Cette semaine, nous sommes heureux·ses d’accueillir Gwénaëlle Fliti comme invitée ! Après avoir passé plus d’une décennie au sein de plusieurs rédactions, elle vient de lancer sa propre revue : Selkies. C’est un média indépendant et engagé qui croise photographie émergente et pop culture pour explorer les mutations de la société. Il faudra encore un peu patienter, car la sortie est prévue en juillet, mais la bonne nouvelle, c’est que vous pouvez précommander le premier numéro dès à présent, dont le thème vient d’être dévoilé : Frankenstein. En attendant, faisons connaissance avec le portrait chinois de Gwénaëlle Fliti !

Portrait d’enfance de Gwénaëlle Fliti © Archives personnelles, avril 1991

Gwénaëlle Fliti naît le 4 novembre 1988, à Levallois-Perret (92), mais bouge très vite avec sa famille en Bretagne, avant de s’installer en Charente, et notamment à Angoulême, qu’elle considère comme sa ville racine. Même encore aujourd’hui, seize ans après avoir posé ses cartons en Ile-de-France pour y étudier et travailler.

 Plus qu’une vocation, le journalisme devient pour elle une évidence très jeune. Enfant, elle crée des journaux papier qu’elle relie et distribue à sa mère et ses sœurs et, grâce à un microphone, enregistre des sortes de podcasts. Ce qui lui permet de penser à autre chose et ainsi, de s’échapper un peu du contexte familial très difficile dans lequel elle évolue. 

Les jours qui suivent la tempête de 1999, son enseignante lui demande de constituer une revue de presse pour raconter les conséquences de cette catastrophe. Elle le fait. C’est le déclic. À onze ans, elle réalise alors à quel point la photographie est puissante.

Gwénaëlle quitte le domicile familial quelques mois avant sa majorité, sans un sou, mais bien décidée à faire de cette faille un moteur pour la pousser à réaliser ses rêves et aller au bout de ses idées. Bosseuse acharnée, elle passe un bac littéraire et poursuit ses études. Elle obtient notamment une licence en sciences politiques à l’Institut Français de Presse (Université Panthéon-Assas, Paris II) et sort diplômée d’un master en journalisme au CFPJ, avant d’aller étudier la photographie à l’école des Gobelins. En parallèle, elle effectue plusieurs stages marquants : au Figaro Littéraire, sous la houlette du brillant écrivain et journaliste Mohammed Aïssaoui, puis au sein de l’agence photo Synchro X. 

Désormais journaliste et éditrice photo et membre des Filles de la Photo, Gwénaëlle Fliti a collaboré ces quatorze dernières années avec Libération, La Croix, Le Figaro, Les Echos, ou encore Causette, et a fait un passage en agence photo (IP3 Press). Avant de fonder Selkies et de constituer son équipe, elle a occupé le poste de rédactrice en chef de Fisheye après y avoir pigé pendant près de dix ans.

Selkies, c’est un nouveau média indépendant et engagé (en précommande dès le mois de mars et dont la sortie est prévue pour juillet). Il s’agit d’un trimestriel print qui croise photographie émergente et pop culture pour explorer les mutations de la société. Selkies crée également des événements participatifs (Photobook Club, etc).  L’idée : rendre la photographie plus populaire et accessible, moins élitiste. En lançant Selkies, Gwénaëlle Fliti souhaite offrir à ses futur·es lecteurs·ices un terrain d’exploration, d’inspiration et de dialogue entre disciplines ainsi qu’un espace vivant et collectif où se retrouver et échanger autour de leurs préoccupations et du pouvoir de l’image de raconter le monde.

La couverture du premier numéro révélé © Matthieu Croizier

https://www.selkies.media/

Le portrait chinois de Gwénaëlle Fliti :

Si j’étais une œuvre d’art : En peinture, je suis très touchée par Ophelia, de John Everett Millais (19ᵉ siècle) et par l’œuvre d’Artemisia Gentileschi (17ᵉ siècle) et notamment son interprétation de Judith décapitant Holopherne. Mais aussi et surtout par Frida Kahlo (Les Deux Fridas, 1939 et La Colonne brisée, 1944), René Magritte (Le Double secret, 1927 et Les Amants, 1928) ainsi que par Edward Hopper (Morning Sun, 1952).
Si j’étais un musée ou une galerie : La Mep (Paris 4ᵉ), la Photographers Gallery (Londres), le Hangar (Bruxelles) ou le Jeu de Paume (Paris 1er) car leur programmation vise toujours juste ; le musée d’Orsay (Paris 7ᵉ) ou le Centre Pompidou (Paris 4ᵉ) car j’adore m’y perdre ; la Galerie Triangle (itinérante) et L’Enfant Sauvage (Bruxelles) car ce sont des lieux vivants à soutenir.
Si j’étais un·e artiste : : Taylor Swift. Elle est brillante, bosseuse, talentueuse et humaine.
Si j’étais un livre : Frankenstein ou le Prométhée moderne (1818), de Mary Shelley. Le récit enchâssé est riche et complexe. L’histoire nous plonge dans l’univers gothique du 19ᵉ siècle et de ses préoccupations liées aux progrès de la science. Le monstre est-il toujours celui que l’on croit ? Ce livre aborde des thèmes résolument contemporains. Et quand on sait que Mary Shelley a commencé à l’écrire à seulement dix-neuf ans pour le publier à vingt-et-un an, juste respect.
Si j’étais un film : The Elephant Man (1980), de David Lynch. Il s’agit du tout premier film que je me souviens avoir vu chez moi. C’était sans doute une VHS, à moins qu’il soit passé à la télévision. Ce film m’a profondément marquée. Je suis même convaincue qu’il a contribué à faire de mon sens de l’éthique et de la justice ce qu’il est aujourd’hui, et qu’il a été le point de départ de ma culture visuelle.
Si j’étais un morceau de musique : You Don’t Own Me (1963), titre interprété par Lesley Gore. Cela va chercher quelque chose de profondément ancré en moi, je crois, car dès que je l’écoute, je suis comme reboostée. Sinon, tous les albums d’Angus & Julia Stone, de Taylor Swift et d’Asaf Avidan.
Si j’étais une photo accrochée sur un mur : Toutes celles signées Dorothea Lange. Ou bien l’un des tirages accrochés chez moi comme Je n’habitais pas mon visage (2022), de Mathieu Farcy. Une image issue d’une série puissante sur l’identité et la reconstruction.
Si j’étais une citation : « Vous ne pouvez pas épuiser la créativité. Plus vous l’utilisez, plus vous en avez. » – Maya Angelou.
Si j’étais un sentiment : Un mélange d’enthousiasme et d’indignation. Cela me correspond tellement !
Si j’étais un objet : Un stylo. C’est utile en toutes circonstances.
Si j’étais une expo : Heaven and Hell, de Nhu Xuan Hua et Vimala Pons, à l’église Saint-Blaise, lors des Rencontres d’Arles 2024 : de la photographie, un sujet profond, de la pop culture, une immersion avec de la sculpture, de la performance, de la vidéo et du son au coeur d’une scénographie réfléchie. J’ai rarement été aussi touchée.
Si j’étais un lieu d’inspiration : L’Écosse. Je m’y sens chez moi. C’est un pays qui m’appelle, m’inspire et m’apaise.
Si j’étais un breuvage : Un bon matcha latte au lait d’avoine, l’hiver quand il fait froid. Et une ginger beer bien fraîche l’été. Sinon, du kombucha toute l’année, c’est bon pour le corps et l’esprit.
Si j’étais un héros ou héroïne : Buffy Summers, de Buffy contre les vampires (1997-2003). Il s’agit d’une lycéenne américaine devenue l’élue, à savoir une tueuse de vampires et de forces démoniaques. Plus qu’une héroïne badass, Buffy est et restera un rôle modèle pour des millions de jeunes filles et de femmes à travers le monde. Et puis, la série est beaucoup plus profonde et avant-garde qu’on ne peut le penser.
Si j’étais un vêtement : un trench léger ou un pull coloré. J’ose souvent les associations de couleurs audacieuses et les motifs inattendus. Mon style reflète assez bien ma personnalité.

CARTES BLANCHES DE NOTRE INVITÉE

Carte blanche à Gwénaëlle Fliti : En finir avec les boys clubs (mardi 24 mars 2026)
Carte blanche à Gwénaëlle Fliti : Les pouvoirs d’une Boîte noire (mercredi 25 mars 2026)
• Carte blanche à Gwénaëlle Fliti (jeudi 26 mars 2026)
• Carte blanche à Gwénaëlle Fliti (vendredi 27 mars 2026)

La Rédaction
9 Lives magazine vous accompagne au quotidien dans le monde de la photographie et de l'Image.

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