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Partager Partager L'Invité·ePhoto Carte blanche à Marie-Elisabeth de la Fresnaye : Sublime les tremblements du monde Marie-Elisabeth De La Fresnaye12 décembre 2017 Je choisis en ce début de semaine une exposition qui caractérise mon goût pour les démarches éclectiques qui ouvrent des brèches, des passerelles, des interstices entre les mediums. Il en va ainsi de l’exposition Centre Pompidou Metz, « Sublime les tremblements du monde » (2016) qui proposait une traversée de l’histoire de l’art sous l’angle lyrique de l’image de la démesure. De Léonard de Vinci au Chevalier Volaire en passant par Turner ou Victor Hugo jusqu’à Fabrice Hyber, « Sublime les tremblements du monde » interroge, au delà de la nature et ses catastrophes, l’histoire du regardeur face au paysage. L’exposition du Centre Pompidou Metz réussit ce tour de force à partir de 300 oeuvres orchestrées en 5 temps dramaturgiques autour de 3 éléments : la glace, le feu et l’eau. De l’effroi à la splendeur,de l’attraction à la tragédie, y aura t-il une possible catharsis ? C’est toute la question de ce parcours d’une grande cohérence où alternent témoignages et recherches scientifiques, oeuvres classiques ou plus contemporaines. L’un des premier récit occidental du déluge est biblique et rejoint la longue tradition des plus anciens mythes mésopotamiens, les grands peintres de Poussin à Hubert Robert ou Turner s’y sont toujours délectés. Son « paysage marin avec tempête qui approche »voisine avec les archives des géologues Katia et Maurice Kraft véritables aventuriers des volcans et scientifiques internationalement reconnus. C’est le philosophe Edmund Burke qui au XVIIIè siècle, théorise cette délectation à esthétiser l’horreur et bientôt les prémonitions rejoignent ces imaginaires de la catastrophe. La transcendance le cède vite à la mélancolie et en cela l’ode funèbre du film Mélancholia de Lars von Trier, véritable épopée autour de la dualité entre Justine, sombre et lucide et sa soeur est symptomatique des sentiments ambigus que nous traversons. Solitude de la destinée humaine face aux bouleversements de la nature et leur étendues traumatiques. Bienvenue dans l’ère de l’anthropocène, véritable révolution géologique qui enregistre l’impact environnemental des activités humaines telles que la déforestation, l’exploitation des ressources, l’industrialisation… Des artistes s’insurgent dès les années 70 et documentent de tels ravages. Certains vont jusqu’à proposer des solutions alternatives de réenchantement du monde. Cette osmose possible avec la nature est l’une des plus sensibles sections du parcours portées par des femmes telles qu’Agnes Denes et ses travaux des champs face au quartier financier de New York ou Ana Mendieta qui se livre à des performances telluriques avec la nature sauvage d’où émane une tension presque mortifère. Cette danse avec les éléments et la mort se joue sur la question de l’empreinte, comme celle du corps de Penone dans la dernière salle qui résonne comme un glas ultime. Effroyable beauté qui se prolonge dans toute la galerie 2 Under the Water avec Tadashi Kawamata au lendemain du drame du tsunami de 2011 totalisant 20 000 japonais disparus. Des décombres comme une nuée ardente et flottante au dessus de nos têtes. Poussières et tremblements de notre propre finitude. Archives : www.centrepompidou-metz.fr/sublime-les-tremblements-du-monde Marque-page0
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