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Partager Partager Pour sa troisième carte blanche, notre invitée de la semaine, Séverine Gay Degrendele – commissaire d’exposition du festival Impulse, dédié à la valorisation de la photographie émergente – partage ses réflexions sur l’évolution de notre métier et du monde de la photographie. Dans ce premier opus, elle explore la complexité de la pratique photographique et interroge ce qui fait la singularité d’un·e photographe dans un contexte où l’accompagnement et la monstration deviennent essentiels. “Art is work and work of different kinds. But in art, work has its own voice. Artists long ago ceased to be merely painters, sculptors, photographers, etc. Today, we find them in many different roles. On the one hand, this is because they’re forced to do different things for their livelihoods. On the other, it’s because art itself has expanded into different disciplines and social roles. This shift, of course, has its history.” Revue Talweg 06, Pétrole éditions © Severine Gay Degrendele Unannounced Voices: Curatorial Practice and Changing Institutions, Zdenka Badovinac « L’art est un travail, et un travail de toutes sortes. Mais dans l’art, le travail a sa propre voix. Les artistes ont depuis longtemps cessé d’être de simples peintres, sculpteurs, photographes, etc. Aujourd’hui, on les retrouve dans des rôles très divers. D’une part, cela tient à la nécessité de diversifier leurs activités pour gagner leur vie. D’autre part, cela tient à l’expansion de l’art lui-même vers différentes disciplines et fonctions sociales. Cette évolution, bien sûr, s’inscrit dans une histoire. » Unannounced Voices: Curatorial Practice and Changing Institutions, Zdenka Badovinac Quand j’ai lu cette réflexion de Zdenka Badovinac, elle a tout de suite fait écho avec un paradoxe constaté ici aussi : les artistes ont depuis longtemps cessé d’être de simples techniciens de l’image pour endosser des rôles divers. Qu’ils soient assumés par nécessité économique, parce que l’art s’inscrit dans tous les enjeux de notre société, mais aussi parce qu’aujourd’hui on demande bien souvent à un artiste de savoir “tout faire”. D’être en mesure de proposer un projet abouti, exposable, publiable et de maîtriser tout ce qui le rendrait “bankable” rapidement. Cycles de JJ Zana © Severine Gay Degrendele Le sujet ici n’est pas de dénoncer cette « évolution » ou ces pratiques, mais bien de dresser le constat que cette polyvalence imposée, forme d’injonction à l’immédiateté et à l’hyper compétence va à l’encontre de ce que demande une pratique artistique professionnelle en investissement et en temps pour se déployer. Combien d’années passent des musiciens, des plasticiens, des athlètes, des comédiens à perfectionner leurs pratiques ? Combien d’allers-retours sont effectués entre un éditeur et un auteur avant la publication d’un ouvrage littéraire ? Combien de répétitions, d’échecs, de raté ou encore d’ajustements chorégraphiques un ballet doit-il engager avant sa représentation ? Pourquoi en serait-il autrement pour les photographes ? Dans ce paysage mouvant et en constante évolution, où la pratique de la photographie s’est considérablement développée et démocratisée le besoin de progresser dans son expérience n’a jamais été aussi prégnant. Pourtant, une confusion demeure. En une dizaine d’années, l’accompagnement s’est imposé comme une pratique essentielle du développement personnel et de projets. À la fois terme générique et pratique professionnelle aux applications multiples, il est partout, et évidemment le milieu artistique n’y échappe pas. Filmstudie (1926) Hans Richter Mais lorsque l’on parle d’accompagnement, de quoi parle-t-on finalement ? Cela force à s’interroger sur la durée du processus, sur la posture du professionnel et sur la nature même de ce qui est au cœur de l’échange. Il me semble essentiel de ne pas faire de confusion entre l’accompagnement et ces offres qui, par leur nature même, ne peuvent s’inscrire que dans le court terme et avec des buts pédagogiques spécifiques portant sur un point précis, sur l’étape x d’un parcours. Si une formation (écoles, cursus professionnalisants, workshops, masterclass etc.) transmet un socle de connaissances et de méthodes dans un cadre collectif, l’accompagnement, lui, n’est pas l’application d’un programme à proprement parler. Il se déploie là où les schémas théoriques, ceux qui s’appliquent au plus grand nombre, s’effacent pour laisser place à la réalité singulière de la pratique et de l’individualité de son auteur. Il n’est pas non plus une simple conversation informelle. L’accompagnement existe par son caractère individuel et se déploie dans la friction entre deux esprits. Il place en son centre la dimension humaine. C’est une relation établie et consentie entre deux personnes où chacune est un point de départ. Le point d’arrivée étant ce que produit l’échange : une pensée mise au service de l’œuvre. Malgré le « couteau suisse » que l’époque lui demande d’être, il faut qu’il y ait chez l’auteur un vrai désir d’être accompagné, un vrai vouloir, et que ces deux-là soient restitués dans un but. Nous voyons trop souvent des photographes arriver à nous dans une demande urgente et répétée d’un retour « à tout prix », entre deux portes ; d’un avis sur une série ou un dossier, d’un conseil, puis l’envie/l’espoir d’un accompagnement. Seulement, beaucoup “veulent” mais ne sont pas prêts à s’investir réellement. Ils n’en voient pas l’intérêt ou alors s’engagent, mais refusent d’être remis en question, de travailler en profondeur, de déconstruire leurs certitudes. Ils écoutent, mais ils n’entendent pas. Ils refusent de déconstruire leurs certitudes. D’ailleurs, nous voyons également passer de nombreux dossiers de candidature qui nous interrogent sur ce qui se joue aujourd’hui dans le monde de la photographie. Nous croisons des étudiants issus d’écoles renommées pourtant incapables de formuler une intention, des stagiaires au long cours au sein de lieux culturels qui bien qu’avec de nombreuses expériences sur leur cv ne semblent jamais avoir été confronté à la construction d’un regard, ou sensibilisés à la monstration, des photographes issus de prix et bourses sans narration claire et établie ou par exemple des séries exposées et dupliquées à plusieurs reprises sans que le récit ne soit jamais réinterrogé. Cela pose la question des critères d’évaluation des dossiers, de comment juge t’on aujourd’hui la maturité d’un propos, d’à quoi sert cette accumulation de visibilité qui prend diverses formes, si elle ne sert pas l’auteur ? Tout cela questionne sur ce qui “fait photographe” ou ce qui fait “parcours” aujourd’hui, ce qui révèle, à mon sens, une fracture profonde dans notre profession. Je m’étonne de ce constat que nous sommes de nombreux experts à faire, tandis que d’autres semblent l’ignorer, ou pire, choisissent de passer outre au nom de quoi ? Quelle est alors la place faite à ce qui sert réellement le photographe ? La réponse réside sans doute dans l’exigence. Servir le photographe, ce n’est pas conforter ses acquis ou valider une série par complaisance ; c’est lui offrir les outils d’une progression tangible, c’est l’amener à comprendre que l’œuvre n’est jamais un produit fini, mais un organisme vivant qui demande de la patience, du travail, de la culture et, par-dessus tout, une pensée en mouvement. Nous n’avons jamais souhaité faire du Festival Impulse un simple espace de monstration. En croisant le chemin de nombreux photographes lors des premières éditions nous avons mesuré la rareté des espaces de dialogue mis à leur disposition pour comprendre leur propre production et avoir des clés pour que la série puisse rencontrer son public dans le cadre d’une exposition collective ou individuelle. Ce besoin a résonné avec nos activités d’accompagnement menées depuis 20 ans déjà. C’est ainsi que nous avons instauré la dotation de l’accompagnement pour les photographes exposé.e.s, afin que l’exposition ne soit pas une fin en soi, mais bien une étape de construction dans leurs parcours. « Je veux saisir Monet là, à cet instant précis où il pousse la porte de l’atelier dans le jour naissant encore gris. C’est le moment du jour que je préfère, c’est l’heure bénie où l’œuvre nous attend.(…) Je veux saisir Monet la, à cet instant précis où il entre dans l’atelier, où il passe la frontière entre la vie, qu’il laisse derrière lui, et l’art, qu’il va rejoindre. » L’instant précis où Monet entre dans l’atelier, Jean-Philippe Toussaint. Les Éditions De Minuit, 2022. Pour nous, accompagner est un face-à-face qui se veut réellement constructif et qui s’adapte à la réalité. Cela peut être une expertise ponctuelle sur un éditing, un texte d’intention, une réponse à un open call ou un suivi au long cours. Choisir son mode d’accompagnement repose sur le besoin présent exprimé, mais aussi sur son objectif et l’ambition que l’on a pour sa photographie. Dans tous les cas, cela repose sur un engagement mutuel. Pour l’accompagnateur, cela signifie : Savoir faire abstraction de ses propres goûts et centres d’intérêt personnels pour accueillir l’esthétique de l’autre. Mettre son savoir-faire et sa capacité à lire les images au service de ponts et de références qui épousent la recherche du photographe. Comprendre ce que l’auteur veut exprimer sans en dépasser les limites, pour ne pas le conduire vers un développement qui ne le concernerait pas. Ouvrir des portes sur la portée et l’impact du récit, tout en conseillant à juste mesure. Tenir compte de l’étape où en est le photographe et de sa réalité quotidienne, sans chercher à l’emmener là où il « faudrait aller » s’il n’en a pas encore les moyens ou le temps. Pour le photographe, cela implique : Manifester un réel désir d’être accompagné et cultiver un vrai vouloir mis au service d’un but précis. Accepter le commentaire et accepter de défaire ce qu’il croyait acquis. Accepter d’entendre et de s’ouvrir à ce que son propre récit sous-entend. S’engager à se mobiliser, à être constant et accepter de s’inscrire dans le temps long de la réflexion et de l’infusion. La progression des individus est au cœur de notre démarche et toute notre énergie y est consacrée. Nous avons accompagné des profils d’une grande diversité, du professionnel confirmé allant vers le marché de l’art à l’amateur exigeant, en passant par ceux qui font leurs premiers pas dans l’écosystème. Tous ont un point commun, une farouche envie de faire de la photographie avec sérieux et implication. La photographie est exigeante, elle demande de l’engagement et une véritable attention. Les accompagner ce n’est pas seulement les écouter, c’est décrypter et comprendre leurs motivations profondes, participer à la définition d’objectifs réels et leur apporter les outils nécessaires pour les atteindre. C’est un métier qui demande beaucoup de disponibilité et d’abnégation, car il n’est jamais question de substituer notre propre point de vue ou notre propre volonté à celui de celle ou celui que nous accompagnons. Accompagner est une véritable collaboration, c’est se mettre en retrait pour laisser la place à l’autre tout en maintenant l’exigence nécessaire pour que l’œuvre puisse enfin exister par elle-même. C’est une alchimie entre des expériences et des expertises, celles des photographes et la nôtre, mise au service d’un projet à accomplir. INFORMATIONS PRATIQUES Galerie Impulse19, rue Jouvène, 13200 Arles jeu12mar(mar 12)14 h 30 minsam30mai(mai 30)19 h 00 minIMPULSE FESTIVAL - 6ÈME ÉDITIONGalerie Impulse, 19, rue Jouvène, 13200 Arles Détail de l'événementPhoto : © Noor Datis Le Festival Impulse revient à Arles pour sa 6e édition, du 12 mars au 30 mai 2026. Dédié à l’accompagnement de la photographie émergente, le festival Détail de l'événement Photo : © Noor Datis Le Festival Impulse revient à Arles pour sa 6e édition, du 12 mars au 30 mai 2026. Dédié à l’accompagnement de la photographie émergente, le festival accompagne de jeunes artistes dans le développement et l’affirmation de leur démarche à travers un accompagnement en 3 étapes. En cinq ans, le Festival Impulse est devenu un rendez-vous incontournable pour les photographes n’étant pas encore totalement intégrés aux réseaux de diffusion traditionnels. + L’ACCOMPAGNEMENT Le Festival Impulse place l’accompagnement au centre de sa démarche. Chaque photographe sélectionné bénéficie d’un suivi personnalisé : – échanges approfondis sur la pratique et le parcours. – commentaire critique sur l’axe narratif et travail sur la cohérence entre l’intention intiale et les images du dossier de candidature. – direction artistique pour l’editing et la scénographie. Cet accompagnement permet aux photographes d’acquérir des réflexes et des méthodes de travail essentiels pour accomplir un projet et, à terme, travailler en toute autonomie. Plus précisément, ce processus d’accompagnement aide les photographes à : – Pitcher leur travail : grâce à la compréhension fine de l’axe narratif puis à la rédaction du texte d’intention, ils apprennent à présenter leur démarche artistique de manière professionnelle. – Construire une série cohérente : l’étape de l’editing et des recherches scénographiques permettent de structurer leur travail et à comprendre comment le récit narratif s’épanouit jusque dans l’espace de monstration. – S’intégrer dans le milieu professionnel : en accompagnant les photographes avant leur rencontre avec le public, le Festival Impulse leur donne l’impulsion nécessaire pour s’inscrire durablement sur la scène photographique. + LES GALERIES La programmation 2026 sera présentée à la Galerie Impulse et à la Galerie Actes Sud à Arles. + CARTE BLANCHE Au-delà de son appel à candidature et de la sélection par le jury, le Festival Impulse ouvre chaque année un espace dédié à une Carte Blanche. Cette invitation directe naît de notre volonté de décloisonner les pratiques et d’accueillir des écritures exploratoires qui bousculent les frontières de la photographie contemporaine. + LES PHOTOGRAPHES Les membres du jury de cette sixième édition : Cyrielle Gendron directrice de la rédaction du Magazine Photo, Pauline Caplet fondatrice de la Galerie l’Enfant Sauvage (Bruxelles) et Maxime Antony, photographe exposé au Festival Impulse et Prix Picto de la Mode en 2023. Claire Amaouche Caroline Ambonville Charlotte Audoynaud Noor Datis Marie Debitus Tristan Deboise Elsa Faudé Thomas Guillin Barbora Krizova Loïc Laforge Vjola Leskaj Sacha Luisada Daniele Mele Léna Mezlef Juliette Parisot Louna Pauly Cecilia Pignocchi Mélodie Roulaud François Silvestre de Sacy Vanda Spengler Ksénia Timonine Morgane Ubaldi Les Dates12 Mars 2026 14 h 30 min - 30 Mai 2026 19 h 00 min(GMT+00:00) LieuGalerie Impulse19, rue Jouvène, 13200 ArlesOther Events Get Directions CalendrierGoogleCal +Galerie Impulse 19 rue jouvène, 13200 Arles Jeudi au Samedi de 11h à 13h – 14h00 à 19h +Galerie Actes Sud 47 Rue du Dr Fanton, 13200 Arles Lundi de 13h30 à 19h – Mardi au Samedi de 10h à 19h https://www.instagram.com/festivalimpulse/ Marque-page0
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