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Carte blanche à Etienne Hatt : La photographie n’est-elle qu’un art ?

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Dans la carte blanche que nous avons confié à notre invité de la semaine, le critique d’art et rédacteur en chef adjoint de la revue Artpress, Etienne Hatt, souhaite partager ses réflexions qui constituent, pour lui, un cadre de référence dans les activités du métier de critique. Aujourd’hui, voici sa deuxième exploration : la photographie n’est-elle qu’un art ?

Les échanges les plus déroutants auxquels j’ai pu assister comme critique eurent lieu à l’Académie des beaux-arts en octobre 2016. À l’occasion de l’élection de Bruno Barbey, Jean Gaumy et Sebastiao Salgado, s’était tenue une séance ouverte consacrée à la photographie. Après des débats sur le numérique et ses apports, une voix issue du public finit par poser une question qui semblait surgir d’une autre époque : la photographie est-elle un art ? La réponse des académiciens fut loin d’être aussi évidente que plusieurs décennies d’institutionnalisation de la photographie pouvaient le laisser croire : aucun n’acceptait l’appellation d’artiste, tous préféraient invoquer Marc Riboud qui se disait « photographe, point ».

On peut essayer d’interpréter ce parti pris. Est-il la marque d’un complexe d’infériorité ou, au contraire, d’une fierté à l’égard de la spécificité d’un métier ? On peut plutôt en déduire que cette question, qui a pourtant animé les observateurs depuis les débuts de la photographie, n’est que subsidiaire. De fait, ce qui est intéressant dans la photographie est, quoi qu’en disent les Immortels, qu’elle est un art, mais qu’elle n’est pas que cela, qu’elle est, selon le point de vue où l’on se place, moins ou plus que cela, qu’elle peut, en même temps, être et ne pas être un art, qu’elle est une diversité d’usages et de pratiques qui se nourrissent les uns les autres.

Je rejoins là les travaux de Clément Chéroux sur le vernaculaire, cet « autre de l’art » qui réunit les pratiques non artistiques de la photographie et dont il ne cesse de montrer ce que l’art leur doit. Ainsi, son exposition sur Walker Evans, au Centre Pompidou en 2017, soulignait combien l’Américain avait été marqué par les modèles du photographe ambulant et du photomaton, de la photographie d’architecture et de la carte postale. Aujourd’hui, suivre un compte Instagram comme celui de Marie Quéau permet de dépasser définitivement l’alternative dans laquelle semblaient s’enfermer les Immortels. Dans leur étrangeté même, quels que soient leur origine et leur statut, ces photographies dont elle est ou non l’auteure ne témoignent que d’une chose : le pouvoir d’étonnement des images.

https://www.instagram.com/mariequeau/

La Rédaction
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