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Partager Partager Pour sa troisième carte blanche, notre invité de la semaine, l’éditeur Pierre Bessard, revient sur l’exposition « POLARAKI, Mille polaroids d’Araki Nobuyoshi », qui s’est clôturée au Musée national des arts asiatiques – Guimet lundi dernier. À cette occasion, l’institution parisienne a réuni une sélection de polaroids réalisés par le célèbre photographe japonais entre 1997 et 2024, issus d’un fonds tout récemment donné au musée par le collectionneur Stéphane André, en mai dernier. Araki Nobuyoshi, Sans titre, 1997 – 2024 © Nobuyoshi Araki© Musée Guimet, Paris / Nicolas Fussler, photographe Il arrive que l’accumulation produise du vide. Que la saturation fasse apparaître, par contraste, une béance. POLARAKI procède de ce paradoxe : mille Polaroids alignés, ordonnés, méthodiquement répétés, et pourtant traversés par une inquiétude sourde, presque métaphysique. Dans la rotonde du musée Guimet, l’œuvre de Nobuyoshi Araki ne s’offre pas comme une rétrospective, mais comme un champ magnétique — un espace de friction où le regard vacille entre désir et retrait, proximité et effacement. © Nobuyoshi Araki© Musée Guimet, Paris / Nicolas Fussler, photographe Le Polaroid, médium de l’instant et de la preuve, devient ici instrument de dislocation du temps. Chaque image prétend à l’immédiateté, mais l’ensemble compose une durée épaisse, stratifiée, presque archéologique. Ce que l’on contemple n’est pas une suite de photographies, mais un régime d’existence de l’image : une écriture compulsive, journalière, où le monde est sans cesse réinscrit, consumé, reconduit. Araki ne photographie pas pour conserver ; il photographie pour maintenir le réel en état de combustion. L’accrochage — 906 images disposées en 43 colonnes de neuf cadres — n’obéit ni à une logique narrative ni à une hiérarchie iconique. Il relève d’une syntaxe obsessionnelle. Les images se répondent par analogies, glissements, contaminations : fleurs et corps, nourriture et sexualité, ciel et ligature. Le sens n’est jamais assigné, seulement suggéré, comme dans un poème qui refuserait toute clausule. À mesure que le regard circule, il se défait de toute tentation interprétative stable. © Nobuyoshi Araki© Musée Guimet, Paris / Nicolas Fussler, photographe L’érotisme, chez Araki, ne relève pas d’une transgression spectaculaire mais d’une économie du regard. Le corps féminin, souvent ligoté, exposé, fragmenté, n’est jamais offert comme un objet de consommation immédiate. Il est pris dans un réseau de tensions contradictoires : attraction et malaise, volupté et sidération. La pratique du kinbaku, récurrente, ne renvoie pas tant à la domination qu’à une mise en scène de la vulnérabilité — celle du modèle autant que celle du photographe, engagé dans un face-à-face sans échappatoire avec son propre désir. Mais ce qui trouble peut-être le plus, ce sont les absences. Dans ce quadrillage presque total, quelques cadres demeurent vides. Non par choix esthétique, mais par retrait volontaire de deux modèles. Ces lacunes font basculer l’installation dans un autre régime : celui de l’éthique. Elles rappellent que l’image, si immédiate soit-elle, n’est jamais innocente. Que l’archive peut être contestée. Que le droit au regard n’est jamais absolu. Ici, le vide devient plus actif que la profusion. © Nobuyoshi Araki© Musée Guimet, Paris / Nicolas Fussler, photographe POLARAKI est aussi une exposition sur la collection, sur ce geste patient et passionné qui consiste à assembler, conserver, ordonner. En restituant l’accrochage tel qu’il existait dans l’espace privé du collectionneur Stéphane André, le musée Guimet ne montre pas seulement l’œuvre d’Araki : il expose une relation, un regard second, une forme d’hospitalité donnée aux images. Le cabinet de curiosités devient dispositif muséal, sans perdre sa dimension presque domestique, intime, obsessionnelle. Si l’œuvre d’Araki a souvent été réduite à quelques motifs — sexe, mort, fleurs, nourriture — cette exposition révèle avant tout une pensée du médium. Dès les années 1990, sa pratique du Polaroid anticipait notre présent saturé d’images instantanées, jetables, compulsives. Mais là où l’image numérique efface sa matérialité, Araki insiste sur la fragilité de l’objet : altérations, découpes, résines, interventions manuelles rappellent que chaque photographie est un corps, soumis à l’usure, à la transformation, à la perte. © Nobuyoshi Araki© Musée Guimet, Paris / Nicolas Fussler, photographe Dans la circularité de la rotonde, le visiteur est pris dans une rotation sans centre. Il n’y a ni début ni fin, seulement un mouvement continu, presque hypnotique. POLARAKI ne cherche ni à convaincre ni à choquer. Elle éprouve. Elle met à l’épreuve notre capacité à regarder sans consommer, à désirer sans posséder, à accepter que l’image, parfois, nous résiste. Entre l’intime et le collectif, entre l’archive et la pulsion, l’exposition compose une expérience limite. Une archive brûlante, où chaque image, loin de se figer, continue de vibrer — dangereusement vivante. INFORMATIONS PRATIQUES Le Musée National des Arts Asiatiques – Guimet6 Place d'Iéna, 75116 Paris mer01oct10 h 00 min2026lun12jan(jan 12)18 h 00 minPOLARAKI, Mille polaroids d'Araki NobuyoshiLe Musée National des Arts Asiatiques – Guimet, 6 Place d'Iéna, 75116 Paris Détail de l'événementPhoto : Sans titre, Araki Nobuyoshi 1990 -2024 © Nobuyoshi Araki © Musée Guimet, Paris Photographe japonais prolifique, obsessionnel et volontiers provocateur, Araki Nobuyoshi est, depuis les années 1960, un protagoniste Détail de l'événement Photo : Sans titre, Araki Nobuyoshi 1990 -2024 © Nobuyoshi Araki © Musée Guimet, Paris Photographe japonais prolifique, obsessionnel et volontiers provocateur, Araki Nobuyoshi est, depuis les années 1960, un protagoniste incontournable de l’histoire de la photographie japonaise et internationale. Issue d’une donation exceptionnelle reçue par le musée Guimet, l’exposition POLARAKI dévoile un aspect essentiel de son oeuvre: l’exploration des possibilités infinies offertes par le polaroid, source d’expérimentation centrale dans le travail de l’artiste. Réalisés entre 1997 et 2024, les polaroids d’Araki présentés dans l’exposition ont été acquis progressivement auprès de galeries majoritairement françaises et japonaises au cours des 25 dernières années par le collectionneur Stéphane André qui en a fait don au musée Guimet le 5 mai 2025. Déployée dans la rotonde au quatrième étage du musée, POLARAKI présente l’installation conçue par le collectionneur pour son appartement dans le 18e arrondissement de Paris : 43 colonnes composées de 9 cadres disposés bord à bord et du sol au plafond. Dans chaque cadre, un, deux, trois ou quatre polaroids selon des associations composées en partie par Araki, en partie par le collectionneur. L’exposition rend hommage à l’usage frénétique du polaroid par Araki pour qui il constitue, depuis la fin des années 1990, un geste quasi quotidien, au service d’une pulsion scopique et érotique, alimentant une forme de journal autour duquel s’articule l’ensemble de son oeuvre. L’exposition évoque également l’appropriation par un collectionneur privé de l’oeuvre d’un artiste sous une forme qui s’apparente aux cabinets de curiosités – dont les traits caractéristiques sont la saturation d’un espace personnel, le goût pour l’étrangeté voire le licencieux, le caractère hétéroclite. Le don exceptionnel de Stéphane André au musée Guimet répond de manière significative à la politique d’enrichissement du musée dans les domaines de de l’art contemporain en Asie et de la photographie. Il prolonge le travail initié en 2016 avec l’exposition monographique rétrospective Araki, présentée au musée Guimet en 2016. Dates1 Octobre 2025 10 h 00 min - 12 Janvier 2026 18 h 00 min(GMT-11:00) LieuLe Musée National des Arts Asiatiques – Guimet6 Place d'Iéna, 75116 ParisOther Events Le Musée National des Arts Asiatiques – Guimet6 Place d'Iéna, 75116 ParisOuvert de 10h à 18h tous les jours sauf le mardi Le Musée National des Arts Asiatiques – Guimet Get Directions CalendrierGoogleCal Marque-page0
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