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Pour maintenir sa réputation d’un lieu en perpétuelle ébullition, le Palais de Tokyo propose une nouvelle librairie (mars 2017) confiée à Walther König & Cahiers d’Art et un nouveau restaurant, le Quixotic Projects (juin 2017) qui succédera au très sympathique Tokyo Eat.

Le Tarmac est également un nouvel espace au sein des expositions conçu par les étudiants de l’ENSAD Paris et placé sous le commissariat de Claire Moulène. L’idée est de prolonger autrement la visite et d’avoir accès à des contenus inédits.Enfin, nouveau format dès février 2017 : les soirées performées, hybrides et éphémères pour s’immerger dans l’univers d’un artiste, en parallèle à la programmation vidéo proposée par le Point Perché.Pour revenir à la saison En toute chose, il s’agit de redonner tout leur pouvoir aux objets et d’explorer la façon dont ils nous résistent et nous échappent, impactant notre psyché au quotidien.Parmi les nombreuses propositions, celle qui me semble la plus turbulente et vibrante, est la gigantesque installation « Pan » de l’artiste japonais Taro Izumi, résident 2017 Sam Art Projects. Des images telles des zombies, selon les termes de l’artiste, surgissent tout au long du parcours, comme ces esprits farceurs, les « kamis »célébrés par le shintoïsme.

Performances, sculptures, vidéos, concourent à ce climat d’insécurité et d’intense perturbation. Parodie des dieux du stade, des archers devenus graffeurs, corps prisonniers ou empêchés, architectures composites et compressées, l’idée est de renverser points de vue et perspective.

Pause méditative après avec l’australienne Mel O’Callaghan, lauréate prix Sam pour l’art contemporain 2015 qui nous entraîne sur les rives de la transe extatique et de rituels ancestraux dans des grottes au nord est de Bornéo, qu’elle filme auprès des populations Orang Sungai. Un état d’extase troublant que l’on traverse au fil d’un cheminement mental en 3 actes, remarquablement orchestré par la scénographie.

Emmanuel Saulnier (professeur aux Beaux Arts de Paris) signe également une intervention d’une grande poésie autour de la possible métamorphose des matériaux. « Round Midnight » titre aux consonances jazzy se place aux confins de l’improvisation du geste entre le macadam, l’encre séchée, le bois peint ou la transparence du verre.

Chez Dorian Gaudin les machines se rebellent et nous livrent une véritable dramaturgie sonore et visuelle. Je l’avais rencontré alors qu’il arrivait de New York pour préparer « Rites et après coup » à l’invitation de Jean de Loisy et Julien Fronsacq. L’on assiste impuissant à une sorte de ballet mécanique entre ingénierie pure et design fonctionnel qui place le spectateur au cœur du dispositif dans cette salle du Capricorne, antichambre de l’ancienne Cinémathèque française.

Le fascinant trompe l’œil d’Emmanuelle Lainé inspiré des travaux du théoricien britannique Andy Clark sur la figure du cyborg dans la pop culture, donne une nouvelle dimension au Païpe. Comme récemment à la Fondation Ricard elle parsème l’espace investi d’objets glanés et d’effets personnels, confrontés à de grandes images numériques, opérant une mutation des genres.

Anne Le Troter, lauréate du Grand Prix du 61è Salon de Montrouge, pour sa 1ère exposition personnelle dans un centre d’art propose une pièce sonore à partir des mécanismes du langage développés par les instituts de sondage. Une expérience burlesque et comique où les interférences croisent une analyse sociologique douce amère.

Petit bémol pour l’exposition collective « Sous le regard de machines pleines d’amour et de grâce » titre emprunté à Richard Brautigan, compagnon de la Beat Generation, qui tente de dresser un panorama de l’influence des nouvelles technologies sur nos émotions à travers des propositions singulières (Isabelle Cornaro, Lee Kit, Marie Lund..) mais trop diffuses.Last but not least, Abraham Poincheval qui après le musée de la chasse et la Nuit Blanche revient au Palais de Tokyo pour se livrer à deux performances inédites dans des habitacles à chaque fois hostiles. S’enfermer dans un rocher et couver des œufs de poule sous le regard des visiteurs est le nouveau défi que se lance cet arpenteur du vivant qui n’en n’est pas à son coup d’essai. Repousser les limites et tutoyer un extrême qu’il est le seul à définir, comme le ventre d’un ours, le haut d’un mat sur le parvis de la gare de Lyon ou une bouteille géante sur le Rhône, qui nous accueille d’ailleurs à l’entrée du Palais de Tokyo.Un clin d’œil pour se mettre en condition face à la nouvelle odyssée pleine de rebonds et de fantaisie signée Jean de Loisy !

INFORMATIONS PRATIQUES
Saison En toute chose
Jusqu’au 8 mai 2017
Palais de Tokyo
13 Avenue du Président Wilson
75116 Paris
De midi à minuit
http://www.palaisdetokyo.com

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