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Pour sa troisième carte blanche autour de la thématique des « Rencontres », notre invité de la semaine, Olivier Bourgoin, nous parle de deux femmes artistes, il s’agit de Magali Lambert et Nathalie Bagarry.

Magali Lambert

A la mi-temps de cette semaine consacrée à « la rencontre photographique », j’ai eu envie de revenir sur celles faîtes avec Magali Lambert et Nathalie Bagarry, deux artistes pour qui la photographie est au centre de leur travaux, mais pas seulement… Deux rencontres « coup de foudre », de celles que l’on peut faire – assez rarement – à l’occasion d’une exposition ou d’une lecture de portfolio.

Pour Magali Lambert, avant de rencontrer l’artiste, j’ai d’abord rencontré l’œuvre. C’était en 2014, à la superbe Villa Lemont, à Clisson (près de Nantes), où j’ai pour la première fois découvert son étonnant univers. Dans une salle de cette exposition consacrée aux artistes résidents de la Casa de Velázquez, j’ai immédiatement était fasciné et envoûté par l’œuvre gigogne de Magali. De délicats tirages argentiques, épinglés dans des boîtes, « comme les entomologistes le font avec les insectes », elles même emboitées dans un meuble, ou installées à proximité, véritables tiroirs magiques d’une commode « cabinet de curiosités ». Et sur les images un autre enchevêtrement de créatures hybrides et chimériques : une tête de poupée-corail, deux petites marmottes sur la carapace d’un crabe, une plante tubéreuse couronnée, un petit mouton dans une feuille d’endive… Un monde merveilleux, touffu, magique, fait de « bric et de broc », associant le sacré au trivial, la force à la fragilité, l’artificiel au vivant, le mystérieux au banal. Tout un monde d’une fantasmagorie dense et cohérente m’était donné à voir.

Ce travail m’a très profondément et très agréablement « hanté » pendant de longs mois, avant que, lors d’une soirée chez des amis, et à l’occasion d’une discussion sur les belles expositions que chacun d’entre nous recommandions aux autres, je conseillais de suivre le travail d’une jeune artiste du nom de Magali Lambert… Et face à moi, une belle jeune femme de me dire : « Mais c’est moi… ».

Depuis nous sommes, je pense, devenus amis et j’ai pu me rendre compte combien l’œuvre et l’artiste ne font qu’un. C’est un véritable plaisir de découvrir ses nouveaux travaux, sa capacité à faire jaillir du beau d’objets voués aux rebus, de sonder la vie dans l’inanimé, de transcender le macabre, de donner de la profondeur au banal, de la noblesse à ce que l’on qualifie de kitsch par facilité ou par crainte du jugement de l’autre.

A la manière d’un Tim Burton, l’univers de Magali Lambert est fait de peurs et de rires, de noirceurs et de couleurs, de beauté et de cruauté. D’enfance.

Elle vient de faire l’objet d’une belle exposition à la Galerie Vu et sa – évidemment – merveilleuse première monographie, Venus du jamais mort, vient de paraître aux Editions hart’pon.

Elle participe du 23 novembre au 23 décembre 2018 à l’exposition « Cadeaux d’artistes » à Aldebaran, Centre d’Art Contemporain, à Castries (Hérault).

On peut voir ses œuvres à la Galerie Arielle d’Hauterives, à Bruxelles, et participe régulièrement au « Cabinet » de la Galerie Da-End, à Paris.

http://magalilambert.wordpress.com
http://www.arielledhauterives.be
http://www.hartpon-editions.com

Nathalie Bagarry

J’ai rencontré Nathalie Bagarry avant de connaître son univers photographiques et d’entrer complètement dans son travail au cours d’une lecture de portfolios organisée par le festival PhotoMed à Sanary en 2012. Sur son ordinateur portable, une jeune femme au regard perçant et à la voix de velours vient me présenter une série de portraits en couleurs. Très expressionnistes, les visages captés par Nathalie me dérangent beaucoup, mais me fascinent pourtant. Je sens, derrière ce qui m’apparaît alors un « truc », une profondeur qui ne demande qu’à s’exprimer. Mais 20mn c’est court. Je rentre le jour même sur Paris.

Quelques semaines plus tard nous nous croisons sur mon lieu de vacances. Elle m’envoie un sms. Nous nous retrouvons et échangeons brièvement à la terrasse d’un bar. Et quelques semaines après, alors que je rejoins mon bureau dans un centre de formation parisien dédié à la photographie, elle est à nouveau là. Nous faisons donc plus ample connaissance et sympathisons. Il nous arrive assez fréquemment de nous croiser au hasard de nos déplacements  en métro. Etranges coïncidences…

Je connais donc Nathalie Bagarry depuis plus de six ans et j’ai vu s’épanouir depuis toutes ces années un travail photographique puissant, bousculant, troublant, rugueux, charnel, vivant.

Nathalie explore en un même temps le grain de peau et le grain d’argent. Sensualité et intériorité de ses sujets se fondent en une seule et même matière. Unique. A la fois brute et très élaborée. Mentale et animale.

Dans sa photographique, Nathalie risque. Avec elle-même. Avec nous. Elle nous embarque dans un malstrom de questionnements sombres qui laissent pourtant une place à la possibilité de réponses un temps soi peu lumineuses.

Il faut absolument voir son exposition « Le Pont de Sel » et son court métrage du même titre (diffusé l’été dernier à Arles par les Voies Off, dans la cour de l’Archevêché), à la Galerie La Fontaine Obscure, à Aix-en-Provence, jusqu’au 22 décembre prochain.

http://www.nathaliebagarry.com
http://fontaine-obscure.com

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