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Cette semaine, Pascal Therme partage avec nous le travail de Christine Delory-Momberger : « Les fleurs d’Auschwitz ».

Tout ce qui s’attache à la vie et au sentiment de le vie ne peut être que célébration du vivant. La mémoire est un drapeau qui flotte au vent, claque, fait surgir de son étoffe, selon l’inflexion de l’air, telle part puis telle autre, dans un mouvement, FAIT APPARAÎTRE PUIS DISPARAITRE CE QUI EST INSCRIT sur l’étoffe, dans une distance qui n’est plus, et qui toujours re-tend la témérité de l’heure au point de sa disparition.

Tout ce qui a été perdu, ravi, gommé, soustrait à sa présence, assassiné, détruit, supprimé, par le présent, dans l histoire est appelé à revenir, non pas en fantôme, mais en pleine chair, en plein temps, dans la résilience de l’attachement et du souvenir, dans la vibration éternelle de la vie suspendue, qui ainsi resurgit et affirme l’insoutenable de l’abject, laissant sans voix le temps, lui même fut assassiné.

… Ce présent, figé, éternel ne peut mourir à lui même, sans que la faute ne puisse s’effacer, ni l’horreur ne puisse quitter l’aube. Il ne peut y avoir de rémissions dans le ciel. et pourtant…

Heureux le pissenlit qui fleurit sur la tombe et dont la graine vole au vent, le sommeil est ici un voile qui, à force de s’obscurcir se sépare enfin de lui même, de ces soleils noirs au bout de la nuit.

Ce territoire de mémoires est un océan primordial, dont l’écume porte encore ces murmures indistincts et ces voies disparues, établies dans leur présence par la communauté des souvenirs et des photographies, essentielles, communes, présentes, humaines et touchantes.

La fleur s’attache aux germinations et la terre s’empanache de moutons aériens, pour que vole au puits de l’abîme ces pleurs re-dessinées en rage éteinte, en mort lente, sans cesse, sans que l’eau noire ne se prenne plus au clapotis de l’instant, que l’être ne se dépare de sa blessure, que la parole ne puisse au secret tendre une voile où puisse s’inscrire ce deuil lent, deuil impossible et possible sans l’oubli, travail des mémoires, chemin vers la vie, fleur qui jamais ne pense mais s’ébat en plein vent, en plein temps, océans aux profondeurs indistinctes, mer vineuse des anciens.

Il n’est que le vent paraclet qui puisse porter hors de l’enceinte close ce temps où, enfin s’épuise, à force de marées, l’insoutenable brisé enfin au roc du vivant.

Eaux sensibles, ivres et sages, ponts tournés vers le ciel, paroles invisibles, contenus manifestes et latents, tout un pays prend place à travers un geste affirmé ou ébauché, puis libre de lui même.

La photographie de Christine Delory-Momberger est toujours une volonté dans une in-volonté….

Elle se défait des ombres grises, dans un plan de terre projetée en plein ciel, intimité charbonneuse des étoiles, silhouettes filant sur un chemin, paysages immobiles, procès du temps dans ses secondes égrainées, profondeurs lactées de l’instant, l’ombre se creuse entre son repli et son gain.

C’est là le mouvement ou apparait puis disparait le meurtre et par là qu’une paix peut s’étendre pour refaire l’aube et la nuit, le jour décent, que le sang peut enfin s’absoudre dans une ode où tous, parlent, comme au jour de leur bonheur, loin de la peine et de l’obscur.

Ce travail est sage, il appelle la nuit calme qui n’entend plus le cri mais s’éprend des amours, de la paix enfin trouvée au coeur de la nuit creuse comme au ventre de cette nef ancienne qui portait le Héros grec vers ses combats, dans cette fragilité conquise à l’insurrection de la raison humaine et dans le repos des forces dissonantes de la destruction….

Ce travail est une respiration de l’histoire et un baiser d’aube sur le temps….une main qui bat le vent….

https://www.christinedeloryphotography.com/

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