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Rencontre avec Jérémy Chabaud, directeur de Jeune Création

Temps de lecture estimé : 8mins

Alors que la galerie Thaddaeus Ropac Pantin se transforme en gigantesque factory à l’occasion de Jeune Création pour la 4ème année, Jérémy Chabaud revient sur les fondamentaux de cette association unique en son genre qui fête sa 70ème édition. C’est un soulagement pour lui de pouvoir accueillir plus de 200 artistes cette année répartis en 4 lieux : Romainville, Thaddaeus Ropac Pantin, l’Espace Niemeyer et la Cabane Georgina (Marseille), une nouveauté 2020 qui se veut un signal généreux en cette période post COVID.

Cette gageure a été relevée par l’équipe d’artistes bénévoles en un temps record alors que le ministère de la culture s’est récemment désengagé de l’association. Une menace qui pèse lourd sur l’écosystème participatif déjà fragilisé par la crise.

Une édition élargie sur 4 lieux

L’idée était de montrer la diversité de l’association Jeune Création qui fête ses 72 ans et sa 70ème édition à travers des lieux qui sont soutien et relais de l’association et représentatifs d’actions ou de valeurs que nous défendons. Avec Thaddaeus Ropac c’est le 4ème évènement que nous organisons. Ils ont choisi dès le départ de mettre à notre disposition les équipes et locaux de Pantin en nous laissant une totale liberté. L’exposition porte le titre de « rassembler ce qui est épars »autour de la question de la terre et ce qu’elle peut faire germer.

L’espace Neimeyer est comme vous le savez le siège du Parti Communiste, très lié à l’histoire de l’association dont les statuts ont été écrits en 1953 par l’avocat du Parti communiste de l’époque, ces liens se prolongeant avec la défense par le conseil national de la résistance et de nombreux communistes autour de programmes culturels forts et l’appartenance de nombreux artistes de l’association au PCF. Avec « tout ce qui ne tourne pas, tombe » il est question d’air et d’espace avec des retours de résidence de 5 collectifs qui ont travaillé avec des scientifiques sur ces questions d’astronomie et de sciences.

Komunuma/ Romainville où nous sommes contents de récupérer enfin nos locaux et d’inaugurer notre nouvelle galerie suite à une attente de 2 ½ ans. Nous l’inaugurons avec une exposition qui porte comme titre : « le pouvoir se charge de vous, chapitre 3 » ou comment attiser le feu.

A Marseille c’est une petite cabane qui accueille 82 artistes dont 76 femmes pour une exposition « Sororité » pour ne pas oublier que la langue a choisi une masculinisation des mots plutôt qu’une neutralité ou féminisation, ce que souligne ces artistes. La fraternité, la féminité et l’eau guident les échanges et partages.

Mode d’organisation et votre rôle en tant que directeur

A Jeune Création nous travaillons en grande liberté et ceux qui ont le courage et l’envie de faire, qui arrivent à démontrer qu’ils en ont la capacité et sont à même de porter le projet jusqu’au bout, sont favorisés et accompagnés. Mon travail est alors de mettre en lien, de faire des correspondances entre différents projets qui émergent et d’apprendre à ces différents jeunes et artistes de se lier et communier ensemble. Si au départ nous sommes face à des projets très divers, nous essayons de trouver des fils conducteurs entre eux. C’est un commissariat qui se construit au fur et à mesure du projet. Il est toujours évolutif comme ce journal de l’exposition. Dans les premières pages, nous posons un cadre pour raconter la naissance de l’événement, son contexte et ensuite on documente à la fois les réalisations, réussites, mais aussi échecs ou erreurs à l’aide de photos d’œuvres ou de performances, talks qui vont avoir lieu dans le cadre de la programmation associée. Nous allons proposer notamment au moment de l’équinoxe le 22 septembre une performance autour d’un monticule de terre qui sera activé par les artistes Helène Gugenheim et Lucile Haute avec le public. Cette terre sera ensuite remise dans la nature et récupérée à l’équinoxe de printemps l’année prochaine pour perpétuer l’aventure de cette exposition. C’est un début comme une petite graine que l’on plante pour on l’espère, donner à de nombreux artistes l’envie de travailler ensemble autour de projets à la galerie Jeune Création mais aussi hors les murs.

Qu’est ce qui se dégage d’un tel panorama ?

Une présence forte de la peinture qui traduit sans doute un besoin de retour à de la matière et comment en alchimie on la transcende en lui donnant un sens. Après une période avec beaucoup de vidéos et de photographie et effet Covid peut-être, nous observons un effet de repli dans l’atelier. Beaucoup d’œuvres questionnent le lien au public, au collectif et renvoient aux rituels, gestes et croyances.

Progression du visiteur

Les deux premières alcôves parlent du collectif par le biais d’installations qui sont souvent interactives avec le public ou en lien avec leur contexte d’origine. Notamment des espaces d’ateliers qui permettent au public d’être associé à des performances. Puis nous arrivons dans la salle du fond avec ce grand piano central qui va amener l’idée de la fête avec en même temps ce grand mur conçu comme une chapelle qui mêle tous les formats de tableaux sans hiérarchie, ce qui induit un rapport différent au public qui va sans doute être un peu décontenancé au départ devant tant de densité. Cela se veut généreux qui à basculer dans l’overdose pour certains !

Quel bilan faîtes-vous de cette période ? Comment les artistes ont-ils réagi et les avez-vous accompagnés ?

Nous avions beaucoup d’inquiétude comme toutes les associations d’artistes face à cette crise, d’autant que nous étions en déménagement dans l’attente de nos locaux. La précarité des artistes a été très difficile et ayant une majorité de bénévoles à Jeune Création nous ne voulions pas en rajouter. Nous leur avons donc posé la question du maintien ou non de cette édition. Mais ils avaient un tel besoin de sortir, d’avoir des objectifs, des envies, que nous avons suivi même si financièrement nous avons dû faire face à une suppression de l’aide du ministère de la culture, soit 44 000€ de subvention en moins, ce qui n’est jamais arrivé dans notre histoire et d’autant plus étonnant dans cette période COVID. Nous espérons que de nouveaux arbitrages seront faits par la nouvelle ministre Mme Bachelot qui sera peut-être à même de comprendre la situation du monde associatif et plus particulièrement dans la culture et les arts plastiques qui restent les parents pauvres du milieu de l’art après le patrimoine ou l’industrie du cinéma. Nous avons alors relancé nos partenaires et soutiens et fait confiance aux forces vives qui animaient ces jeunes graines qui nous étaient confiées. Une aventure un peu folle dont vous pouvez « en être » ou pas ! A vous d’en décider.

Marraine de l’édition : Camille Aumont Carnel, « autrice, influenceuse et entrepreneuse féministe »
@jemenbatsleclito

Artistes : Pooya Abbasian, Tariq Abi, Carla Adra, Jean-Paul Albinet, Caroline Allaire Matte, Luis Almeida, Shadi Alzaqzouq, Cecilia Andrews, Ana Apostolska, Dimitri Arcanger, Dimitri Arnaoudov, Karem Arrieta, Sue Arrowsmith, Eduardo Arroyo, Association AIDES, Chedly Atallah, Fabienne Audéoud, Théo Audoire, Carmen Ayala Marin, Michelle Ballion, Manon Bara, Luc Barrovecchio, Marion Bataillard, Karine Bedjidian, Sarah Belin-Zerbib, Hélène Benzacar, Nathalie Bibougou, Joachim Biehler, Benoit Blanchard, Pierette Bloch, Elvire Bonduelle, Mauro Bordin, Matthieu Boucherit, Rada Boukova, Katia Bourdarel, Léonard Bourgeois Beaulieu, Mariane Bourges, Christophe Boursault, Jean-Baptiste Boyer, Camille Brès, Tsuyo Bridwell, Michail Camellinni, Philippe Cazal, Jérémy Chabaud, Marion Chaillou, Antide Champagne de Labriolle, Catherine-Maria Chapelle, Chevaline Corporation, Sylvain Ciavaldini, Dorian Cohen, Claire Colin-Colin, Jean-Loup Cornilleau, Elena Costelian, Gwendal Coulon, Max Coulon, Julie Dalmon, Xavier Dartayre, Alexandra David, Françoise De Chastenet, Delphine de Luppé, Armelle de Sainte Marie, Antoine de Tyssandier, Alban Denuit, Steve Di Geronimo, Pierre-Marie Drapeau-Martin, Arthur Dreyfus, Dugudus, Coline Dupond, Martin Faure, Sara Favriau, Delfine Ferré, François Fleury, Dominic Forest, Guillaume Fosse, Fred Deux, Elisabeth Frering, Gérard Fromanger, Carole Fromenty, Antonio Gagliardi, Alexis Gallissaires, Anne-Valérie Gasc, Julia Gat, Yifat Gat, Sophie Gaucher, Charline Gdalia, Nathalie Genot, Ludivine Gonthier, Nathalie Grenier, Hélène Gugenheim, Aude Haefflinger, Lucile Olympe Haute, Marie-Anne Hauth, Jean-Michel Hequet-Vudici, Ryan Honi, Margarette Hoppe, Valérie Horwitz, Elodie Huet, Pascale Hugonet, Alex Huthwohl, Juan Ignacio Lopez, Raphael Imbert, Marko Isidor, Illies Issiakhem, Marine Joatton, Charlie Jouan, Kanaria, Théodora Kanelli, Tilhenn Klapper, Rieko Koga, Krocka, Yann Lacroix, Laurence Lagier, Magdalena Lamri, El Mehdi Largo, Hervé Lassïnce, Virginie Laurent, Erin Lawlor, Lou Le Forban, Sophie Lecomte, Patrick Lefebvre, Mathieu Legrand-Losfeld, Anaïs Lelièvre, Vincent Lemaire, Tommy Lhomme, Gaia Light, Sabrina Marques, Ramuntcho Matta, Karl Mazlo, Alejandra Melin Lopez, Agnès Mellon, Tina Merandon, Fabien Merelle, Ivan Messac, Michail Michailov, Donka Mishineva, Saorie Miyake, Luce Monier, Sophie Monjaret, Sylvain Montel, Flavien Moras, Caroline Morel Fontaine, Joséphine Mychat, Misato Naoi, Norman Nedellec, Nicogermain, Cécile Noguès, Olivier Nouvellet, Riccardo Olerhead, Abel Omer, Franck Omer, Jen Ozarow, Noémie Pfieiffer, Marguerite Piart, Sophie Pigeron, Benoit Pingeot, Bernard Plasse, Elisabeth Pole Ka, Marius Pons de Vincent, Cathye Porcher, Camille Potte, Noémie Privat, Laurent Quenehen, Augustin Quillet, Diana Quinby, Christine Rebet, Paul Rebeyrolle, Cécile Reims, Damien Rondeau, Dominique Rousseau, Damien Rouxel, Lucas Ruiz, Camille Santacreu, Julia Scorna, Cécile Serres, Léo Serriere, Julien Serve, Shéhérazade, Kai Simon Stoeger, Dorothée Slez, Alain Snyers, Ken Sortais, Camille Soualem, Matthieu Spohn, Léa Stansal, Ceija Stojka, Nathalie Tacheau, Félix Touzalin, Quentin Tran Spohn, Dimitri Tsykalov, Éric Valette, Sandra Vanbremeersch, Julio Villani, Natalia Villanueva Linares, Gaëlle Villedary, Catherine Viollet, Charlotte Vitaioli, Henri Wagner, Jesse Wallace, Yang Wang, Lucie Watts, Max Wise, Ariane Yadan, Joon-Young Yoo, Radouan Zeghidour, Emile Zola.

INFOS PRATIQUES :
Jeune Création, 70ème édition
En être, 4 lieux
Du 12 au 26 septembre 2020
43 Rue de la Commune de Paris
93230 Romainville
https://www.jeunecreation.org/category/70e-edition/

Marie-Elisabeth De La Fresnaye
Après une formation en littérature et histoire de l'art, Marie de la Fresnaye intègre le marché de l'art à Drouot et se lance dans l'événementiel. En parallèle à plusieurs années en entreprise dans le domaine de la communication éditoriale, elle créé son blog pour partager au plus grand nombre sa passion et expertise du monde de l'art contemporain et participe au lancement du magazine Artaïssime. http://fearofmissingout.over-blog.com

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