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Pour sa quatrième et dernière carte blanche, notre invitée de la semaine, l’historienne de l’art et critique de la photographie Martine Ravache, a souhaité clore cette semaine avec les mots des autres. Voici quelques citations qui viendront accompagner votre week-end.

Paul Valery a écrit cette sentence à laquelle j’adhère : « On voit avec des mots ».
Je pourrais rajouter qu’on voit aussi avec les mains. Décalquer une image est la meilleure manière d’en prendre possession, à travers le mouvement de la main, une émotion vous prend qui dit des choses sur ce que vous regardez. Il n’y a pas meilleure manière d’apprendre à voir. Cette appropriation méthodique se rapproche du plaisir du copiste car comment expliquer autrement qu’un peintre « amateur » puisse passer des mois au musée à copier quotidiennement le tableau de son choix ?

Après « Le fleuve des sables », j’ai enchainé l’édition de deux livres construits à partir de photos d’amateurs. A cette occasion j’ai découvert, une fois de plus , le rapport intense que n’importe quel quidam entretient avec la photographie, même et surtout s’il s’agit de photos de famille. Chaque cliché offre, pour chacun d’entre eux, le début d’un roman qu’il a envie de partager. Dès le début des années 2000, la terra incognita des photos amateur est apparue comme une mine à exploiter, voire un Eldorado. Le cliché d’amateur a effectivement fait son chemin. Les artistes surtout s’y sont intéressés et se les sont réappropriés (Carolle Benitah, Emmanuelle Fructus, Katrien De Blauwer … ). Les écrivains, aussi. Le grand public suivra, à un moment ou un autre mais il prend son temps.

Comme Jane Evelyn Atwood dont j’admire le courage et l’uppercut, je pense que, pour le photographe comme pour l’écrivain, l’important est d’avoir quelque chose à dire avant tout (Polka N°45) . C’est ce qui les rapproche, … là où ils ont, à leur tour, des choses à se dire.

Au même titre que le fait divers, la photographie fait symptôme et parle de ce qui nous entoure et de la réalité du monde. J’aime bien associer photographie et fait divers, c’est une source d’inspiration fantastique. C’est aussi le sujet de mon prochain livre « Regards paranoïaques » qui sortira à l’automne prochain aux éditions du Canoë (couverture jointe). J’adore la réplique de Godard (dans « JLG par JLG » ) : « Pourquoi inventer, puisque tout est là ? ». La vie, il n’y a qu’à se baisser pour ramasser.

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