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Un record pour le Prix Levallois. Les 15 finalistes 2020 annoncé·es

Temps de lecture : 9 minutes et 3 secondes

L’appel à candidature de l’édition 2020 du prix Levallois s’est couronné de succès avec un record de participation comptant 948 candidatures ! Enregistrant ainsi une hausse de plus de 35%. Catherine Derioz et Jacques Damez, les directeurs artistiques du Prix, viennent de dévoiler les 15 noms des finalistes, avant la réunion du jury pour déterminer les lauréats. Mais c’est aujourd’hui à vous de décider du Prix du Public en votant sur le site !

948 candidatures pour 77 nationalités dont un tiers de Français et une quasi égalité femme/homme. Parité que l’on retrouve dans le choix des 15 finalistes. Un succès pour cette 12ème édition de ce prix qui offre une dotation de 10000€ pour le·a lauréat·e et une boîtier numérique à la mention spéciale suivi d’une exposition présentée à la Galerie de l’Escale à Levallois à l’automne prochain. À noter également que ce prix n’exige aucun droit d’inscription – fait important à souligner aujourd’hui, où un grand nombre de prix et de bourses impose des frais de participation toujours plus élevés.

>>> Votez pour le Prix du Public 2020 <<<

« Pour nous, directeurs artistiques, la photographie n’est pas au service d’un sujet mais un point de vue, une écriture, un propos réfléchi sur le réel. Avec attention, nous avons visionné 14 000 photographies et découvert avec bonheur 15 univers personnels, affirmés et engagés. »

Les 15 finalistes

Siouzie ALBIACH (France)
On the edge

© Siouzie ALBIACH / Finaliste Prix Levallois 2020

On the edge est une série débutée en 2018, au Japon, dans les alentours de Kyoto. En parcourant les montagnes et les villages environnants, j’ai photographié des ambiances ambiguës et des paysages évidés. Je me suis attardée sur des lieux qui, bien qu’étant habités, semblaient délaissés. M’aventurer en périphérie de la ville venait témoigner d’une envie de découvrir des zones d’ombre, d’aller vers des lieux qui se donnaient plus difficilement à voir. Se produisent alors des va-et-vient entre ce qui semble maîtrisé dans l’image et ce qui nous échappe. On the edge est une lecture personnelle du Japon, un regard sur un territoire, mais aussi un projet en lien avec notre actualité. C’est une série qui interroge nos rapports à des lieux et à des moments en suspens, c’est un ensemble d’images et d’histoires qui s’inscrivent dans une temporalité qui dure et s’étend.

Ingrid AMARO (France)
Les murs d’en face

© Ingrid Amaro / Finaliste Prix Levallois 2020

Montrant Les murs d’en face comme des monuments, cette série est un pastiche des cartes postales. Ces photographies sont en même temps, une ode aux architectures vernaculaires et aux murs de nos « voisins ». Tout l’espace ordinaire a un potentiel de beauté, aussi bizarre soit-elle. La démarche consiste à arrêter le regard hors de la beauté facile. Aussi, peut-on être photographe sans posséder un appareil photographique ? Les appareils photographiques ne sont pas propriété de l’artiste, mais ont été empruntés au gré des connaissances et amitiés. Aucune transformation numérique n’a été apportée aux photographies. Ainsi la démarche artistique sublimant le vernaculaire est dans le processus, le geste et le résultat.

Shia CONLON (Irlande)
Against Domestication

© Shia CONLON / Finaliste Prix Levallois 2020

Against Domestication est une analyse critique des pouvoirs et de la manière dont ils peuvent opprimer le corps. Dans cette série, ces pouvoirs sont présentés sous la forme du genre, de la sexualité, de la religion, de la famille et de l’État. Ulrich Baer ( dans Spectral Evidence ) expose l’idée que les souvenirs traumatisants s’inscrivent comme souvenirs photographiques. Partant de ce postulat, j’ai imaginé ce projet comme un relecture des traumatismes.
Je voulais revisiter ces souvenirs photographiques par des mises en scène. L’appareil photographique est utilisé comme mode d’écriture et temps témoin d’un réel intime. Les images produites deviennent une nouvelle forme de langage pour traduire l’ineffable. Le traumatisme prive souvent de la capacité de formuler clairement ces zones d’ombre.
Prendre la parole, s’exprimer autour d’un traumatisme devient un acte politique.
Tel que l’analyse Ulrich Baer, le traumatisme résulterait de « l’incapacité de l’esprit à modifier et à placer un événement dans un contexte mental, textuel ou historique cohérent, de manière à lui permettre de faire partie de l’expérience vécue et de la mémoire subséquente ». La réappropriation de la mémoire à travers les photographies redonne enfin au sujet le contrôle de son corps pour en faire ce qu’il veut.

Roei GREENBERG (Israël)
English Encounters

© Roei GREENBERG / Finaliste Prix Levallois 2020

Se promener à la campagne est une pratique culturelle anglaise bien connue. Au delà de son aspect récréatif, la marche est un acte politique, un parcours intérieur profond lié à mon contexte culturel : arpenter la terre, c’est la connaître, et donc suggérer une appartenance, un droit et une propriété… Depuis peu, je sillonne la campagne anglaise, je me familiarise avec la topographie de cette île pour mieux comprendre sa cartographie héritée des histoires impériales et coloniales.
En référence à l’École romantique, je m’approprie les règles visuelles du pittoresque, traditionnellement utilisées pour créer une illusion d’harmonie sociale et naturelle… La lumière spectaculaire et les conditions météorologiques tourmentées combinées à une attention chirurgicale du détail et aux interventions sur place provoquent des sentiments ambigus, entre séduction et détachement. Cette poétique attirante mais teintée d’ironie cherche à perturber les modes de représentation traditionnels dans un lieu où la propriété foncière et la hiérarchie sociale ont façonné la forme et la perception du paysage depuis des siècles.

Işık KAYA (Turquie)
Second Nature

© Isik Kaya / Finaliste Prix Levallois 2020

La première transformation d’une antenne-relais en un sapin factice a été réalisée en 1992 par Larson Camouflage : une entreprise qui travaillait pour Disney. Disney, et le terme “Disneyfication” qui représente une certaine tradition en sociologie, sont utilisés pour décrire la transformation de l’environnement en un grand spectacle pour le client. Jean Baudrillard a écrit dans son essai Simulation : « Disneyland est présenté comme étant imaginaire, pour nous faire croire que le reste est réel, alors qu’en fait tout Los Angeles et l’Amérique qui l’entoure ne sont plus réels mais de l’ordre de l’hyperréel et de la simulation ». L’observation de Baudrillard au sujet de la Californie nous oriente dans la direction de cette transformation et de ses effets sur notre perception. Les images de la série Second Nature nous montrent des antennes-relais déguisées en arbres pour se fondre dans les paysages de la Californie du Sud. Ces artefacts de l’ère numérique peuvent être décrits comme étant une «préférence de la société pour une harmonie “inauthentique“ plutôt qu’une réalité “déplaisante”» (Amy Clarke).

Lionel JUSSERET (Belgique)
Kinderszenen

© Lionel Jusseret / Finaliste Prix Levallois 2020

Lionel Jusseret photographie pendant près de huit ans des enfants atteints de formes graves d’autisme dans le cadre d’une association proposant une approche différente. Afin de ne pas les réduire à leurs troubles psychiques, il les photographie loin des murs des institutions. La série Kinderszenen est un voyage onirique, tantôt naïf, tantôt angoissant, souvent mystérieux, qui vous laisse découvrir seul à seul l’énigme de ces « gamins-là».
Le conte et le mystère contre l’enfermement et l’oubli.

Shiva KHADEMI (Iran)
Gemini

© Shiva KHADEMI / Finaliste Prix Levallois 2020

Un pour cent de la population mondiale est composé de jumeaux. Malgré cette faible représentation, ils ont marqué l’histoire. Tantôt adorés comme des dieux, tantôt comme des charmeurs, de nombreux mythes retracent l’histoire de jumeaux comme Castor et Pollux « les jumeaux célestes ».
Face à des jumeaux identiques, j’ai été fascinée par leurs tenues assorties, leur maquillage, leur coiffure similaire et leur langage corporel. Leur capacité de finir les phrases de l’autre, leur timbre de voix identique, leurs réflexions simultanées, leurs rêves et leurs goûts communs etc. Autant ces comportements sont étonnants et étranges, autant ils sont ordinaires pour ces jumeaux.
Plusieurs questions m’ont alors conduite à ce travail : leur identité est-elle « une » répétée deux fois, ou a-t-elle sa propre existence ? Sont-ils une manifestation de la beauté qui a été dupliquée ? Leur nature est-elle une frontière entre réalité et fantaisie ?
Cette singularité semble trouver son origine dans la profondeur de rituels et de cultures antiques obscures.
Gemini
Iran

Yasser MOHAMAD KHANI (Iran)
The women of Sir Agha Seyed village

© Yasser MOHAMAD-KHANI / Finaliste Prix Levallois 2020

Sir Agha Seyed est un village iranien de la province de Chaharmahal et Bakhtiari, l’une des destinations les plus réputées, notamment grâce à son architecture atypique. Cette province est également fortement touchée par le chômage. Les hommes se retrouvent forcés de quitter leur village pour les villes avoisinantes comme Ispahan. L’isolement et la difficulté d’accès du village les obligent à rester loin de leur famille pendant plusieurs mois. Les femmes deviennent alors responsables des tâches domestiques, de l’agriculture et du bétail. Elles travaillent bien plus longtemps que les hommes, de l’aube jusqu’à la nuit, ce qui les condamne à un vieillissement prématuré. Les mariages précoces privent les femmes de leurs droits fondamentaux.

Barnabé MOINARD (France)
Calques

© Barnabé MOINARD / Finaliste Prix Levallois 2020

Dans mon environnement quotidien, je capte ce qui modifie la réalité, ce qui augmente ou obstrue la vue. Partout dans le paysage, des calques se glissent entre les éléments et les enveloppent ; le vrai et le faux, le naturel et l’artificiel s’entrelacent, les images s’enchâssent.
La photographie cadre un monde tour à tour plat, dense, absurde mais toujours étonnant.
Jeux de miroirs et tables gigognes, Calques fuit les évidences et tente de ralentir le regard et l’esprit actuel obsédés par l’immédiat, hantés par les flux et bousculés par la lutte entre la vérité et le mensonge.

Stanislava NOVGORODTSEVA (Russie)
The Island of Crimea

© Stanislava NOVGORODTSEVA / Finaliste Prix Levallois 2020

Enfant, la Crimée m’a toujours paru être un lieu sacré et apolitique. C’était une île avec une mythologie particulière et des traces d’anciennes civilisations. C’est sur cette île que j’ai vu la mer pour la première fois. La péninsule de Crimée a forgé sa propre identité marquée par le brassage des populations. En 1783, ce lieu constitué de différentes cultures et religions est devenu partie intégrante de l’Empire russe et connu de tous comme résidence du tsar. Après la création de l’URSS, la Crimée n’est plus un lieu de villégiature pour l’élite, mais une station balnéaire populaire. Après la chute de l’Union soviétique, cette péninsule est rattachée à l’Ukraine, puis en mars 2014 elle devient sujet de la fédération de Russie. Depuis ces six dernières années, la Crimée est le centre de conflits politiques. Les sanctions et restrictions individuelles infligées à ses habitants ont accru le sentiment d’isolement. L’univers de mon enfance et la mythologie locale s’entremêlent aujourd’hui avec la réalité politique.

Jérôme POULALIER (France)
Desert Storm : 30 years later

© Jérôme POULALIER / Finaliste Prix Levallois 2020

Si le Koweït est synonyme de pétrole et évoque la guerre du Golfe, la division Daguet ou l’opération « Tempête du désert » dans l’inconscient collectif, qu’en est-il de son histoire, de son patrimoine, de son architecture ? Dans ce pays où plus de 90% de la population vit dans la capitale et où la démolition des sites historiques prend une ampleur telle que bientôt, aucune trace de l’histoire ne restera érigée, Koweit City laisse place à encore plus de bâtiments neufs, centres commerciaux immenses et autres business centers. 2021 marquera le 60e anniversaire de l’indépendance du pays et le 30e anniversaire de la fin de la guerre du Golfe. Avec l’aide du professeur Hasan Ashkanani, je propose une immersion dans l’histoire du pays, à la rencontre de ses acteurs, pour constituer une archive culturelle composée d’images et de témoignages d’un patrimoine bientôt disparu. En cours de réalisation, le projet présente certains textes factices dans l’attente des dernières traductions ou de la rencontre du propriétaire des lieux.

Zuzanna RABIKOWSKA (Pologne)
Untried Realities

© Zuzanna RABIKOWSKA / Finaliste Prix Levallois 2020

Untried Realities raconte mon expérience personnelle de la distanciation sociale liée à l’épidémie de la COVID-19 à Londres. Par l’autoportrait, je transcris mon sentiment d’isolement, mon envie irrésistible de contacts humains et un besoin grandissant de nature. Untried Realities est un espace imaginaire que j’ai créé en utilisant les ombres et la lumière associées aux objets domestiques disponibles afin d’échapper à la dure réalité de la situation actuelle. J’ai voulu introduire des éléments d’évasion et d’humour, mais aussi participer au débat autour du bien-être et de la santé mentale mis à l’épreuve en cette période difficile.

Tom SPACH (France)
High Garden

© Tom SPACH / Finaliste Prix Levallois 2020

High Garden est une approche de la relation entre l’urbain et le végétal à Hong Kong, en s’attachant aux franges, aux interstices, depuis les dédales des tours d’immeubles jusqu’aux forêts tropicales environnantes et questionne notre manière de cohabiter en milieu urbain avec notre environnement naturel et sur la place de la nature en ville.

Mouneb TAIM (Syrie)
War Notes

© Mouneb TAIM / Finaliste Prix Levallois 2020

Pendant la guerre, la vie a un sens différent, tout ce qui semblait habituel va disparaître. La routine quotidienne est définitivement anormale, même si cela devient normal pour les personnes qui y vivent. Chaque jour, des bombes tombent, des gens meurent, des bâtiments sont détruits. La réalité de la guerre ne peut être niée, cependant, il y a des gens qui essaient avec force de résister à l’amertume de cette terrible guerre par leur détermination, leur espoir et leur désir de vivre. Ce projet illustre le combat des civils pour surmonter la guerre dans la zone de la Ghouta orientale, en Syrie, qui a été assiégée par les forces gouvernementales syriennes pendant plus de 5 ans. Le siège a pris fin lorsque le régime syrien, soutenu par les forces russes, a forcé le peuple à quitter la région après. Des mois de bombardements intensifs ont causé la mort de milliers de personnes et entraîné la destruction totale de la région.

Sébastien VAN MALLEGHEM (Belgique)
The Shame of the Sun

© Sébastien VAN MALLEGHEM / Finaliste Prix Levallois 2020

La traversée d’une Amérique profonde, ennuyante et schizophrène. J’ai traîné en dehors des villes, voir ce que la campagne avait à dire. J’y ai découvert une nature en danger, des femmes et des hommes vivant dans la peur. La peur de l’autre. D’un coté, l’animal sauvage s’échappe de la vue des humains sinon il sera exécuté ou capturé ; de l’autre, l’humain insulte, s’arme et se barricade contre l’étranger quadrupède ou bipède… Floride Sunshine State. Sans cesse violentée par une consommation de ressources naturelles qui ne cesse d’augmenter, la nature se rebelle et déclenche automatiquement des cataclysmes. Plus loin sur la route je documenterai l’après apocalypse vécue par la ville de Paradise en Californie. Que reste-t-il lorsque tout a été brûlé ? Des évacuations massives, des sols ravagés, des femmes et des hommes qui cherchent des corps calcinés dans ce qui fut leur foyer.

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