 15 projets qui affirment – qu’en matière d’art, les sensibilités peuvent co-exister, sans qu’il n’y ait d’exclusivité ou de radicalité à n’exposer que certains courants ou artistes.

Quelles personnes ont-elles été décisives dans votre parcours ?

Il y en a tant ! Je retiendrais mon professeur d’histoire de la photographie, Jean-François Chevrier, à l’Université Paris Ouest que j’ai suivi aussi à l’école des Beaux-arts de Paris en auditrice libre car la Fac, à l’époque, ne dispensait pas de cours d’art très « contemporain » (on s’arrêtait au seuil de la seconde guerre mondiale !). Catherine Perret, ma prof de philo à la Fac, spécialiste de Adorno et Walter Benjamin. Régis Durand avec lequel j’ai travaillé près de 10 ans au Centre National de la photographie et au Jeu de paume avec qui j’ai lancé le Journal du CNP, une programmation consacrée à la création émergente. Mais aussi Bernard de Montferrand, l’actuel président du Frac Nouvelle Aquitaine MÉCA, avec qui je travaille depuis près de 10 ans, et avec qui j’ai accompagné l’évolution du Frac jusqu’à la MÉCA. Mais aussi certaines personnes avec lesquelles j’échange régulièrement ou ceux que je côtoie à travers leurs œuvres, que ce soit des films, des livres, des spectacles etc. (j’ai eu ainsi la chance de travailler avec Danièle Huillet et Jean-Marie Straub et je m’en souviens encore !).

A quand remonte votre 1er choc esthétique ?

Je ne sais pas si c’était un choc « esthétique » mais c’était un « choc » : enfant, la mystérieuse « Venus de Brassempuy » au Musée des antiquités nationales à St Germain en laye, ma ville natale (dont j’ai appris par la suite qu’elle avait été trouvée dans les Landes, et qu’elle est la pus ancienne représentation féminine au monde en volume, – 21 000 ans avant JC), qui me fascinait dès que j’entrais dans ce musée. Sinon mon premier véritable choc esthétique contemporain, c’est « Une autre objectivité » (1989), exposition de Jean-François Chevrier et James Lingwood, à l’Hôtel de Rothschild, dans laquelle j’ai découvert le travail de Suzanne Lafont, Craigie Horsfield, Jeff Wall… une claque. Je pourrais aussi parler des « Magiciens de la terre » à Beaubourg qui ont transformé mon regard et toujours incité à regarder ailleurs et au-delà de ce qu’on nous montre habituellement, sans préjugés. Voilà, plus des chocs qu’un seul, en fait !

INFOS PRATIQUES :
Il était une fois dans l’Ouest
Jusqu’au 9 novembre 2019
Edition : BD commandée à Géraldine Kosiak « Le Frac toute une histoire »
Websérie : Plus d’un tour dans ton Frac !
Frac Nouvelle-Aquitaine MÉCA
5, Parvis Corto Maltese
33 800 Bordeaux
Horaires
Du mardi au samedi de 13h à 18h30. Dernière entrée à 18h.
Le 1er dimanche du mois de 13h à 18h30. Dernière entrée à 18h.
Le 3e jeudi de chaque mois jusqu’à 21h. Dernière entrée à 20h30.
Fermé les jours fériés.
Tarifs :
Contribution libre (1€ minimum) – Pay as you feel
Gratuit le 1e dimanche du mois
Accès :
10 mns à pied depuis la gare de Bordeaux
https://fracnouvelleaquitaine-meca.fr

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