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Autre temps fort de la semaine de la FIAC, le projet de Katinka Bock pour Lafayette Anticipations. A noter également dans l’actualité « You, Œuvres de la collection Layayette Anticipations » au musée d’art moderne (cf notre interview d’Anne Dressen la commissaire).

Née en Allemagne et installée en France depuis 2001, cette double appartenance donne une profondeur et un impact singulier à la trajectoire de Katinka Bock. Lauréate du 14ème Prix de la fondation Ricard, elle est en liste cette année pour le prestigieux Prix Marcel Duchamp. Ses emprunts et correspondances entre l’héritage historique allemand et la sculpture contemporaine animée de matérialité et de solidarité avec son environnement, le vécu d’un lieu, donnent une dimension unique et exemplaire à sa démarche. Elle n’a de cesse depuis le triptyque de ses expositions au Mudam du Luxembourg, au Kunst Museum de Winterthur et à l’IAC de Villeurbanne (2018) de creuser un sillon social à partir de gestes simples et lisibles : séparer, isoler, prélever, plier, enrouler, marquer, fixés dans un moment de tension en suspens, comme précipité.

“Tumulte à Higienopolis*”

Pour Lafayette Anticipations, Katinka Bock est partie d’un bâtiment emblématique de la ville de Hanovre, le Anzeiger-Hochhaus, l’un des premiers gratte-ciel d’Europe construit entre 1927 et 1928 qui abrite plusieurs journaux dont Der Spiegel, et permet la diffusion des premiers films sonores dans son cinéma sous l’impulsion de son propriétaire le puissant mécène August Madsack. Le tumulte renvoie à l’interdiction par le parti national socialiste de projeter le nouveau film de Dziga Vertov “la Symphonie du Donbass”. De nombreux artistes appartenant à ce phalanstère (Moholy-Nagy, Bertolt Brecht..) réagissent. C’est à l’occasion de la restauration de ce lieu mythique que Katinka Bock a pu récupérer une partie des plaques de cuivre de sa coupole qu’elle transfert à l’espace ascensionnel du bâtiment de Rem Koolhas. Cette sculpture monumentale de 9 m de haut “Rauschen” (Ressac) est suspendue dans la tour d’exposition telle une spirale métallique, une carapace portant les stigmates du passé (impacts des bombes, dégradés de couleurs suite à la pollution..), une peau qui s’ouvre et se referme.

Ailleurs Le Gisant, ce corps absent rendu visible par l’enchevêtrement de feuilles de céramique, est étendu à même le sol de tout son long, une posture du corps rare dans l’espace public. Cette horizontalité, également présente dans plusieurs sculptures de l’exposition, évoque peut-être ici un sarcophage, un être au repos, ou les corps vulnérables des villes dont les journaux du jour couvrent le sommeil.

Smog est un ensemble de cactus moulés en bronze. C’est là une autre technique que Katinka Bock affectionne. Le bronze en fusion consume le cactus et vient en remplacer la chair, laissant apparaître par endroits, en surface, la patine accidentelle de la rencontre du métal brûlant avec le végétal.

A ne pas manquer dans l’escalier, Wunschkonzert, fruit d’une pratique récurrente dans le travail de Katinka Bock qui consiste à emballer un objet dans une feuille d’argile fraîche et à mettre le tout dans un four, ce qui fait disparaître l’objet par sa combustion tout en conservant le vide laissé par son volume (ici, un ballon trouvé dans la rue).

A noter qu’à l’occasion de l’exposition de Katinka Bock, À Rebours et la galerie Mini Master piece éditent un collier créé par l’artiste à partir de queues de cerises, présentes dans le parcours. En bronze patiné et en argent 925, « Kerasi » est disponible en 50 exemplaires, signés et numérotés.

*Higienopolis renvoie au quartier chic de Sao Polo, épicentre d’une architecture moderniste et sociale où de nouvelles formes de logements collectifs émergent dans les années 20, gage d’une utopie du vivre ensemble.

INFORMATIONS PRATIQUES
Tumulte à Higienopolis
jusqu’au 5 janvier 2020
Lafayette Anticipations
Prix Marcel Duchamp : Katinka Bock a de grandes chances de l’emporter
L’ensemble Landumland reflète les multiples facettes de son travail, comme un condensé de ses recherches sur la matière, la greffe, l’érosion du temps..
Exposition des nommés
jusqu’au 6 janvier 2019
https://www.centrepompidou.fr
https://www.adiaf.com
L’artiste est représentée par les galeries : Jocelyn Wolff, Paris ; Meyer Riegger, Berlin / Karlsruhe ; Greta Meert, Bruxelles

A LIRE
Rencontre avec Nicolas Liucci-Goutnikov commissaire 19ème Prix Marcel Duchamp

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