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Arco, Madrid : Coups de coeur, fantasmes et réalité d’un futur 2.0

Temps de lecture : 3 minutes et 12 secondes

L’impression générale quand on découvre le gigantesque parc des expositions dans les faubourgs de Madrid et les 2 halls dédies a la foire du groupe IFEMA est un paysage très espagnol (Madrid et Barcelone), ponctué d’incursions chez le frère voisin portugais et l’appel du nouveau monde et de la vaste Amérique du sud, Brésil en tête, suivi de l’ Argentine.

En Europe les Allemands ont le quota le plus imposant, suivi des français avec un large spectre de Denise René à Crèvecoeur, quelques Italiens et anglais.

Commençons par la section GENERALE constituée de 159 galeries (dont 36 d’Amérique latine). Le solo show du portugais Rodrigo Oliveira porté par la galerie Filomena Soares (visuel) fait sensation, une installation à visée cathartique ou encore avec l’espagnole Rosa Santos de Andrea Canepa, prise autour de chorégraphies réalisées par des danseurs dans l’ancien édifice du Bahaus de Dessau (visuel). A découvrir également la poétesse Elena Aitzkoa qui recupère des tissus qu’elle confectionne dans un esprit brut attachant; On relèvera aussi la polémique suscitée par la censure d’Ifema sur les portraits pixelisés de prisonniers espagnols défendus par Helga de Alvear, grande figure de l’art et qui ont finalement trouvé acquéreurs dès leur retrait. Une publicité dont elle n’avait pas spécialement besoin. Des hordes de journalistes ont blqoué l’entrée de sa galerie pendant plusieurs heures. De l’art et de la politique, le directeur de la foire se défendant à posteriori de ne pas avoir encouragé ce veto.

Mais tous les yeux étaient rivés cette année sur la nouvelle section FUTURE avec 19 galeries, plus un pays invité selon l’ADN de la foire madrilène.
Piloté par la très charismatique Chus Martinez, commissaire au féminin comme pour toutes les sections, ce concept s’affichait comme résolument prospectif et audacieux, prolongé par un symposium et dans toute la ville avec de nombreuses institutions partenaires.
En réalité la scénographie et les choix sont plutôt déceptifs avec quelques exceptions comme Lili Reynaud Dewar (visuel) chez Emmanuel Layr (Vienne, Rome) ou Petrit Halilaj (visuel) chez Chert Ludde (Berlin) que l’ on retrouve avec intérêt dans le sillage de son exposition récente à la galerie Kamel Mennour.
Finalement c’est presque sur d’autres stands que s’écrit mieux le futur et surtout en ville comme au Musée Thyssen qui s’ouvre à l’art contemporain avec John Akompfrah et sa vaste ode épique à l’humanité déchue ou au Centre Culturel Cibeles, Matadero ou encore à la Casa Encendida, avec des protagonistes comme Camille Henrot, Shana Moulton, le collectif new yorkais DIS et la génération 2018 espagnole,

La section OPENING consacrée à l’émergence et regroupant 19 galeries curatées par Stefanie Hessler et Ilaria Gianny, tient son rôle de rampe de lancement de jeunes talents comme chez Joey Ramone (Rotterdam) et le projet de Momu and No Es « God Archives You » autour de l’empathie et du stoïcisme dans un environnement post digital. De même avec Anouk Kruithof (Cinnamon galerie) qui donne une impulsion nouvelle a la photographie contemporaine dans des installation chaotiques générées par notre état d’esprit face à l’intrusion des écrans (visuel).

C’est assurément avec la partie DIALOGUES que l’on trouve un niveau d’exigence réel dans la sélection des 14 enseignes internationales de premier plan par Maria de Corral, Lorena Martinez de Corral et Catalina Lozano pour le prisme sud américain. Carlier Gebauer (Berlin) se lance dans un rapprochement hasardeux entre les françaises Helene Delprat et Laure Prouvost (Turner Prize), par trop simpliste. La colombienne « Instituto de Vision » rejoue son exposition « Mobilize » entre Amalia Pica (visuel) et Otto Berchem, américain réfugié à Bogota: D’une grande poésie visuelle.
L’islandaise i8 rapproche Ragnar Kjartansson (visuel) qui avait plongé le Palais de Tokyo dans un songe visuel hypnotique et son ainé Sigurdur Gudmundsson l’un des représentants de Fluxus, pour un résultat assez approximatif.
Mais c’est la portugaise Graca Brandao qui signe un véritable tour de force avec le duo comme empêché d’Ana Viera, figure féminine historique et Nuno Sousa Viera né en 1971. Dans un habile jeu de miroir et de projections le spectateur n’arrive pas totalement à les délimiter, ce qui le place dans une situation de voyeur, le tout servi par une dualité visuelle redoutable.
Forte présence féminine donc chez les curatrices comme les artistes, sur laquelle la foire communique abondamment. L’intrusion du collectif La Caja de Pandora (MeToo espagnol) n’est pas passé inaperçu, cette marée de femmes artistes casquées qui revendique plus de poids sur le marche de l’art.
A noter que l’art moderne espagnol règne en majesté (Tapiès, Barcelo…) dans le hall 7 parfois rapproché d’oeuvres plus récentes en contrepoint.
La peinture double la photographie largement.
Le retour d’un pays invité pour la prochaine édition se chuchote en coulisse en faveur du Pérou.
A ces grandes catégories il faut ajouter des projets spéciaux selon l’habitude a présent dans les foires, comme les sculptures sombres de Francisco Leiro sur le stand du Monde, investi de performeurs ou le spectaculaire pavillon de Dan Graham (Hauser& Wirth).
En ville exposition remarquée de William Kentridge au musée Reina Sofia, ou la présence de collectionneurs comme a l’Ambassade de Colombie et Thibault Poutrel, la Fondation Banco Santander et Luis Paulo Montenegro, la collection Botin a Santander, le centre culturel Alcobendas qui accueille Helga de Alvear et sa passion pour l’art minimal de haut vol.

INFOS PRATIQUES :
ARCOmadrid – Ifema
du 21 au 25 février 2018
Feria de Madrid. Pabellones 7 y 9
Avenida del Partenón, 5
Madri, Espagne
http://www.ifema.es/arcomadrid_06/