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Pierre-Elie de Pibrac, photographe français, travaille sur un nouveau projet « Exil », qui verra le jour sous forme d’ouvrage. Nous lui avons proposé de suivre l’évolution de son expérience. Depuis le Japon, chaque mois, il a partagé avec nous ce work in progress à la manière d’un journal de bord… Voici son sixième et ultime volet. Les dernières photographies ont été réalisées, l’heure est au retour en France.

L’heure du retour en France approche.

Je viens de réaliser ma dernière photographie, celle qui clôture mon projet japonais.

Des sentiments de joie et de tristesse s’entremêlent. La joie d’avoir pu mener à bien ce passionnant projet malgré toutes les difficultés rencontrées (et notamment liées au COVID-19) ; mais aussi la tristesse de devoir tourner cette belle page. Le temps passe si vite.

Bientôt j’ouvrirai la nouvelle page toute aussi essentielle et importante dans la vie du photographe : la recherche et développement concernant les tirages ; et tout ce qui entre en jeu dans la post production des œuvres, leur présentation au public et la réalisation du livre.

J’ai pu ces derniers mois sillonner les routes de l’archipel à la rencontre de mes sujets. Presque 20 000 km au compteur.
J’ai d’ailleurs précédé de quelques heures le terrible sinistre de Kyushu et ses inondations. J’aime croire que les dieux japonais m’ont accompagné dans cette grande traversée du Japon.
Grâce à la douceur et à la témérité de mon assistante Chyoko, j’ai pu entrer dans l’intimité d’un hikikomori ou rencontrer des enfants victimes d’ijime.
Durant tout le projet, j’ai pu accompagner mes sujets dans leur quotidien bercé de solitude et de résilience, observer leur force et leur courage pour se sortir de situations pesantes et d’une certaine fatalité culturelle.
Chaque tableau photographique émane de longs échanges avec le sujet sur un événement dans leur vie marquant ou douloureux et auquel ils ont dû faire face. Il s’agit alors de reconstruire, ensemble, cette situation vécue. De cette forme documentaire, emprunte de la réalité entre en jeu une part d’imaginaire inhérente à la mise en scène du sujet.
Je repars avec une profonde reconnaissance pour la gentillesse, l’accueil, la confiance et la générosité des personnes qui se sont livrées courageusement tout au long du projet.

La nature abondante et enivrante de l’archipel a également été une clé fondamentale dans le projet.
De la luxuriante végétation de Yakushima – avec ses cèdres millénaires et ses « nuages flottants » dans la canopée qui nous propulsent dans une atmosphère mystique et mystérieuse – à la forêt ténébreuse et sacrée d’Aokigahara – reposant dans l’ombre du Mont Fuji et dont le silence presque oppressant n’est troublé que par le craquement des branches sous le poids de la pluie – ; le pays exhibe une nature sauvage, abondante et envoûtante inséparable de la culture japonaise.

De retour à Kyoto, j’ai eu la chance de pouvoir visiter les ateliers Benrido, l’un des derniers bastions créateur de collotypes au monde.
Benrido est un « temple » de la photographie et offre un accès rare à ce métier perdu. Les photographes y viennent pour collaborer avec des maîtres artisans imprimeurs japonais – dont la précision, le perfectionnisme et le savoir-faire sont inégalables – pour réaliser des impressions de qualité muséale et d’une beauté unique.

Il est à présent temps de plier bagage. Encore quelques petites semaines au Japon à m’enivrer de ce magnifique pays malgré une saison des pluies qui s’éternise.

Je vous remercie d’avoir suivi les 6 chapitres de cette belle aventure. Je tourne à présent cette page pour en ouvrir une autre destinée à la post-production des œuvres et à la fabrication du livre dont vous serez les premiers avertis.

Je vous souhaite un très bel été.

Matane,

Pierre-Elie de Pibrac

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Sur l’auteur :
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Photographie documentaire : La nouvelle génération à la Galerie Le Réverbère

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