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Rencontre avec Rebecca Digne, Centre international d’art et paysage de Vassivière

Temps de lecture : 2 minutes et 46 secondes

De Pompéi à Oradour-sur-Glane, des soubassements au phare, de la matière à la mémoire, Rebecca Digne nous invite à un véritable voyage intérieur où l’on rencontre l’eau et le feu, l’ancrage et la fuite, le rêve et la réalité dans cette île de Vassivière qui devient captive de son utopie. Un arpentage mental qui nous invite à se perdre et « tracer le vide » pour mieux mesurer les ressources vouées à disparaître et autres matières vives jusqu’à emprunter un radeau amarré au rivage pour tenter d’autres traversées.

1. Y a t-il un avant et un après Vassivière et comment en mesurez-vous l’impact sur votre parcours ?

Je vais partir d’une expérience personnelle.
Ce lieu a été fondamental pour moi à sa découverte car lors de ma venue avec le Pavillon Neuflize du Palais de Tokyo (créé et dirigé par Ange Leccia de 2001 à 2017) j’ai tout de suite senti qu’il y avait quelque chose à jouer ici, et je me suis dit : « si un jour j’ai une exposition dans ce lieu, je peux mourir après ! »
L’avant serait ainsi l’attente d’avoir l’opportunité de pouvoir aller jusqu’au bout des possibles, jouée grâce à Marianne Lanavère (directrice) qui m’a laissé une entière liberté pour aller plus loin. L’après serait de se dire que contrairement à ce que l’on croit, ce n’est pas toujours le monde extérieur qui nous limite mais plutôt nous-mêmes.
Cette exposition non seulement parle de nœuds, d’attachement mais aussi de lignes de fuite comme avec un simple radeau on développe un imaginaire.
L’après est qu’aujourd’hui je me sens confiante dans mon désir et mon ancrage en tant qu’artiste à saisir ces opportunités là. Ici c’est plus qu’un centre d’art, plus qu’une exposition, c’est une vraie aventure (titre de la vidéo projetée dans la Salle des études où deux charpentiers compagnons du devoir élaborent la construction d’un radeau et du très beau texte rédigé par l’écrivain Bernard Schefer).
Parmi les perspectives ouvertes :
j’ai développé des sculptures à des échelles très différentes et un vrai langage d’installation ;
l’après dans le film : j’ai réalisé pour la première fois un film d’une longueur conséquente sans que cela soit une souffrance, puisque l’existence de ce temps est justifiée comme temps de fabrication, sans pour autant aller dans le cinéma encore.

2. Revenons sur la pièce nouvelle qui donne son nom à l’exposition dans l’Atelier au sous-sol « à la hauteur de la terre », en quoi est -elle décisive ?

C’est comme si avant je ne m’autorisais qu’à filmer cette matière alors qu’elle existe maintenant par elle-même sans besoin de justifier ce regard posé dessus.
Il y a à travers ces soubassements l’idée du ventre, du four, du centre, du nœud, du coeur.
Je peux m’autoriser à faire du cinéma sans avoir des images en mouvement.

3. Quels sont vos projets futurs ?

Mon prochain projet sur lequel je travaille conceptuellement renvoie à la perte de la mémoire suite à un évènement qui concerne mon père atteint d’ Alzheimer.
Comment parler de la perte de la mémoire, quelque chose que l’on ne peut guérir mais qui est fortement lié à l’image.
Mon personnage principal est de toute façon la perte, la perte de l’enfance, la perte du territoire dans lequel on grandit, la perte des repères, s’en créer de nouveaux malgré tout et qui demeurent précaires ou en voie de disparition.
Cette idée de la mémoire, ce contraste avec le concept des ruines est mon nouvel espace de travail.
Le point de départ chez moi est toujours autobiographique, l’art n’est pas un objet mais un outil pour comprendre le monde, me comprendre et à travers des épreuves, mon espace de résistance. C’est pourquoi je suis assez rassurée avec la certitude qu’il y aura toujours des choses à traverser, à transformer.

Rebecca Digne est représentée par la galerie Escougnou Cetraro, Paris.

Catalogue publié à l’occasion et disponible à l’espace librairie du Centre d’art.

Rebecca Digne est née en 1982 à Marseille. Elle vit et travaille à Paris.
Diplômée de l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris avec les félicitations du jury, puis résidente pendant deux ans à la Rijksakademie Van Beelden Kunsten à Amsterdam en 2010-2011. Elle suit ensuite le programme du Pavillon, laboratoire de création au Palais de Tokyo en 2013-2014 à Paris.

INFOS PRATIQUES :
Rebecca Digne
À la hauteur de la terre
Exposition personnelle
jusqu’au 17 juin 2018
Centre international d’art et du paysage
Île de Vassivière
F-87120 Beaumont-du-Lac
http://www.ciapiledevassiviere.com/fr

Actualités de l’artiste :
http://www.rebeccadigne.com

A suivre : Interview de Marianne Lanavère, directeur du CIAP.

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