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Sortie du Previously on Hans Lucas #13

Temps de lecture : 10 minutes et 3 secondes

Previously on hans lucas est une publication mensuelle, vous y trouverez un assemblage hétéroclite de photographies ou vidéos commentées par leur auteur. Cette édition de POHL a été parrainée par Ying Ang.

Nous ne sommes pas dans le domaine des images. Nous sommes dans le domaine des idées. L’imagerie visuelle est la conséquence de la connection des synapses, de l’effet d’une muse, du besoin qu’ont les humains de créer et d’alimenter leur curiosité manifeste.

En revoyant toutes les images de cette sélection, c’est l’idée qui me nourrit après que mes yeux sont ravis. Au moment où les pouvoirs de séduction de la Forme diminuent (ce qui arrive de plus en plus vite dans cette époque de scroll digital infini), il ne me reste que l’impression des idées qu’elles véhiculent. Ceci est particulièrement flagrant dans le processus de choix des images, lorsque celles qui ont des concepts trop directs, trop « déjà-vu », sont écartées.

Que les oeuvres soient produites dans une intention commerciale, artistique ou journalistique n’a plus d’importance pour moi. Les travaux sur lesquels je m’attarde, ceux qui continuent de fleurir dans mon esprit, sont ceux qui ont captivé un imaginaire évasif. Dans des termes tangibles et concrets, c’est le plus souvent une personnalité. Un individu, un animal, un objet ou même une atmosphère qui est si prenante, dans un contexte particulier, que je construis autour d’elle une histoire ou une idée, lui permettant de prendre vie dans ma conscience.

En regardant ces images sur mon écran avec peu d’information les concernant, le pouvoir qu’elles ont de conserver cette qualité de l’idée m’est apparu comme une évidence.  Elle arrivent, dénuées de légende, à avoir une vie sans être ancrées dans une réalité factuelle. La description du contexte a un rôle primordial dans le développement d’une narration visuelle mais c’est toujours l’idée inhérente de l’image qui m’amène au reste de l’information, et non l’inverse.

Anna Cazenave Cambet

« Fallait que j’te dise »

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« Il y a des images qui n’existent que pour vous rappeler ce que vous avez été. Je crois très fort en cette photographie là, celle qui dit « j’ai été là, j’ai été ça ». Une photographie assez commune, assez vivante, pour être à tout le monde. Une simple collecte de moments, une note pour plus tard, pour ne pas trop se perdre. »

http://hanslucas.com/accambet/photo/3965

 

Julien Muguet

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« 22 janvier 2014, l’Assemblée vote le projet de loi de non cumul des mandats, ignorant la version pourtant votée par les sénateurs qui maintenaient le cumul pour eux-mêmes.

Etant journaliste parlementaire, c’est une session importante, d’autant qu’elle suit les Questions au Gouvernement auxquelles j’assistais.

Manuel Valls, à l’époque Ministre de l’Intérieur, est assis sur le banc des ministres à côté de Jean-Jacques Urvoas, lui-même Président de la Commission des Lois de l’époque. Ils sont quasi seuls dans l’hémicycle et après trois photos des deux hommes je décide d’isoler Valls dans mon cadre. Un bâillement à 16h11, un regard sur son téléphone à 16h12 puis plus aucune photo jusqu’à cette expression enfin intéressante à 16h19. Juste le temps d’en faire une horizontale (pour une double) et une verticale (pour une couv’).… »

http://hanslucas.com/jmuguet/photo/3766

Karin Crona

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« IDF en RER »  « Depuis quelques années je pars régulièrement en excursion dans la banlieue parisienne. Je prends un train RER au hasard et je laisse l’intuition guider mes pas.

Mon objectif est de chercher la poésie précisément là où, semble-t-il, le monde n’a pas spécialement envie de regarder — et là où tout critère d’harmonie esthétique semble avoir été abandonné.

Cette grosse grappe rouge, qui pendouille au-dessus la vitre arrière cassée d’une voiture, m’a immédiatement frappée par sa brute sensualité. La photo a été prise en novembre 2016 lors d’une balade entre les deux gares L’étang la Ville et Saint Germain en Laye. »

http://hanslucas.com/kcrona/photo/8412

Andrea Mantovani

« Vancouver’s Living Room »

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« Il est tôt ce matin. C’est le troisième mercredi du mois, la journée la plus attendue dans le quartier de Downton East Side, à Vancouver. C’est« Welfare », l’assistance sociale de l’extrême précarité au Canada, le RMI des plus démunis. Dans ce quartier qui affiche un taux de toxicomanie 8 fois supérieur à la moyenne nationale, nous savons qu’aujourd’hui c’est « jour de fête », chacun aura sa dose. Mais nous savons aussi, que nous entendrons aujourd’hui, beaucoup trop, les sirènes sonner. »

http://hanslucas.com/amantovani/photo/6716

Céline Sarr

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« Le sari est une étoffe réservée aux femmes comoriennes pour la cérémonie du Grand Mariage. C’est un tissu noble. Ali a décidé de le détourner. Nous ne devions pas utiliser cette tenue pour le projet mais il tenait à me la montrer. Et puis on attendait que la modèle arrive. Il n’y avait que de la roche autour de nous, il fallait bien qu’on s’occupe! Alors on a shooté. Il le portait si bien son ensemble! Si bien, et avec tant de fierté. »

http://hanslucas.com/csarr/photo/4125

Leonora Baumann et Etienne Maury

Teo Becher

Les Escoumins, Québec, juin 2015

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« La nouvelle se répand peu à peu. Nos hôtes, biologistes et ornithologues passionnés, ne tiennent plus en place. C’est le début de la matinée, Roxane et moi émergeons à peine. « Ils seront là à 10h. On va y aller, tout le monde y va. »

Et ils crachent le morceau : « Un béluga mort a été aperçu non loin des côtes des Escoumins, au milieu de la mer. Ils vont le tirer jusqu’au port et le ramener à terre. »

Le Saint-Laurent est un fleuve, Les Escoumins est sur le continent mais ses habitants sont des insulaires. Ils vivent pour les vagues, les animaux marins et la mer – fût-elle un fleuve. »

http://hanslucas.com/tbecher/photo

Amandine Besacier

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« J’attache énormément d’importance à mes décors. En général ça me prend plusieurs semaines de recherches et de repérages avant de faire ma première prise de vue. Cette maison, c’est le seul lieu que je n’ai pas vraiment cherché. Je suis passé devant une centaine de fois. J’ai toujours eu une obsession pour cette maison trop parfaite, trop rose bonbon, ses portes de garage blanches et le rosier jaune. Tout était très cliché, trop lisse – je la trouvais à la fois très belle et très oppressante. »

Caroline Cutaïa

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« Pour ma première commande officielle pour la Presse, j’ai récupéré une roue crasseuse dans la rue… Je l’ai donc shampouiné avec du Head & Shoulders, elle était rutilante après ça. Je l’ai photographiée en studio et le lendemain j’ai rendu la roue à la rue. Elle sentait bon. »

http://hanslucas.com/ccutaia/photo

Karen Assayag

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« Cette photo est issue de la série « Ain Diab ou la source des loups ». Elle a été prise sur la plage de Ain Diab, au sud ouest de Casablanca. Elle témoigne de l’évolution de mon pays, le Maroc. Il y a encore 2 ans, il était exceptionnel de voir une femme en niqab. Aujourd’hui, elles circulent, seules ou en couple, ne laissant entrevoir que leurs yeux de jeunes femmes, masquées sous ce voile intégral wahabite, sans lien avec les coutumes vestimentaires marocaines. En janvier 2017, le ministère de l’intérieur marocain a décrété, pour des raisons de sécurité, l’interdiction de la fabrication et de la commercialisation de la burqa (voile intégral couvrant aussi les yeux). Peut être doit-on y voir un message envers les porteuses du niqab? »

http://hanslucas.com/kassayag/photo/8519

Clémence Losfeld

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« Les macarons est une image tirée de la série Battre en retraite,  un ensemble photographique qui a pour thème le quotidien en maison de retraite. Dans ce contexte, la photo prend alors tout son sens : capter des êtres en fin de course où le temps qui passe se fige dans l’immortalité de l’attente. Ainsi, en l’espace de deux ans j’ai visité plusieurs maisons de retraite. D’abord sans appareil pour privilégier la prise de contact avec les pensionnaires et le personnel, et créer des liens. J’ai découvert une multitude de profils et de sensibilités. Puis, tâchant d’éviter de basculer dans le pathos, ou à l’inverse rendre risibles certaines situations, je me suis concentrée à capter ce que ces personnes âgées acceptaient de me livrer, m’offrant, par reconnaissance mutuelle, l’image de leur intimité. Celle de la vie qui bat en retraite. »

 

http://hanslucas.com/closfeld/photo/8787

Faux Amis

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« En résidence « mission » en Seine et Marne, nous avons rencontré les résidents d’un EHPAD pour faire leur portrait. Mme Blankaert se rappelait de ses premières années de mariage : il faisait si froid que l’eau gelait dans les casseroles mais c’étaient des jours heureux, le premier « chez soi »…

On a demandé aux personnes de la cantine de nous aider en préparant de gros blocs de glace, puis on a mis en scène ce souvenir dans la cuisine. C’était amusant pour tout le monde de bousculer un peu le quotidien, de faire des choses étranges. »

http://hanslucas.com/fauxamis/photo/3166

Jeanne Frank

Sans connaitre le contexte de cette prochaine photographie, Eléonore Antzenberger écrira cette fiction :

Ce que je te dis est un secret. Venu de loin, d’aussi loin que je peux l’être lorsque je suis assis si près de toi.
Secret au bord des lèvres qui se faufile d’une bouche à l’oreille, invisible comme le vol d’un insecte
Serpentant de toi à moi, petite fille, comme un air léger hérissant le duvet de ta joue.
Un secret, comme toi, devenu moi-même.
Et mes lèvres qui parlent à ta peau connaissent tout de toi : cette main engourdie, la lumière opaque de cette chevelure d’épervier, ce visage affaissé, la rondeur maladroite de ce genou replié, la dentelle de ta robe aussi blanche que celle du rideau blanc derrière nous. Et aussi la fausse pudeur que tu enfiles tandis ce vent tiède chuchote vers toi. Au fond je sais que tu as envie de rire, ma petite fille.
Car mes secrets, tu les as épuisés un à un.
Mais moi seul connaît la musique qui danse derrière tes yeux clos.

Laetitia Vançon

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« La famille Alabalik vit dans le quartier de Tarlabaşı, un des quartiers les plus anciens mais aussi le plus pauvre d’Istanbul, à juste quelques rues de l’artère touristique principale İstiklâl. Le quartier subit depuis plusieurs années les plans de « rénovation » qui s’avèrent être en fait une gentrification de tout le quartier afin de créer de nouveaux hôtels, centres commerciaux et logements luxueux. Yarmur, à seulement 12 ans, a conscience des changements que cela va créer pour toute la famille, qui a reçue une lettre d’éviction 2 semaines auparavant. Ils ont 1 mois pour retrouver un logement qu’ils puissent assumer. Murat, le père de famille ne gagne pas plus de 350€ par mois. Cette nuit-là est la 3ème où je dormirai avec toute la famille dans le petit salon. Murat rentre tard du travail exténué mais heureux de retrouver ses filles pour qui il a beaucoup de tendresse. Yarmur est sur le canapé préoccupée, il s’approche et l’embrasse essayant de la rassurer. Je suis totalement absorbée par la manière dont ils partagent leur vulnérabilité sans pudeur. J’aime l’attitude de ce père de famille montrant ses sentiments. La sincérité de ce moment-là m’accompagnera une partir de la nuit, alors que Yarmur dort à mes côtés. »

http://hanslucas.com/lvancon/photo/4855

Remy Soubanère

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Anger Paris, Boulevard du Montparnasse – 17 mai 2016.

« Nous, Eux. Des images, un spectacle. Un cocktail, deux cocktails, des applaudissements. Images entre nous et le réel, images entre eux et nous, entre nous tous. Images-spectacle, réel-image. Partout. Un cocktail deux cocktails, ça repart. Et le chaos s’installe. Bien réel le chaos, mais trop grand, trop pour nous. Ou nous trop petits pour lui, c’est là qu’c’est beau. Nous, Eux. Du feu des cris, on applaudit encore un peu. Un réel là, qui s’plie et s’replie pour entrer dans l’image, sur scène si petit. Clic. Plus loin du sang on pleure on étouffe, derrière devant, on crie on chante aussi, c’est à ne plus rien y comprendre. Tout s’déplie de nouveau, on y est. »

http://hanslucas.com/rsoubanere/photo/8708

Julien Benard

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Le laveur de carreaux. « Un homme à la tâche, le regard ailleurs. Le voile de la matière. Portrait sur le vif, chorégraphie du quotidien. J’aime ce glissement du réel vers l’imaginaire. »

http://hanslucas.com/jbenard/photo

Jérôme Lorieau

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«  C’est le milieu de l’après midi. Le temps est ensoleillé. De passage dans le sud de l’Angleterre, je visite Hayling beach. Soudainement une surprenante nappe de brouillard envahit la plage. L’ambiance change radicalement. Un sentiment d’étrangeté se fait sentir. Je passe devant cette famille et je prends cette photo. Quelques minutes plus tard, le brouillard disparaissait aussi vite qu’il était arrivé. »

http://hanslucas.com/jlorieau/photo/8186

Maxime Matthys

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Véronique, éleveuse de poules pondeuses bios. Sud Ouest de la France – 17 Janvier 2015.

« Ce portrait est tiré de la série documentaire « Enracinés » que j’ai produite quelques années après mon arrivée en France. À 16 ans, j’ai quitté le centre ville de Bruxelles pour une maison de campagne, perdue au milieu du Gers, à plusieurs kilomètres d’un petit village d’une centaine d’habitants.C’est en grandissant dans cette région reculée que j’ai découvert la photographie. J’ai été pris par un besoin de conserver une trace de ce que je voyais. Je me suis ainsi lancé dans une série de portraits qui met en scène des agriculteurs, éleveurs et producteurs dans leur quotidien. Plus le temps passe, plus je considère ces images comme un hommage à la région et aux habitants qui ont forgé en moi cette envie de photographier. »

 

http://hanslucas.com/mmatthys/photo/7396

Karen Paulina Biswell

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Tropical Mythology : Leda and the Swan »
enjambe la liberté
apprivoise l’inédit
désamorce le corps

 

http://hanslucas.com/kpbiswell/photo/2629

Elisa Perrigueur

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Octobre 2016. « Quelques jours avant le démantèlement du camp de réfugiés de Calais. Environ 6500 à 7000 migrants se massent dans ce bidonville que l’on nomme la « jungle ». Seul ce petit tronçon au-dessus de l’entrée est épargné par les grillages. Je l’ai souvent observé, en entrant, en sortant du camp. Il offrait une perspective intéressante. Ce pont relie les deux univers qui se sont côtoyés sans réellement se croiser pendant des mois : les habitants de Calais et le camp de réfugiés. J’ai capté cette scène où des petits groupes de migrants, tuant l’ennui, regardaient en l’air. C’est l’un de mes premiers dessins réalisés en couleur pendant un reportage. »

http://hanslucas.com/eperrigueur/photo/8525

Phil Le Gal

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Portrait de deux participantes au Pardon de St Michel à Erquy, Bretagne, France Aout 2013. Série «Days Of Mercy | Jours de Pardon ».

« Après m’être expatrié depuis plusieurs années au Royaume-Uni, je décidais de revisiter ma Bretagne natale et d’y documenter les traditions centenaire des pardons bretons. Mélange de religion, superstition et rites d’origines païennes, les pardons bretons continuent d’attirer leurs flots de pèlerins en quête de rédemption. La réalisation de cette série m’a permis d’effectuer  un superbe retour aux sources pour découvrir des pratiques dont je ne connaissais seulement l’existence par l’intermédiaire des histoires que m’avait raconté ma grand-mère. »

 

http://hanslucas.com/plegal/photo/4536

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Cette publication a été passionnément concoctée par :

Ying Ang, Charlotte Gonzalez, Constance Decorde et Sophie Knittel

Basée aussi bien à Melbourne, Singapour qu’à New York, Ying Ang a exposé son travail partout dans le monde. Elle a récemment publié un livre de son travail, Gold Coast, qui a remporté de nombreux prix. Elle a également été curatrice au Obscura Festival of Photography et conférencière principale à la première de Photobook New Zealand en 2016.

Membre du collectif de photographes MJR, Ying dédie une partie de son temps à des projets curatoriaux avec des festivals de photographie, des conférences, la production de publications, et gère une variété de projets dans le domaine de la création au sens large.

Ying Ang fait actuellement partie de l’équipe enseignante à l’International Centre of Photography à New York.
Éléonore Antzenberger est une spécialiste en littérature du XXe siècle, elle est l’auteure d’une thèse de doctorat (Langue et Littérature française) sur le théâtre de Jean Cocteau. Chargée de cours en Lettres Modernes à l’Université de Nîmes et membre du laboratoire de recherches du RIRRA 21 à l’Université Paul Valéry de Montpellier, elle est l’auteure de nombreuses publications sur le milieu de l’avant-garde artistique et littéraire au XXème siècle.

Relecture, correction et production : Sophie Knittel

Traduction : Sophie Knittel et Charlotte Gonzalez

POHL #13 est soutenu et diffusé par 9 lives et LensCulture.com

Previously on Hans Lucas est propulsé par Hermès, logiciel développé par le studio Hans Lucas

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