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Cette semaine nous avons décidé de vous présenter le travail d’Elizabeth Guyon. Les yeux sont le miroir de l’âme et c’est à cet adage que l’on pense immédiatement lorsque l’on découvre la série « Regards Persans », avant de comprendre que la vue est une pierre angulaire dans le travail d’Elizabeth… C’est donc à travers le médium de la photographie qu’elle nous révéle l’âme de toute une génération.

زندگی صحنهی یکتای هنرمندی ماست
هر کسی نغمهی خود خواند و از صحنه رود
صحنه پیوسته بجاست.
خرم آن نغمه که مردم بسپارند به یاد
ژاله اصفهانی

La vie est notre unique scène de théâtre
Chacun interprète un air et quitte la scène
Immuable est le théâtre
Qu’il s’estime heureux l’air dont les gens se souviennent
– Jaleh Esfahani Poétesse XX ͤ – XXI ͤ siècle

La construction du projet Regards Persans a commencé après des années de rééducation (à la suite d’un grave accident) et d’études de la langue persane, après aussi une chirurgie oculaire qui m’a permis de voir la photographie comme LE medium qui pourrait exprimer ce que l’Iran m’inspire.
Mon souhait n’était pas seulement de capturer la beauté des regards persans, mais aussi et surtout de dévoiler leur âme, sous un angle plus intime. Laissant ainsi les Iraniens eux-mêmes montrer, à travers leur regard, quelque chose de différent de ce qui peut être présenté dans les médias en Europe.

جهان به مجلس مستان بی خرد ماند
که در شکنجه بود هر کسی که هشیار است
صائب تبریزی

Le monde ressemble à une assemblée d’ivrognes écervelés
Où le seul à souffrir est celui qui a toute sa tête
– Saeb Tabrizi XVI ͤ– XVII ͤ siècle

Au cours de 8 séjours longs en Iran (de 2012 à 2017), j’ai photographié en situation, sans artifice et à distance proche, des yeux qui appartiennent à une génération (25-45 ans environ) dite « brûlée » et qui a tant à dire au monde. Ces regards – combinés dans l’ouvrage « Regard Persans, l’âme d’une génération » à des poèmes que j’ai traduits – possèdent une puissante éloquence. Le choix de poésies en écho a pour but de représenter la pérennité de l’esprit poétique iranien.
Exposer des petits formats alignés exprime physiquement, sur un mur, cette continuité à travers une trentaine de photos et aussi des poèmes, posés comme une ponctuation.

« Des yeux splendides, des âmes sans tache »
Liu Bolin (L’Homme Invisible), photographe chinois, à propos des Regards Persans

Franco-maltaise d’origine italienne (île d’Ischia), spécialiste de la langue chinoise, Élizabeth Guyon Spennato a quitté l’Europe très jeune pour étudier à Taipei, Taiwan (République de Chine). Les cataractes congénitales qui l’affectent ne sont à aucun moment un obstacle à sa soif de découverte et de partage. Elle vit à Rome, puis Paris où elle devient expert assermentée (chinois, italien, français) avant de repartir pour Pékin où elle est actrice en vo et parolière de chansons à succès (Youtube : « A French actress in China »). De retour en France, elle publie trois romans.
En 2003, un grave accident la laisse cérébrolésée et interrompt le cours de sa vie. Une chirurgie oculaire lui offre d’enfin voir correctement et après une dizaine d’années de rééducation, elle se passionne pour le persan et retrouve en Iran une nouvelle créativité grâce à la photographie.
Depuis 2012, Élizabeth voyage dans ce pays et y capture l’éloquence et la beauté des regards persans. Elle est primée en 2016 pour un extrait de son projet Regards Persans, imprimé sur rouleaux de papier de riz (galerie de photographie Fontaine Obscure, Aix en Provence).
En décembre 2017, elle devient lauréate de la Fondation Banque Populaire.
Son ouvrage de photographie et de poésie « Regards Persans, l’âme d’une génération » est publié fin 2018 chez Orients Éditions. Depuis, rencontres en librairies et expositions ont lieu en France et à l’étranger.

https://www.elizabethgs.com/

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