Du 10 au 12 avril 2026, le salon unRepresented by a ppr oc he investit Le Molière à Paris avec une proposition singulière dans le paysage des foires d’art contemporain. Fondé en 2017, a ppr oc he se distingue par un format curatorial affirmé : ici, pas d’accrochages collectifs mais exclusivement des solo shows, conçus comme autant de micro-expositions. À rebours des foires traditionnelles, unRepresented met en dialogue des pratiques photographiques élargies. Aux côtés d’une photographie dite classique, de nombreux artistes explorent les dimensions sculpturales, matérielles et installatives de l’image, la faisant littéralement sortir du cadre.

Au fil du parcours, plusieurs lignes de force se dessinent, révélant des préoccupations communes : le rapport au vivant, la matérialité de l’image, la mémoire et ses altérations… Tour d’horizon de certains stands qui ont retenu notre attention.

© Elie Monférier

Poétiques du vivant : fleurs, nature et métamorphoses

Le printemps traverse de nombreux stands : roses, tulipes et marguerite se déclinent sous des formes sensibles et souvent hybrides.

Chez Magali Lambert, les fleurs deviennent matière première d’un travail de superposition et de collage. Tissées, assemblées sur fond noir, elles composent des formes en mutation, où se croisent le vivant et le disparu. Son œuvre, à la croisée de la photographie, de la sculpture et de l’écriture, évoque un monde en perpétuelle transformation.

Cette attention au végétal se précise chez Regina Anzenberger, dont l’œuvre mêle photographie, peinture et éléments organiques, notamment des fleurs séchées. Ses images, délicates et lumineuses, proposent une relecture poétique du paysage, où chaque composition semble prolonger l’expérience sensible du lieu.

MIROIR, MIROIR n°142 (vue dos)
© Auriane Kolodziej

Vues d’exposition Auriane Kolodziej, 2026 © Alix Decreux

Au premier étage, Auriane Kolodziej intègre avec délicatesse des fleurs dans des blocs de résine ou des surfaces réfléchissantes. Ses œuvres, à la fois fragiles et distanciées, interrogent la mémoire, le passage du temps et la disparition.

Plus largement, la nature devient un espace d’expérience chez Emmanuelle Blanc. À travers des interventions directes — encre sur roche, insertion de fragments minéraux dans l’image — elle construit une œuvre profondément ancrée dans la matérialité du monde. Sa pratique, nourrie par l’architecture et le paysage, traduit une volonté de faire ressentir physiquement un territoire.

L’image comme matière : expérimentations et déplacements du médium

Vues d’exposition Hélène Bellenger, 2026 © Alix Decreux

Hélène Bellenger adopte une approche résolument sculpturale de la photographie. Ses images, découpées et installées sur des supports variés, nécessitent le déplacement du corps pour être perçues. Fragmentées et spatialisées, elles échappent à toute lecture immédiate, engageant le spectateur dans une expérience sensorielle.

Dans une démarche proche, Laure Sée travaille à partir d’images d’archives qu’elle altère, transfère et re-photographie. Le processus devient central : flou, accidents, textures viennent perturber la lisibilité de l’image. Celle-ci cesse d’être un simple enregistrement pour devenir un objet complexe, porteur de temporalités multiples.

Catherine Rebois propose quant à elle une réflexion critique sur la photographie à l’ère numérique. Ses images, froissées ou rigidifiées, évoquent la surconsommation visuelle et questionnent les mutations liées à l’intelligence artificielle. Son travail souligne la tension de la matérialité de l’image avec sa diffusion immatérielle.

© Auriane Kolodziej

Fragments, mémoire et récits intimes

Les collages de Claudia Huidobro, inspirés du cadavre exquis, assemblent des fragments d’images et de mémoire. Ses compositions, à la fois surréalistes et introspectives, donnent forme à des récits discontinus, faits de souvenirs épars.

Chez Carline Bourdelas, la superposition d’images et de voiles crée des scènes suspendues, empreintes de mélancolie. Ses photographies évoquent l’enfance, la solitude et la féminité, dans une esthétique influencée par le conte et la peinture classique.

Cette dimension narrative et intime se retrouve également dans le travail textile de Tania Arancia. À travers le tissage, elle assemble des fragments de mémoire liés à son histoire personnelle et à celle de la Guadeloupe. Ses œuvres deviennent des surfaces où s’inscrivent des récits à la fois intimes et politiques.

Vers l’abstraction : lumière, horizon et cosmos

© Julien Mignot

Dans sa série présentée, Julien Mignot se concentre sur la ligne d’horizon à Deauville. Ses images, réduites à des champs de couleur et de lumière, cherchent à capter la fugacité d’un coucher de soleil. Elles évoquent une peinture atmosphérique, proche de l’abstraction.

Le travail de Sandrine Elberg ouvre quant à lui sur une dimension cosmique. Inspirée par l’astronomie et le surréalisme, elle construit des images où se confondent science et imaginaire. Ses « constellations » jouent sur les illusions visuelles et les références mythologiques, proposant une exploration poétique de l’univers.

Un laboratoire de la photographie contemporaine

En réunissant ces artistes, unRepresented by a ppr oc he confirme sa position singulière : celle d’un salon qui dépasse le simple cadre marchand pour devenir un véritable espace de recherche.

À travers la diversité des propositions, une même interrogation traverse l’ensemble : qu’est-ce qu’une image aujourd’hui ? Entre matière, mémoire, surface et expérience, les artistes invités en redessinent les contours, faisant de la photographie un territoire en constante mutation.

Artistes & Mécènes 2026
Regina Anzenberger [AT] Soutenue par Dirk Bernhard Schmitz [DE]
Jérémy Appert [FR] Soutenu par Anonyme
Tania Arancia [FR] Soutenue par Rubis Mécénat [FR] & La Station Culturelle [FR]
Hélène Bellenger [FR] Soutenue par Bureau Baillet [FR]
Emmanuelle Blanc [FR] Soutenue par Maÿlis Pourquié[FR] & Anonymes
Carline Bourdelas [FR] Soutenue par we are_ [FR]
Sandrine Elberg [FR] Soutenue par Sophie Bordet [FR]
Claudia Huidobro [FR] Soutenue par DartBLAY [FR]
Auriane Kolodziej [FR] Soutenue par Martine Zimmermann [FR]
Magali Lambert [FR] Soutenue par Anonyme
Valérie Le Guern [FR] Soutenue par Amaury Mulliez [FR]
Julien Mignot [FR] Soutenu par Jacques Deret, Art [ ] Collector [FR]
Elie Monferier [FR] Soutenu par Antoine Romand [FR]
Catherine Rebois [FR] Soutenue par LVM INSIGHT [FR]
Laure Sée [FR] Soutenue par ANTHEM [FR]

INFORMATIONS PRATIQUES
unRepresented
Le Molière
40 rue de Richelieu
75001 Paris
https://www.approche.paris/
Vendredi 10 et Samedi 11 avril 2026
11h – 13h VIP, sur invitation
13h – 20h Ouvert au public
Dimanche 12 avril 2026
11h – 13h VIP, sur invitation
13h – 18h Ouvert au public

Alix Decreux
Diplômée d’un master Lettres & Humanités – Écritures et médias à la Sorbonne Nouvelle, Alix Decreux est rédactrice culturelle depuis l'obtention de son baccalauréat. Forte d'expériences en rédaction, communication et relations presse, elle est aujourd'hui pigiste pour plusieurs médias et écrit sur l’art et les pratiques culturelles contemporaines.

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