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L'ActuNewsPhoto Dernier « like » pour Jean-Louis Swiners Bernard Perrine6 janvier 2020 Jean-Louis Swiners à la galerie Polka devant un tirage de William Klein © Bernard Perrine/ 2018 Partager Partager Entre Noël et jour de l’an, Jean-Louis Swiners nous a quittés comme nous l’apprend « A L’ŒIL« , le très documenté site de Michel Puech consacré au photojournalisme & à la photographie. Il dit tout sur une vie dévolue à l’image après une brève carrière de photographe répertorié comme « humaniste ». Il cite le texte de Jean Lattes qui le portraitise en « pédagogue terroriste ». Un profil qu’il partageait avec Daniel Masclet lors des fameuses soirées du club des 30×40, à l’heure des remises en cause d’une esthétique vieillotte de la photographie où la netteté du grain comptait plus que le sujet. Un visionnaire que je remercie aujourd’hui de m’avoir éclairé sur l’avenir incertain d’un photojournalisme « concerné » mais sans avenir, auquel je me destinais. Le village espagnol, « country doctor », la mousson, Pittsburgh … tous ces « picture essay » d’Eugène Smith ou de John Dominis, Loumis Dean, George Silk ou Gordon Parks … n’avaient de sens que s’ils étaient supportés et publiés par un magazine. D’où ce manifeste, proclamé au cours d’un séance du club des 30×40, en 1967, que l’on pourrait résumer ainsi: « j’arrête de photographier tant qu’il n’y aura pas de support pour publier mes « picture-essay ». Terme qui dépassait largement ce que l’on définissait comme « reportage » et que Jean-Louis avait longuement expliqué dans Terre d’Images, magazine qu’il a dirigé depuis sa création en janvier 1964 jusqu’à la fin de l’année 1966. Au milieu des sujets consacrés à la photographie, on trouvait en effet de nombreuses analyses sur l’image et sa lecture, le troisième signifiant … c’est l’époque de la « grammaire de l’image », de la sémantique de l’image. Jean-Louis Swiners y consacre des numéros pour expliquer comment les responsables du Magazine américain Life ont appris à leurs lecteurs les significations des mises en page. Comment un numéro avec ses légendes, ses accroches, ses textes, la disposition et la grandeur des photographies pouvait avoir plusieurs niveaux de lecture. En novembre 1966, il consacre un sujet à la sémiologie et la publicité qu’il s’empressera de rejoindre pour la bousculer à son tour avec son « warmarketing ». Il faut relire ces quelques années de Terre d’Images qui, au-delà des portfolios de photographes importants, abordaient les nombreux domaines de la photographie, des grandes innovations techniques aux frontières des champs de l’image, sans oublier son histoire encore balbutiante et souvent contée comme une épopée. Les remises en cause seront pour la décennie suivante. Mais parlons d’histoire car ces numéros sont justement une véritable source pour les historiens. On lit et on entend souvent que dans ces années la photo n’existait pas ou peu. Elle était manifestement absente des grandes institutions: « on ne peut pas vous attribuer de subvention car il n’y a pas de ligne photographique« , nous disait-on au ministère de la Culture dans les premières années de Rencontres d’Arles. Ces numéros de Terre d’Images disent le contraire, car Jean-Louis avait lié des contacts avec le monde entier et nous informait de la moindre exposition photo en Amérique, au Japon, en Suède ou en Italie … En France, tout ce qui avait un lien avec la photographie était chroniqué. Quant à son œuvre photographique elle fut aussi intense que courte. Il manque un livre, mais qui voudrait s’y intéresser pourra essayer de consulter ce numéro 6 de la revue Terre d’Images, daté de juin 1965, dans lequel on trouvera un portfolio de quinze pages et le « Portrait d’un photographe terroriste » de Jean Lattes. Comme j’avais fait partie de son comité de rédaction dans ces temps héroïques, ce livre, il voulait qu’on le fasse ensemble. Mais pas sur son œuvre. Il voulait que ce soit un livre de conseils et de « trucs » pour aider les internautes à avoir plus de « likes » sur leurs images. Sacré Jean-Louis! Pour avoir ouvert les yeux de ceux qui ont su écouter et comprendre tes messages, plus qu’un pauvre « like », tu as notre reconnaissance. Bernard Perrine Photographe Correspondant de L’Institut de France Marque-page2
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