À la galerie In Camera, l’exposition Firefight d’Amy Friend propose une expérience à la fois intime et lumineuse, où la photographie devient un espace de mémoire mouvante. À l’origine du projet, des moments partagés avec sa grand-mère — sa Nonna — autour d’anciennes photographies de famille. Des images chargées d’histoires, mais dont les récits s’effritent peu à peu : noms oubliés, lieux incertains, souvenirs fragmentaires. De cette fragilité naît une question centrale : que reste-t-il d’une image lorsque son contexte disparaît ?

© Amy Friend, Sea with papa

Plutôt que de s’en tenir à ses archives personnelles, la photographe élargit sa recherche à des photographies vernaculaires anonymes. Déconnectées de leur histoire d’origine, elles deviennent des surfaces ouvertes, prêtes à accueillir de nouvelles interprétations.

Le geste artistique d’Amy Friend est alors aussi simple que radical : perforer les images à la main, puis laisser la lumière les traverser. Ces points lumineux, presque scintillants, évoquent autant des étoiles que les reflets du soleil sur la mer. La série Dare Alla Luce — littéralement « mettre au monde » ou « porter à la lumière » — incarne cette idée de renaissance. Les photographies ne sont plus figées : elles respirent, vibrent, renaissent à chaque regard.

© Amy Friend, Into the cool deep waters of now

© Amy Friend, When I was young

L’ensemble compose un univers onirique et délicat. Des paysages marins, des fleurs, des bateaux émergent dans des teintes douces — violets pâles, bleus nocturnes — comme suspendus entre souvenir et rêve. La lumière, omniprésente, agit presque comme une matière vivante, transformant ces images en visions féeriques.

Certaines œuvres prolongent cette recherche : des tirages photographiques sont immergés dans la mer avant d’être rephotographiés, accentuant encore la dimension organique et instable de la mémoire.

© Amy Friend, Unknown location… the places we know

Présentée à l’occasion de la publication de sa monographie Firelight, cette exposition s’inscrit dans la continuité du travail d’Amy Friend, déjà amorcé avec Stardust. Une œuvre profondément sensible, qui rappelle que la photographie, loin d’être un simple enregistrement du réel, est un territoire vivant — façonné par le temps, l’oubli et la lumière.

jeu26mar(mar 26)14 h 00 minsam23mai(mai 23)19 h 00 minAmy FriendFirelightin camera galerie, 21, rue Las Cases 75007 Paris

Alix Decreux
Diplômée d’un master Lettres & Humanités – Écritures et médias à la Sorbonne Nouvelle, Alix Decreux est rédactrice culturelle depuis l'obtention de son baccalauréat. Forte d'expériences en rédaction, communication et relations presse, elle est aujourd'hui pigiste pour plusieurs médias et écrit sur l’art et les pratiques culturelles contemporaines.

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