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L’espace d’exposition Incise à Charleroi inaugure demain sa nouvelle exposition consacrée au travail photographique de l’artiste breton Yves Tremorin. Avec « De sable aux enfants d’or », on retrouve Tremorin dans l’un de ses principaux domaines de prédilection, il photographie ses proches et son environnement dans une vision intime en gros plan.

Yves Trémorin photographie ses proches, la nourriture et les bêtes, les jouets, le sexe ou l’urine… Il regarde au plus près les cils encore humides d’un veau mort-né, la chair violacée d’un lapin écorché, les ongles et les rides, l’écume ou la peau morte maculant des lèvres. Il en fait des tableaux, au sens théâtral du terme : il suspend l’action au profit d’un abattage en règle de tout ce qui distrait ou pourrait distraire d’une réalité opérant sous ses aspects les plus intenses et rudes.

Fonds unis, souvent noir, plein cadre…La lumière isole et exalte les surfaces et les plis de corps ou d’objets dont la présence confine au terrible. Jamais grotesques ou obscènes, les sujets photographiés par Trémorin impressionnent toujours part leur épaisseur proprement holistique. Ils sont le support de plus que d’eux-mêmes. Singuliers et pourtant dé singularisés, ils forment les réceptacles d’un fond culturel et mythologique avec lequel ils composent et parfois s’écorchent. Ils en sont l’emblème. Jeunes et beaux, amoureux ou morts, ils sont lourds d’une histoire qui déborde la leur et la nôtre. Une histoire collective, dont l’universalité ne tient pas en une utopie morale – l’Humanité – mais bien aux soucis, beaucoup plus vifs et cruels, d’une espèce faite de mythes et de fluides, d’os et de chair. Cette impureté constitutive n’appelle aucune rédemption. Elle est plutôt le ressort d’une affirmation nietzschéenne : l’adhésion joyeuse à ce qui est, sans autre forme de sublimation. Les images d’Yves Trémorin savent conjuguer l’amour et l’inéluctable. Aucune promesse hors champ, de paradis en perspective, la frontalité tient toujours lieu d’horizon.

De sable aux enfants d’or est un diptyque mettant en scène deux jeunes visages dont les expressions débordent les attendus concernant l’enfance. Il est question ici de gravité, de profondeur, de fatigue, déjà. Ces regards vides ou détachés semblent trahir une informulable conscience du temps et des choses. Le très grand format des images et leur intégration dans l’espace public accentue le poids et la force d’un miroir où se dévoile finalement une imperturbable et insolente solitude.

Le titre de l’installation fait référence au blason de la ville de Charleroi : « de sable au lion rampant, armé et lampassé à dextre un sabre de même, au chef d’argent portant une fleur de lys de gueules ». L’héraldique a ses règles et son vocabulaire : le sable est la couleur noire. Un fond parfait pour signifier l’abîme. Deux enfants s’en détachent. Ils sont là, tout devant lui. De très vieux enfants sapiens, plein de courage.

Texte de Benoît Dusart

EXPOSITION
De sable aux enfants d’or
Yves Tremorin
Du 18 février au 21 mai 2017
Incise
Galerie Bernard
139, bld Tirou
6000 Charleroi
Belgique
http://www.incise.be

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