À l’occasion de sa troisième exposition personnelle à la galerie In Camera, Sissi Farassat dévoile Revelation, une série qui marque un tournant aussi discret que radical dans son travail. Née à Téhéran en 1969 et installée à Vienne depuis la fin des années 1970, l’artiste irano-autrichienne développe depuis plusieurs décennies une œuvre singulière à la croisée des cultures persane et occidentale. Elle se fait connaître par ses interventions minutieuses sur des tirages photographiques : broderies de perles, coutures, ajouts scintillants et matières colorées viennent perforer la surface de l’image.

Un geste artisanal, lent et méditatif, qui transforme la photographie en objet hybride, à la fois intime et précieux.

© Sissi Farassat, Revelation #26, Selma

© Sissi Farassat, Revelation #57, Brigitte

Avec Revelation, le procédé s’inverse. L’image n’est plus augmentée par excroissance ; elle est partiellement soustraite. Farassat puise dans des photographies vernaculaires anonymes, dénichées sur les marchés aux puces européens — tirages argentiques vintage en noir et blanc — puis les recouvre de passe-partout soigneusement découpés. N’apparaissent alors qu’un œil, une nuque, un bras, une jambe. Le reste demeure hors champ.

Ce jeu de cache-cache produit une tension visuelle immédiate. La sensualité affleure, nourrie de références à l’âge d’or du cinéma et à l’élégance surannée des figures hollywoodiennes. Mais loin de tout voyeurisme, l’artiste déplace le regard : ce qui importe n’est pas tant le corps montré que l’espace dissimulé. Comme l’écrit l’historien de la photographie Michel Poivert dans La Nudité des images, « l’objet désiré ne se donne que par dissimulation ». Le hors-champ devient un territoire actif, à la fois réel et imaginaire.

© Sissi Farassat, Revelation #10, Susi

© Sissi Farassat, Revelation #96, July

En écho à la série dominée par le noir et blanc, un travail plus coloré, dont une oeuvre est présentée à la galerie, rappelle l’influence décorative et sensuelle de Gustav Klimt. Paillettes, matières brillantes et tonalités éclatantes réaffirment ce dialogue entre ornement et identité, entre empowerment et mémoire intime.

Dans cette exposition, Sissi Farassat poursuit ainsi une exploration profondément personnelle : celle d’une image à la fois blessée et sublimée, fragmentée mais organiquement cohérente. Une œuvre où la disparition devient forme, et où le regard apprend, paradoxalement, à voir dans ce qui lui échappe.

INFORMATIONS PRATIQUES

jeu12fevmer01avrSissi FarassatMe and the othersin camera galerie, 21, rue Las Cases 75007 Paris

Alix Decreux
Diplômée d’un master Lettres & Humanités – Écritures et médias à la Sorbonne Nouvelle, Alix Decreux est rédactrice culturelle depuis l'obtention de son baccalauréat. Forte d'expériences en rédaction, communication et relations presse, elle est aujourd'hui pigiste pour plusieurs médias et écrit sur l’art et les pratiques culturelles contemporaines.

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