Pour sa quatrième et dernière carte blanche, notre invitée, la commissaire d’exposition Emmanuelle Hascoët, conclut cette semaine en nous présentant le projet commun entamé il y a deux ans avec le photographe Stéphane Lavoué, intitulé « Navire amiral », rencontré à l’occasion de la Grande Commande photojournalisme. Après avoir été présenté au public de la Comédie-Française, l’exposition fera prochainement escale aux Ateliers des Capucins à Brest, à partir du 11 juin. L’ouvrage associé paraîtra bientôt chez Atelier EXB.

Accrochage de « Navire amiral » dans l’espace Richelieu de la Comédie-Française du 11 septembre 2025 au 15 janvier 2026.
© Stéphane Lavoué

Je travaille depuis 2024 avec le photographe Stéphane Lavoué autour d’un projet intitulé « Navire amiral ». Je connais Stéphane depuis longtemps mais nos routes photographiques se sont recroisées au moment de la Grande commande pour laquelle il avait présenté le projet « Allons enfants ! » sur les jeunes recrues de l’Armée françaises. Il a ensuite souhaité poursuivre ce travail auprès de la Marine nationale. J’aime son écriture très picturale et j’ai été touchée par son engagement passionné pour ce sujet et sa volonté de donner des visages aux marins derrière des fonctions et des grades. J’avais en tête que les ateliers des Capucins à Brest, ville où j’ai quelques racines, seraient un écrin parfait pour recevoir ce travail. Ils ont adoré le projet et nous nous nous sommes lancés dans cette aventure avec l’idée de faire aboutir le travail en une installation photographique.

Accrochage de « Navire amiral » dans l’espace Richelieu de la Comédie-Française du 11 septembre 2025 au 15 janvier 2026.
© Stéphane Lavoué

Accrochage de « Navire amiral » dans l’espace Richelieu de la Comédie-Française du 11 septembre 2025 au 15 janvier 2026.
© Stéphane Lavou

Nous avions en commun la mer, la Bretagne et le théâtre puisque Stéphane photographiait la Comédie-Française. En résidence associée aux mandats d’Éric Ruf depuis 2015, il a multiplié les projets pendant dix ans au sein de la maison de Molière : portraits officiels de la troupe, série sur les loges des comédiens (Les Loges du Français, ed. Gallimard), affiches de saison, travail au long court sur les « servitudes », métiers du théâtre au service du plateau. Pendant ces années de résidence dans les entrailles du « navire amiral » du premier théâtre public français, il a eu l’impression de vivre un embarquement immobile. Plongé dans un bâtiment sans fenêtres, au milieu du plateau-passerelle ou perché dans les cintres encombrés de câbles et de bouts, il a eu la sensation de parcourir les coursives d’une frégate et de vivre avec la patrouille d’un sous-marin nucléaire. En parallèle de ce travail de résidence au cœur de l’immense vaisseau du « Français », il poursuivait donc depuis 2021 ce travail au long cours sur la Marine nationale, à l’École navale de Lanvéoc d’abord, puis embarqué ensuite à̀ bord de trois navires emblématiques : La FREMM La Bretagne, le SNLE Le Téméraire, et le porte-avions Charles De Gaulle.

Répétition du Soulier de satin, salle Richelieu, Comédie-Française, octobre 2024
© Stéphane Lavoué

Ces deux univers ont de nombreux points communs liés à une histoire qui a fait naitre des superstitions, des traditions communes. La création du « Soulier de satin » de Claudel par Éric Ruf en 2024, œuvre monumentale construite en quatre journées qui narrent l’histoire de Don Rodrigue et Doña Prouhèze à l’époque des conquistadores et des navigations sur des mers lointaines a achevé de nous convaincre que l’on pouvait rassembler ces deux séries et raconter une histoire singulière. La citation de François Regnault extraite du « Théâtre et la mer » nous a servi de fil conducteur : « Les théâtres parisiens sont comme des navires qui, en remontant la Seine, se sont échoués sur ses plages. Depuis ils embarquent tous les soirs des passagers pour un voyage immobile. ». Sur les photographie de Stéphane Lavoué, la tapissière de la Comédie-Française a des airs de pirate, le machiniste de mousse buriné, les jeunes matelots embarqués sur la frégate « La Bretagne » ressemblent à de jeunes premiers. Les repères visuels se mêlent, les frontières se brouillent entre les deux univers pour en créer un troisième. « Navire amiral » entrelace ces deux corpus, échappe à ses origines documentaires pour permettre l’émergence d’un univers chimérique.

Hangar hélicoptère de la frégate multi-missions FREMM Bretagne, mai 2025
© Stéphane Lavoué

Second maitre Sundy, chargée du bureau matériel, barreur confirmé et brancardière, FREMM Bretagne, mai 2025
© Stéphane Lavoué

Lino, machiniste à la Comédie-Française, janvier 2024
© Stéphane Lavoué

« Navire amiral » a été exposé en partie au sein de la salle Richelieu de la Comédie Française du 11 septembre 2025 au 15 janvier 2026 (grand escalier et galerie des bustes). Il fera prochainement escale aux Ateliers des Capucins, à Brest du 11 juin au 31 septembre 2026.

L’ouvrage éponyme éponyme est en cours de préparation à l’Atelier édité chez EXB éditions.

Le projet est réalisé en partenariat avec La Comédie-Française et la Marine nationale.

La Rédaction
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