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Partager Partager Il y a dans le travail photographique de Christine Delory-Momberger une pensée de l’opaque – si l’on veut bien prendre le temps de suspendre ce retour réflexif à ce qui est d’abord une sensibilité, un laisser-venir des sensations. C’est cette attention aux traces, ce parcours ressassé des limbes qui la requièrent toute dans cette quête des « petits fantômes » qu’elle mène obstinément, non pas en les traquant, mais en les faisant advenir par/dans le grain de ses photographies, les menant à une proximité permise par la porosité rendue aux mondes, sur un seuil dont seuls les mots repris et les images creusées encore et encore font une présence. Cette présence que Jean-Luc Nancy évoquait en termes « d’une dynamique d’approche, d’imminence, de rencontre ». « Les regards voient : il reste toujours à voir. Quelque chose de l’autre corps reste impénétrable. Le réel n’est jamais transparent à la vue. La vue lui arrache un savoir, elle le maîtrise par son savoir : il reste un noyau invisible, immaîtrisé par le savoir. Le noyau opaque est l’énigme blanche de l’éblouissement en plein jour et il est le noir absolu qui serait au creux de la nuit noire. » Marc Le Bot, Images du corps, 1986. © Christine Delory-Momberger Dans en s’enfonçant dans la forêt, nouvel ouvrage de photographies et textes de Christine Delory-Momberger, ces images, ces mots portent témoignage de cette rencontre de ceux dont la mémoire s’efface, qui la perdent et qu’on oublie, au sens où celui qui témoigne se porte garant de l’existence de ceux qui ont disparu : « ils ont été » – même si l’on sait depuis Gorgio Agamben que le « témoin intégral » est celui qui n’en est pas revenu. « […] des mondes se sont ouverts et s’ouvrent à nous, qui font aussi partie de la nature, mais que tous n’aperçoivent pas, il se peut que ce ne soit vraiment que les enfants, les fous et les primitifs qui les voient. » Paul Klee cité par Lothar Schreyer, Errinerungen an Sturm und Bauhaus,1956. © Christine Delory-Momberger Les photographies d’en s’enfonçant dans la forêt, dans leur tremblé, les mots des textes poétiques qui hésitent, dans un troué du dire plutôt que dans une velléité totalisante du dit, cette présentation du livre en recto-verso rejouant l’envers et l’endroit du monde, ne sont-ils pas cette tentative, dans un geste artistique posé dans sa radicalité, de ménager des passages, des lieux de cohabitation apaisée ? de faire présence à ceux qui se sont absentés ? de laisser partir ceux qui, reclus de fatigue et de mots défaits, de corps déchus, aspirent au repos ? une manière de « rentrer chez soi », de revenir s’habiter, de faire advenir pour soi-même un peu de paix ? « Qui témoignera de la disparition et pour le disparu ? » Alain Brossat, « Apologie pour le témoin », 2000. © Christine Delory-Momberger Et pour l’autre, celui qui regarde, celui qui reste, la révélation de cette « non-mêmeté » qui est notre identité humaine, n’est-elle pas comme une manière d’invocation ? « Qu’une place soit faite à celui qui approche, Personnage ayant froid et privé de maison. Personnage tenté par le bruit d’une lampe, Par le seuil éclairé d’une seule maison. » Yves Bonnefoy, « Vrai lieu », Du mouvement et de l’immobilité de Douve, 1953. © Christine Delory-Momberger Les photographies de Christine Delory-Momberger sont de ces lieux d’accueillement où l’autre-déjà-absent-encore-là est à la fois « un » autre, et nous-même. Elles aident à vivre parce qu’elles acceptent de laisser partir. Elles disent que l’absence est une autre forme de la présence. Elles accompagnent. – Une chronique de Pascal Ourghanlian INFORMATIONS PRATIQUES En s’enfonçant dans la forêt Deux livres en un dans une présentation recto/verso d’un livre de photographies, composé de 28 images et d’un livre de textes composé de 14 textes poétiques. Accompagnés d’un texte de présentation de Christine Delory-Momberger et d’une postface de Christiane Vollaire Christine Delory-Momberger est représentée par l’agence révélateur et chargée du développement de l’Observatoire des nouvelles écritures de la photographie documentaire de Photo Doc. Graphisme, maquette : Dominique Mérigard LE LIVRE : FF 18,6 x 27 cm, ouvert 37,2 x 27 cm Intérieur 1 : 48 pages couleur, imprimées sur Freelife Vellum Premium 140 g Intérieur 2 : 32 pages imprimées Noir R°V°, sur Freelife Vellum Premium 120 g Finition : cartonné cousu, Wibalin reborde, carton gris 3 mm, tranchefile Décembre 2021 EAN 9782369801948 ISBN 9782369801948 PP : 22 € Tirages de tête disponibles : renseignements auprès d’Arnaud Bizalion +33 6 80 01 47 55 https://www.arnaudbizalion.fr/ http://www.christinedeloryphotography.com À LIRE Christine Delory-Momberger, photographe, est notre invitée Les fleurs d’Auschwitz de Christine Delory-Momberger Dans le souffle du labyrinthe, Christine Delory-Momberger Christine Delory-Momberger « tendre les bras au-dessus des abîmes » Chronique d’exposition, L’entaille de l’Exil Exposition « Comment le monde m’affecte et comment j’affecte le monde ? » Marque-page0
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