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La commissaire de Chaumont-Photo-sur-Loire, Chantal Colleu-Dumond, a réuni, pour cette troisième édition six photographes autour de la thématique de la nature. Après avoir voyagé en Corée et au Soudan, dans notre premier volet publié, hier, nous partons explorer l’univers végétal du photographe mexicain Juan San Juan Rebollar et les vues immobiles de la Loire avec l’artiste américain Jeffrey Blondes.

Le travail de Juan San Juan Rebollar est plongé dans une exposition silencieuse. Le photographe mexicain s’intéresse aux fleurs, à la flore dans ses efflorescences, au coeur des plantes exotiques. Ses tirages grand format noir et blanc et couleur, sont d’une prodigieuse beauté, attentive, ouverte, exposés aux regards dans ce don direct de la Nature, sans maniérisme aucun. On vit de très près le coeur de ces corolles pétrifiées par le gel, desséchées par la chaleur, dégénérescences sans qu’aucune idée préconçue et conceptuelle n’intervienne dans le don de ce qui est produit au regard, exposé. Un travail très attentif montre cette beauté graphique. Photographe de la surface et de l’instant, Juan San Juan Rebollar peint ce monde floral avec cette sensualité descriptive directe pleine d’amour sensible, portraits de ces êtres vivants, végétaux qui s’épanouissent puis décroissent. Tout un mouvement interne du vivant se trouve donné dans une simplicité sincère. et descriptive.

Exposition de Jeffrey Blondes

Jeffrey Blondes a réalisé plusieurs films, dont le plus long est de 74 heures, ici de plus courts, 12 minutes, qui sont l’aboutissement d’une observation systématique, régulière de la Loire d’un même paysage, deux heures par mois pendant un an, six mois pour l’aube et six autres pour le crépuscule. Il décrit cette intention comme suit:”

Je veux transmettre une certaine sensation de temps…la lenteur que nous sentons quand nous nous asseyons dans l’herbe et prenons le temps de regarder le soleil se lever ou se coucher. Le temps de la nature.Dans tout mon travail, il y a ce besoin du ralenti ; prendre le temps de passer de l’acte . ‘regarder’ . la sensation de ‘voir’. Le but ici c’est d’arrêter l’observateur juste assez longtemps pour qu’il se rende compte que l’image n’est pas statique, que cela .voulue et que si on s’arrête pour un moment, on peut entrer dans un autre espace-temps qui n’est pas . la même échelle de nos vies quotidiennes où nous sommes saturés d’images sans fin… ce monde où on regarde beaucoup sans rien voir… J’offre l’inverse… J’invite les gens . regarder très peu pour qu’ils puissent enfin voir tous les détails.” Jeffrey Blondes

La Loire, aube et crépuscule © Jeffrey Blondes

Jeffrey Blondes propose dans ses films et ses grands formats photographiques qui les accompagnent, un mouvement fixe qui se nourrit du mouvement de la lumière dans le cycle du jour et celui de l’eau en reflets d’un paysage façonné par la Loire, un paysage français bien connu pour ces mouvements essentiels de l’eau et du ciel dans ces lumières qui circulent de haut en bas et reviennent de bas en haut, cercles invisibles à l’immatérialité essentielle où celle ci, est devenue principe actif des films, sujet/objet de l’observation du peintre cinéaste, substance, matière rêvée autant qu’objet d’études, évoquant cette Renaissance italienne d’il y a cinq siècles en Leonardo da Vinci.

C’est un voyage immobile sur la Loire, un pur objet du voir, plastique et contemplatif, accompagné d’une réflexion profonde sur le temps, dans un parallèle entre l’écoulement de l’eau et celui du temps. les registres colorés de la lumière, étoffé de la gamme des couleurs que traversent les couchants et les aubes aux quatre saisons, sous la forme de bandes de films alignées minutieusement dans de très grands formats photographiques et dont la perception à quelques mètres ressemble à un échéancier de couleur. Le cinéaste en tout point est ici le peintre coloriste qui a relevé, mis en relations ces passages de la couleur aux différents temps du film, si bien qu’il livre ici un relevé de l’immatériel, dans les spectres et les gammes colorées, les températures de couleur qui, rapprochées, en donne toutes les valeurs.

Plus que cela encore, ce travail inclut cet Ouroboros difficile à approcher en photographie, une figure du cercle de l’éternel retour dans sa beauté magique parce qu’elle ramène le spectateur, cet autre soi, au plan du cercle et du cycle, donnant en échange un point de vue sur une période d’une année, dans une concentration d’éléments universels.

>>> Rendez-vous demain, jeudi 27 novembre 2019 pour notre troisième et dernier volet.
Retour sur le premier volet publié, mardi 26 novembre 2019 <<<

INFORMATIONS PRATIQUES

sam16nov(nov 16)10 h 00 min2020ven28fev(fev 28)18 h 00 minChaumont-Photo-sur-Loire 2019Domaine de Chaumont-sur-Loire Centre d'Art et de Nature, Ferme du Château 41150 Chaumont-sur-LoireType d'événement:Exposition,Photographie

A LIRE :
La nature au cœur de cette 2ème édition de Chaumont-Photo-sur-Loire
Rencontre avec Chantal Colleu-Dumond, Directrice du Domaine et du Festival International des Jardins de Chaumont-sur-Loire

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