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Puisque 24 heures est la durée autorisée pour les voyageurs français allant à Bruxelles, Marie-Elisabeth de la Fresnaye en a profité dans la perspective de la Art Brussels Week qui se décline dans les galeries cette année et d’une riche actualité culturelle avec des musées et centres d’art ouverts. Elle nous dresse un parcours riche et passionnant. Article à retrouver en deux parties, dont on vous dévoile la première aujourd’hui…

Musées Royaux des Beaux-Arts

Les Musées Royaux des Beaux-Arts et l’on peut relire mon interview confiné avec Michel Draguet le directeur (relire l’interview) proposent pas moins de 4 expositions : Pierre Alechinsky, Thomas Houseago, Arboriginalités et Bill Viola. On entre dans le vaste atrium accueilli par l’installation participative et solidaire Origami For Live du designer belge Charles Kaisin récemment présenté au Palais de Tokyo, une sculpture emblématique de Thomas Houseago et des toiles majestueuses de Pierre Alechinsky, comme un avant-goût de ce qui va suivre.

En ce qui concerne Alechinsky « Carta canta » il s’agit principalement de son œuvre gravée autour de 200 dessins, aquarelles, eaux-fortes et lithographies. L’occasion de se plonger dans la matrice de la pensée de l’artiste, animé d’un véritable sens de l’expérimentation technique. Il convient de souligner les liens d’amitié entre Alechinsky et le musée et plusieurs donations importantes.

Pierre ALECHINSKY “Votre humble serviteur” 1980 — © MRBAB, Bruxelles / Courtesy of the artist | photo : J. Geleyns – Art Photography

Le parcours est découpé en différentes parties autour d’un film projeté au centre. Artiste polymorphe, une trilogie autour de l’encre-papier-pinceau se détache et des thèmes récurrents tels que : le serpent, le volcan, la mort, l’astre solaire ou la roue. Dada, les surréalistes belges et français, Ensor et Magritte, CoBrA sont parmi les influences qui parcourent cette matière « qui chante ». Son expérience à New York est fondatrice, et l’on peut dire qu’il y a un avant et un après « Central Park » de 1965, cette vision fantasmagorique qui le hante et qui donne naissance aux premières remarques marginales sur marouflage qui vont devenir sa marque de fabrique, ces « cases par cases » d’abord marginalisées qui prennent peu à peu toute leur place. Puis l’on redécouvre les idéotraces : dessins spontanés, les eaux-fortes, les spirales, les « oranges scalpées » , les « Gilles éruptifs » à partir du carnaval de Binche qu’Alechinsly découvre avec Pol Bury et ces vieux papiers, rescapés de la paperasse qu’il récupère et collecte avec soin auxquels il redonne une seconde vie. Un témoigne précieux sur sa vie également (Hôtel Chelsea). Si toutes ces strates sont passionnantes entre hachures, coulées, visions fluides, cosmogonies… il convient de souligner que le parcours s’adresse à un public assez connaisseur en dessin.

© Thomas Houseago

Pour les amateurs de peinture : Thomas Houseago avec ses Vision Paintings est l’un des temps forts de la visite. Réalisées pendant le confinement de l’artiste à Malibu, ville de sa jeunesse, elles sont une ode à une nature vibrante dans le sillage de Munch, Kirchner, Van Gogh ou David Hockney. Le pouvoir réparateur également des éléments est également souligné à travers ces personnages énigmatiques qui émergent d’un fond noir comme pour souligner notre vulnérabilité face à un isolement contraint. Cycle de la vie et de la mort qui habite son écho à la Mort de Marat de David, pièce maitresse des collections du musée. Cet ambitieux projet a été mené avec la galerie Xavier Hufkens qui m’a réservé un interview à suivre.

Exposition Arboriginalités, Musées Royaux des Beaux Arts,

Arboriginalités est une vraie découverte, un art puissant ancré dans un territoire, le désert, le bush dans l’approche collective relève du rituel. La politique d’assimilation forcée des gouvernements australiens a conduit à une marginalisation de ces peuples dont on reconnait enfin l’héritage et la culture propre. L’exposition s’est construite à partir de l’importante collection réunie par Marie Philippson et cette notion d’arboriginilité entre aspiration primitiviste et dialogue contemporain occidental, sans tomber pour autant dans une forme d’essentialisme réducteur. Un croisement des regards qui se traduit dans le parcours à travers des échos formels avec des œuvres emblématiques du musée : Magritte ou une sublime spirale de Richard Long qui ouvre le parcours avec Le Grand crocodile de Sally Gabori. Last but not least, Bill Viola et son installation Purification imaginée pour la mise en scène de Tristan et Isolde par Peter Sellars en 2005. Une méditation, assez peu montrée, qui vous habite longtemps après avoir quitté le musée.

© Bill Viola

Art Brussels Week

Mendes Wood Antonio Obà

Restons dans le quartier du Sablon pour découvrir les galeries qui ont fait le choix de cet épicentre des antiquaires. A l’occasion de la Art Brussels Week, nouvelle version (Interview exclusif Anne Vierstraete : une Art Brussels Summer Edition en juin 2021, nouvelle foire en périmètre restreint), elles se mobilisent et nombreuses sont les étrangères à avoir favorisé la capitale belge pour leur implantation européenne. Dans le sillage de la puissante Gladstone Gallery, la très pointue Mendes Wood fondée en 2010 à Sao Paolo, après New York a jeté son dévolu sur un hôtel Art Déco historique signé du belge Adrien Blomme au 13 de la rue des Sablons. Elle y présente le premier solo show bruxellois de l’artiste brésilien Antonio Obà dans le prolongement de la présentation lors de la FIAC 2019. Contraint à l’exil après menaces de mort, son œuvre graphique et picturale investissant l’ensemble des espaces, mêle syncrétisme religieux et dénonciation politique. Autre galerie brésilienne, la galeria Jacqueline Martins qui a ouvert en pleine crise sanitaire un élégant espace rue des Laines donnant sur un jardin, avec une programmation faisant le pont entre le Brésil et l’Europe.

Galeria Jacqueline Martins

Nino Mier gallery Mindy Shapero

Nino Mier fondateur de la galerie américaine dont j’ai interviewé la directrice Alexia van Eyll a également fait ce choix. On y découvre l’artiste Mindy Shapero.

Sorry We Are Closed Anastasia Bay

Le dernier arrivé et pas des moindres est Sorry We Are Closed, Sébastien Janssen qui m’a fait une visite en avant-première de son incroyable hôtel particulier ( Lire l’interview ) qu’il ouvre au 39 rue des Minimes avec l’exposition de l’artiste française Anastasia Bay. Son frère Rodolphe Janssen qui a ouvert un nouvel espace à Knokke en plein confinement m’a également accordé un passionnant interview autour du projet avec Jacqueline de Jong et de l’exposition de l’artiste bruxelloise Lisa Vlaemminck.

>>> Rendez-vous demain pour la suite du parcours bruxellois !

INFORMATIONS PRATIQUES :
Musées Royaux des Beaux-Arts
Thomas Houseago, Alechinsky, Arboriginalités, Bill Viola
Rue de la Régence 3
1000 Bruxelles, Belgique
https://www.fine-arts-museum.be/

Art Brussels Week
https://www.artbrussels.com/

Carnet de route :
visit.brussels

Marie-Elisabeth De La Fresnaye
Après une formation en littérature et histoire de l'art, Marie de la Fresnaye intègre le marché de l'art à Drouot et se lance dans l'événementiel. En parallèle à plusieurs années en entreprise dans le domaine de la communication éditoriale, elle créé son blog pour partager au plus grand nombre sa passion et expertise du monde de l'art contemporain et participe au lancement du magazine Artaïssime.

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