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La 4ème édition de Normandie Impressionniste est maintenue et décalée à début juillet. Selma Toprak directrice du festival depuis 2017, revient sur ce qui a permis de maintenir la quasi-totalité des projets et les aménagements nécessaires à son ouverture progressive. Les différents partenaires et prêteurs impliqués ont su trouver des solutions, dans une vraie solidarité, ce dont elle se félicite. Dans le duo qu’elle forme avec Philippe Piguet, commissaire général, il est question autant d’art contemporain, que de photographie, de création numérique, de danse, d’arts de la rue que de révoltes et de luttes sociales.

Un nouveau souffle et une ouverture sur le monde qui s’explique sans doute par le parcours de Selma Toprak. Précédemment attachée culturelle pour l’ambassade de France au Canada, elle a été successivement secrétaire générale de Tram, réseau art contemporain Paris/Île-de-France, attachée au service culturel de l’ambassade de France à Bucarest et secrétaire générale du Centre culturel français de Iasi (Roumanie).
Erik Orsenna est le Président de Normandie Impressionniste qui attire plus d’1 M de visiteurs chaque édition.

Normandie Impressionniste maintient son édition et ouvre le 4 juillet, avec quels aménagements ?

Initialement Normandie Impressionniste était prévu du 3 avril au 6 septembre et lorsque que le confinement a été décrété nous étions à 15 jours de l’ouverture donc nous avons d’abord dû gérer l’urgence. Ensuite, il a fallu voir comment reconfigurer l’ensemble du programme en lien avec tous les partenaires pour pouvoir décider de son report. La singularité du modèle de Normandie Impressionniste, construit en coopération avec les acteurs locaux, fait aussi notre force quand on traverse ce type de crise.
Une première reconfiguration porte sur le calendrier avec une série d’expositions qui ouvre dès juillet et la suivante en septembre. Au moment où nous avons annoncé ce report le 20 mai nous étions encore en déconfinement partiel et petit à petit au fur et à mesure que les conditions sanitaires le permettaient nous avons pu réintégrer et continuons à le faire, une programmation plus large de conférences, colloques, spectacles dans l’espace public et nous avons bon espoir de finaliser cet été notre offre en matière de spectacle. La quasi-totalité de la programmation a pu être reportée, sauf certains projets qui impliquaient de très grands rassemblements comme par exemple à Granville avec la compagnie Artonik qui prévoyait un spectacle de rue avec des milliers de participants, nécessitant un temps de production préalable assez long. Certaines expositions qui devaient avoir lieu au printemps, comme Plein-Air au Musée des Impressionnismes de Giverny, sont montrées en ligne.
En termes d’aménagements nous n’aurons pas de vernissages. La plupart des lieux partenaires vont prévoir des accueils en petits comités et sur mesure. Des dispositifs de médiation vont aussi évoluer pour s’adapter à l’évolution de la réglementation concernant les accueils de groupes.
Il faut aussi souligner les gestes de nos partenaires à l’égard du public qui subit comme nous tous la crise, avec des journées de gratuité comme par exemple au MuMa du Havre sur plusieurs samedis ou une baisse de tarifs au musée des Beaux-Arts de Caen pour les rendre plus accessibles.
Sur l’ensemble du processus de visite, les lieux partenaires ont su réadapter leurs dispositifs pour tenir compte des contraintes sanitaires.

Quels sont les temps forts de l’édition 2020 conçue avec Philippe Piguet ?

Philippe Piguet propose une ligne directrice « la couleur au jour le jour » construite autour de l’idée du quotidien et de ses transformations, dont les artistes, impressionnistes ou contemporains se sont beaucoup saisis. Cela se traduit par une série d’’expositions où l’on retrouve des sujets de l’ordre de l’intime (Musée de Louviers), d’une journée de travail de l’artiste avec ses relations professionnelles et sociales (Musée de Saint-Lo), dans le processus de création à l’atelier (musée de Vernon), de la relation aux collectionneurs (François Depeaux à Rouen), de transformations technologiques ou sociales plus importantes (Nuits électriques au MuMa, Les Villes ardentes à Caen…).
L’autre dominante est l’usage de la couleur par les artistes impressionnistes qui se saisissent d’une palette plus vive, plus claire que leurs prédécesseurs.
Ce fil directeur amène à des expositions contemporaines comme celles de Flora Moscovici au Shed, de Régis Perray à Bayeux, d’Hicham Berrada à la Maison des arts de Grand-Quevilly ou encore du FRAC avec l’abstraction photographique… On le retrouve en creux dans des formes contemporaines très variées.

Comment se sont organisées les invitations aux artistes contemporains ?

Nous fonctionnons par appels à projets, lancés il y a un an ½ auprès de l’ensemble des partenaires culturels mais aussi éducatifs et associatifs de Normandie. Avec Philippe Piguet et les partenaires locaux, nous avons construit ensemble le projet, rassemblé un conseil scientifique pour déterminer une série de critères et sélectionner les projets. En parallèle à cet appel à projets, nous avons engagé plusieurs visites et rencontres avec les acteurs du territoire, que sont les musées bien sûr, les centres d’art, et aussi les collectionneurs et des lieux susceptibles d’inviter des artistes contemporains pour pouvoir travailler avec eux autour de projet co-construits.

Depuis votre arrivée en 2017, quelle nouvelle impulsion avez-vous souhaité donner à cette manifestation ?

L’art contemporain, la création contemporaine au sens large, et la question de l’ouverture à l’international comptent beaucoup pour moi. Je souhaitais adopter une méthode qui repose sur la concertation avec les acteurs du territoire et élargir les horizons du festival, aborder des sujets sociétaux, ouvrir encore plus à la période actuelle en parlant du regard que les artistes portent sur une société en transformation, autant à la fin du XIXème siècle qu’aujourd’hui avec les mutations technologiques, l’observation du travail, le rapport au marché de l’art.
Cet axe important pour moi rejoignait aussi des enjeux portés par des musées régionaux qui s’appuient beaucoup sur leurs collections pour programmer leurs expositions impressionnistes. Je pense par exemple au musée des Beaux-Arts de Rouen qui va proposer une exposition sur François Depeaux, un des grands collectionneurs de l’impressionnisme en France au XIXème. A partir de ses choix et de sa façon de vivre se dessine le spectacle d’une société en transformation, de l’apparition du marché de l’art.

Quelles sont vos relations avec l’impressionnisme vous qui venez plutôt de la sphère contemporaine ?

Malgré moi, je m’étais un peu enfermée dans la sphère contemporaine. En travaillant sur le programme de la saison, en dialoguant avec les conservateurs, en lisant des catalogues, j’ai redécouvert l’impressionnisme. Cela a été une démarche intellectuelle qui m’apprend aussi à mieux regarder la peinture, quelque que soit son époque. Le fait de cheminer avec Philippe Piguet qui est à la fois un expert dans le champ de l’art contemporain et de l’impressionnisme a été très intéressant pour repérer les liens entre la création d’aujourd’hui et celle d’hier et voir que beaucoup d’artistes d’aujourd’hui s’y référent. Nous avons hier par exemple visité l’exposition de Benjamin Deroche jeune photographe qui a effectué une résidence à l’Abbaye de Jumièges en Seine Maritime, (une exposition Normandie Impressionniste) qui dans sa manière de construire des images se réfère, entre autres, à un langage pictural qui est celui de l’impressionnisme.

Quel est le budget du festival et comment est-il réparti ?

Le budget total de la manifestation est de 5M€ sur 3 ans ce qui inclue toute la phase de préfiguration et de conception de l’évènement, et intègre une série de commandes artistiques. Ce budget est porté en premier lieu par la Région Normandie le premier financeur à hauteur de 40%, en second lieu arrive la Métropole Rouen Normandie, ensuite les deux départements : l’Eure, la Seine Maritime, les 3 villes : Rouen, Caen, Le Havre, et les deux agglomérations : Caen-La-Mer, le Havre-Seine-Métropole. Nous avons aussi plusieurs mécènes qui nous accompagnent via du mécénat financier et/ou des projets spécifiques comme par exemple la SNCF avec des expositions dans cinq gares à Paris et en Normandie, la Poste qui va éditer un carnet de timbres spéciaux Normandie Impressionniste ou Transdev qui va nous aider à développer des actions d’éducation artistique ou culturelles en offrant des transports. Il y a aussi des actions en direction des salariés de ces entreprises qui nous permettent d’élargir les publics.

Petit aperçu pluridisciplinaire : Nuits électriques au MuMa le Havre, Formes de l’abstraction dans la photographie contemporaine au Frac Rouen, Plein air. De Corot à Monet au musée des Impressionnistes de Giverny, La Mode des bains de mer aux Planches de Trouville, Camille Moreau Nélaton au musée de la céramique de Rouen, ou Flora Moscovici, who said decoration was a bad word ? à l’Académie, centre d’art contemporain de Normandie, Maromme, Claire Tabouret au musée des Beaux Arts de Rouen, Françoise Pétrovitch à l’Opéra de Rouen, ou Lorenzo Vitturi au centre photographique de Rouen.

INFOS PRATIQUES :
Normandie Impressionniste 2020
Du 4 juillet au 15 novembre 2020
Le Programme, Les Parcours, Le Pass :
https://www.normandie-impressionniste.fr/

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