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Un Bon Marché en trompe l’œil par Leandro Erlich

Temps de lecture : 1 minute et 37 secondes

En parallèle à une importante collection d’art contemporain qui transforme l’expérience en véritable quête esthétique, le Bon Marché Rive Gauche, en hommage à son fondateur le visionnaire et iconoclaste Aristide Boucicaut, a lancé récemment des cartes blanches à des artistes contemporains. Après Ai Weiwei et Chiaru Shiota qui ont marqué les esprits, c’est au tour de l’artiste argentin Leandro Erlich (représenté par la galleria Continua) de prendre possession des espaces.

Quiconque est entré à la gare du Nord a été marqué par la « Maison fond » au départ conçue pour la Nuit Blanche 2015, cette œuvre qui joue de l’illusion à échelle humaine pour dénoncer le réchauffement climatique, selon les concepts qu’il défend.
Représentant son pays à la 49ème Biennale de Venise, finaliste au Prix Marcel Duchamp en 2006, cet artiste de renommée internationale, né à Buenos Aires en 1973, implique le spectateur à travers des installations qui déjouent le réel et interrogent le familier. Se réclamant de Borges et de littérature fantastique il sème le trouble au delà d’un premier aspect ludique. Des cabines d’essayage à triple fond, une piscine miroir sur laquelle on peut marcher au sec (actuellement dans les collections du musée de Kanazawa, Japon), une portion d’immeuble arrachée à une démolition prochaine qui devient l’emblème du Voyage à Nantes, une façade haussmannienne support d’un terrain d’escalade illusionniste au Centquatre, on oscille entre Lewis Caroll et David Lynch face à de tels artifices.
Pour Le Bon Marché il se saisit de l’iconique escalator conçu par Andrée Putman et du ciel de Paris connu pour ses variations de lumières uniques.
Tordre le réel est l’expression la plus juste face au résultat, ces spirales échappées d’un tableau ou d’une colonnade maniériste qui forment un « noeud mécanique » fascinant. Clin d’œil à Magritte également et au surréaliste quand on emprunte les ascenseurs dont les miroirs ne renvoient pas votre reflet. Inquiétante étrangeté comme dirait Freud dont il avait reconstitué le cabinet.
La fiction démarre dès les vitrines remplies de cumulus stagnants qui prennent leur envol au sommet de la verrière centrale s’ouvrant comme par magie.

Unique contrainte imposée par la direction artistique du groupe, la couleur blanche selon l’impulsion de Boucicaut à l’origine du Mois du Blanc.
Gageure qui n’a pas freiné l’élan de l’artiste qui signe sa première exposition pour un grand magasin dans cette capitale où il a vécu plusieurs années.
Si la réalité est un théâtre, une fois encore Leandro Erlich part de l’architecture pour nous renvoyer à une mémoire et possible métamorphose fictionnelle.

INFOS PRATIQUES :
Sous le ciel
Carte blanche à l’artiste Leandro Erlich
Jusqu’au 18 février 2018
Bon Marché Rive Gauche
24 Rue de Sèvres
75007 Paris
La Collection Rive Gauche, l’expérience artistique :
http://www.24sevres.com/Exposition/Leandro-Erlich
‎Leandro Erlich en Vidéo: