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Philippe Normand, Directeur de planche(s) contact, festival de créations photographiques de Deauville, a ramené 3 coups de cœur de sa visite de Photo London. Trois photographes, plutôt méconnus, dont les images suscitent l’imaginaire, offrent une lecture ouverte et inspirent des commentaires très personnels.

Julia Toro est une photographe chilienne, née en 1933 dont je n’avais jamais entendu parler. Sur cette photo, une silhouette en pardessus, une femme (ou un homme ?) est debout dans une barque qui s’est immobilisée ou qui glisse doucement ? On est sur un fleuve. Un pont routier est visible au loin. Il pleut. Un parapluie grand ouvert fait écho à l’arrondi de la barque. Entre ces deux parenthèses, un corps entre deux eaux laisse planer un autre mystère. Est-ce qu’il se dirige vers le bateau de grande traversée fluviale ? Ou est ce qu’il ne fait que le contempler. Le bateau porte le nom de Valparaiso, un port mythique et symbole du grand voyage, qui a fait rêver des générations de marins. Un nom aussi qui réveille chez les amoureux de la photo, le mythique reportage de Sergio Larrain. Entre deux eaux, celle qui pleut et celle qui porte, entre deux postures, est-ce l’amorce d’un embarquement ou juste le rêve d’un départ ? Julia Toro fait naitre foule de questions d’une simple image, très cinématographique, aussi propice aux interprétations et lectures qu’un tableau de Magritte.
> Sur le stand d’Ekho art company
http://ekho.cl

René Groebli, photographe suisse de 90 ans a 24 ans lorsqu’il épouse en 1951 Rita Dürmüller. Il leur faudra trois ans pour concrétiser leur lune de miel lors d’un séjour à Paris puis Marseille. Durant ce temps béni, il photographie en 1954, son amante-épouse dans une intimité, élégante et pudique. Il joue entre contrejours et lumières ouatées avec les ombres et les lumières du noir et blanc. Intemporelle, son image baigne dans une lumière douce qui dit les contemplations heureuses et la passion silencieuse qui fondent le sentiment amoureux. On retrouve la sensualité des tableaux de Boucher ou les odalisques alanguies d’Ingres. L’image appartient à une série qu’il nomme « L’Œil de l’amour ». Elle dit tant de la complicité amoureuse, de l’appel aux caresses, de l’abandon et de la volupté. Une photographie hors d’âge où le corps aimé a la blancheur des marbres de Rodin et se perd dans le froissement et les tremblements des draps de coton lourd. Après Lartigue et avant Jonvelle, René Groebli invente dans ces années 50, une photographie-journal, un carnet d’émotions amoureuses, à la sensualité renversante.
> Sur le stand de la galerie Esther Woerdehoff
http://ewgalerie.com

Antanas Sutkus est un photographe lituanien né en 1939. On connait tous sa photo la plus célèbre : la silhouette de profil, inclinée en avant de Jean-Paul Sartre, en 1965, tandis qu’il marche sur une dune de sable, les bras croisés derrière le dos. En 1974 il réalise cette photographie. Dans une composition parfaite, neuf enfants en grappe, enfourchent la même moto. Ils pétillent de malice et de vivacité. L’Image évoque, à la fois, Delacroix et Doisneau. Neuf pré-ados en pleine métaphore de l’impatience à grandir. Neuf gamins qui vont de l’avant et partent à l’assaut de la vie. Impatients de  trouver leur place dans un monde tenu par les adultes. Neuf postures comme neuf personnalités en devenir. Certains prennent la position du guide, du chef et d’autres sont dévoués ou effacés. Une presque parité où les garçons au centre donnent les impulsions quand une fille prend la conduite des opérations et tient le guidon.  Quarante- trois ans plus tard, qu’ont-ils fait de leurs vies ?
> Sur le stande de la White Space Gallery
http://www.whitespacegallery.co.uk/

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