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Franco-canadienne Isabelle Reiher a été choisie pour succéder en décembre 2019 à l’emblématique directeur du CCC OD Alain Julien-Laferrière, relevant un nouveau challenge dans son parcours après 10 ans passés au CIRVA de Marseille. Elle entend bien capitaliser sur cette expérience et ouvrir grand le centre d’art aux artistes ! Elle est revenue sur la vision et les ambitions qui la portent en Touraine et au-delà.

Quel(s) défi(s) représente pour vous le CCC OD et avec quel état d’esprit avez-vous accueilli cette nomination ?

Le CCC OD est un grand défi pour moi dans cette ville de moyenne structure et métropole de 300 000 personnes, située à une heure de Paris en TGV ce qui est intéressant et dans une région très agréable. Le défi premier aujourd’hui est de repositionner le CC OD sur la carte des lieux incontournables d’art contemporain en France comme il l’a été par le passé et depuis sa réouverture malgré toute l’énergie déployée au niveau local et régional, il n’a pas eu encore la portée internationale qu’il mérite, exception faite de très grandes expositions comme celle d’Alicja Kwade, par exemple.
L’autre défi important est de faire venir le public car si l’on regarde la fréquentation la première année d’ouverture en 2017 elle totalisait 85 000 visiteurs ramenés à 67 000 pour la 2ème année, ce qui est bien si l’on compare au musée des Beaux Arts de Tours (60 000 visiteurs), mais nous souhaitons faire plus pour un lieu qui a cette ambition.
En ce qui me concerne, j’ai été très heureuse de venir découvrir une nouvelle région car il est intéressant comme professionnel de l’art de ne pas s’endormir et de savoir décentrer son regard. Ce déplacement permet d’être confronté à de nouvelles problématiques qu’elles soient territoriales, artistiques et humaines. Cette arrivée à Tours s’est révélée exceptionnelle par l’accueil qui m’a été réservé et la passation de pouvoir avec Alain Julien-Laferrière. Passer d’une équipe de 8 personnes à 20 personnes est très stimulant, qui plus est dans un tel écrin !

Quel est votre projet pour le centre d’art tourangeau et en quoi cela se traduit-il dans votre programmation ?

Il y 2 grandes directions à mon projet.
La première liée à ce que je viens de dire, est une programmation largement ouverte sur l’international avec l’idée que le CCC OD soit un lieu de découverte pour le public, averti ou non. J’aimerais avoir régulièrement des monographies d’artistes qui ont peu présenté leur travail en France encore comme par exemple cette année avec les artistes : Nicolas Lamas né au Pérou et vivant à Bruxelles dont on a vu les œuvres très percutantes et également en février l’artiste canadienne Dominique Bain en co production avec le centre culturel canadien à Paris.
Je souhaite que le CCC OD soit également un tremplin pour la jeune création avec un axe autour de la peinture en droite ligne avec la figure tutélaire d’Olivier Debré. Cette année à partir de juin nous aurons une jeune peintre Marie Anita Gaube que j’ai découverte l’année dernière, un travail très ancré dans des scènes de genre du quotidien.
Mais surtout une programmation qui tisse des liens avec Olivier Debré de manière nouvelle et originale, en dialogue avec la création contemporaine. Cette année nous allons à l’occasion du centenaire de sa naissance le célébrer sous l’angle de l’architecture. Inscrit aux Beaux-arts de Paris en architecture d’abord, Olivier Debré a bifurqué ensuite vers la section peinture. Il a toujours gardé une âme d’architecte dans sa vie et bati lui-même plusieurs projets et cela se ressent dans sa peinture. Nous allons montrer cet aspect aux côtés d’autres artistes qui s’intéressent à ces questions comme Raphaël Zarka ou Eva Nielsen.
Nous souhaitons aussi exporter davantage Olivier Debré à l’international.

Comment comptez-vous valoriser votre expérience au CIRVA de Marseille ?

Pour moi le CIRVA était avant tout un lieu pour les artistes où ils venaient en résidence créer des œuvres nouvelles avec du temps offert, question essentielle à mes yeux. C’est pourquoi je souhaite faire en sorte que le CCC OD soit aussi un lieu dédié aux artistes en lien avec cette qualité de vie à Tours. Leur permettre un moment de production et d’apaisement. Le CIRVA avait aussi une belle collection et je souhaite mettre à profit ici cette expérience de travail avec une collection ouverte à d’autres perspectives. C’est cet esprit d’ouverture que j’ai appris véritablement au CIRVA.

Quelles personnes ont-elles été décisives dans votre parcours ?

C’est sans doute la question la plus difficile car je me rends compte en y réfléchissant que j’ai fait mon parcours assez seule finalement. Depuis mes débuts d’avocate à Montréal je n’ai pas vraiment eu de personne clé dans mon parcours si ce n’est un cousin de la famille artiste, Eric Simon qui m’a très jeune initiée aux questions de l’art. C’est sans doute grâce à lui que j’ai souhaité bifurquer vers cette voie. Cela peut paraitre un peu banal mais la personne la plus décisive reste mon mari que j’ai rencontré à mon arrivée à Paris lors de mes études d’histoire de l’art, Jean Roch Bouiller conservateur du patrimoine et actuel directeur du musée des Beaux Arts de Rennes, avec qui j’ai construit mon parcours. C’est lui qui m’a encouragé à rester en France, ce qui n’était pas mon idée de départ.

Quel a été le déclic qui vous a conduit à vous consacrer à la création et sa valorisation ?

Je me suis rendu compte que le droit et le métier que j’exerçais au Canada n’était pas fait pour moi. Je passais alors plus de temps dans les musées et les catalogues d’art que dans les catalogues de jurisprudence ! Je travaillais dans un grand cabinet et j’ai eu une sorte de choc vis-à-vis de ce métier que j’ai souhaité quitter en venant en France pour me renouveler complètement. Et même si j’ai commencé par des études d’art classique j’ai toujours su que c’était l’art contemporain qui m’interpellait. Travailler avec des artistes vivants, pouvoir discuter avec eux, voir l’avenir avec eux est pour moi ce qui définit l’art contemporain ; comment on construit, comment on parle de notre actualité et notre avenir par un biais plus poétique et plus inventif.

Actuellement au CCC OD :
• Alain Bulbex, un paysage américain
jusqu’au 8 mars 2020
• Fabien Verschaere, La géographie du totem
jusqu’au 3 mai 2020
CCC OD – Centre de création contemporaine Olivier Debré
Jardin François 1er
37000 Tours

http://www.cccod.fr

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