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Cette exposition consacrée à l’émergence me semble être d’un grand intérêt en raison des multiples sujets abordés et de la diversité des approches artistiques qu’elle permet de découvrir. © Francesca Hummler, Der Stammbaum [Arbre généalogique], 2021, de la série Unsere Puppenstube [Notre maison de poupée], 2021. Courtoisie de l’artiste Préambule En préambule, j’aimerais vous présenter deux projets qui s’inscrivent dans cette pluralité des démarches photographiques. Le projet de Francesca Hummler, réalisé en collaboration avec sa sœur cadette Masantu, condense plusieurs thèmes majeurs de l’exposition dans une interaction subtile entre soi, autrui, la société et le monde, les questions raciales et décoloniales, les relations à l’espace géographique et au temps à travers l’histoire transgénérationnelle et migratoire de sa propre famille. Dans une mise en scène ludique évoquant le monde de l’enfance, la maison de poupée héritée des arrière-grands-parents de l’artiste, symbole par excellence du foyer, se transforme en espace identitaire d’appartenance pour sa sœur adoptive en quête de légitimité au sein de la famille. La main de Masantu s’apprête à ajouter son propre portrait au mur couvert de photos de la famille Hummler prises sur plusieurs générations. La scène fonctionne ici comme une métaphore visuelle de la volonté des deux sœurs de représenter les liens d’amour et de complicité qui les unissent. Francesca Hummler, série Unsere Puppenstube, 2021. Vue d’exposition, Gen Z, Photo Elysée, Lausanne, 2025 ; photo : © Khashayar Javanmardi. Courtoisie Photo Elysée pour toutes les vues d’exposition L’artiste explique ainsi sa démarche : « En m’appuyant sur mon expérience de fille d’immigré·e·x·s allemand·e·x·s aux États-Unis, j’étudie dans mon travail les résonances psychologiques de la stigmatisation sociale, la post-mémoire et la manière dont les traumatismes se transmettent de génération en génération, non seulement par le biais des archives, mais à travers les corps eux-mêmes. La série Unsere Puppenstube [Notre maison de poupée] est une réflexion sur les complexités de l’identité et du sentiment d’appartenance, en particulier chez les personnes dont l’histoire est multiple. […] La série, qui aborde les thèmes de l’adoption, de l’identité raciale et des liens affectifs, invite à réfléchir à la manière dont nous cataloguons les relations et les identités dans nos interactions sociales. Selon moi, se sentir à sa place, c’est être suffisamment en sécurité pour explorer ce qui nous procure de la joie et nourrit notre curiosité. C’est la liberté d’exprimer nos émotions et que quelqu’un·e·x nous réponde : « Je te comprends. » C’est être accepté·e·x totalement, sans jugement, sans condition. À travers ma photographie, j’explore le moi et l’identité ; je saisis la complexité de personnes dont les identités – culturelles ou autres – sont fracturées et la façon dont elles négocient avec le sentiment d’appartenance dans cet entre-deux. […] » – Francesca Hummler² De gauche à droite : Emma Sarpaniemi, série When the Sun Goes Down We See Lemons, 2019-en cours ; Lê Nguyên Phương, séries Giao Điểm [Intersection] et Vở ô ly [Cahier quadrillé], 2024 ; Cheryl Mukherji, série Ghorer Bairer Aalo, 2020-2021Dans les pratiques artistiques actuelles, la collaboration est un processus de création important qui permet de faire dialoguer vécu individuel et collectif, de dépasser la sphère intime pour inscrire un projet dans un contexte social, géopolitique et historique³. Cette approche participative est particulièrement pertinente pour les artistes qui travaillent à une » contre-histoire » de leurs lieux d’appartenance, c’est-à-dire à une relecture critique et alternative des récits hégémoniques.⁴ Dans Gen Z, Lê Nguyên Phương expose deux séries de 2024, Giao Điểm [Intersection] et Vở ô ly [Cahier quadrillé], issues d’un plus vaste projet, Thành Phẩm (2021-en cours). Images et textes ont été réalisés en collaboration avec ses proches, en particulier son père et son partenaire. À partir de son expérience personnelle, l’artiste nous propose une contre-archive visuelle et décoloniale de l’histoire du Viêt Nam. Il remet en question les discours dominants sur les conflits du 20ème siècle dans la région, qu’il s’agisse des narratifs occidentaux sur la guerre du Viêt Nam ou des récits relayés par le système scolaire de son propre pays. En 1986, son père avait d’ailleurs participé à une intervention militaire secrète du Viêt Nam au Cambodge qui n’est toujours pas reconnue officiellement.⁵ © Lê Nguyên Phương, Untitled, de la série Vở ô ly [Cahier quadrillé], 2024. Courtoisie de l’artiste. » J’espère montrer au public qu’il est possible de mettre en œuvre, dans sa pratique photographique, des processus collaboratifs comportant une dimension affective. J’aimerais faire saisir l’importance de la narration intergénérationnelle pour de nombreuses populations anciennement colonisées. « – Lê Nguyên PhươngL’œuvre de Lê Nguyên Phương soulève d’importantes questions sur les identités individuelles et partagées de la société vietnamienne et de sa diaspora. L’artiste traite de la notion de pouvoir à la fois sur la plan intime autour du genre et sur le plan historique dans une approche décoloniale. Né dans une famille où les hommes sont des sportifs et des militaires professionnels, l’artiste s’interroge sur le culte de la masculinité et sa propre vulnérabilité. À travers ses autoportraits réalisés avec son partenaire, il s’affirme comme appartenant la communauté queer ⁶. Plusieurs stratégies artistiques lui permettent de créer une contre-histoire de son pays. Il réalise une série de collages sur un cahier quadrillé similaire à ceux qu’il utilisait écolier (série Vở ô ly), fait appel à des souvenirs écrits par son père et à des photographies vernaculaires issues de l’album familial. Afin de se confronter aux secrets dont il a hérité, il réalise des autoportraits collaboratifs avec son père lors d’un voyage au Cambodge pour la série Giao Điểm [Intersection]. L’accrochage au sein de Gen Z permet de bien saisir l’ensemble complexe d’interactions transgénérationnelles entre ses espaces intimes, ses communautés d’appartenance et l’histoire du Viêt Nam. © Nur Aishah Kenton, Sans titre, en collaboration avec Lia Ribeiro de Noronha, 2024, de la série Home for a Time [Un chez-soi temporaire], 2023-2024. » Grâce à un processus de collaboration qui donne la parole aux personnes photographiées, ce projet va bien au-delà d’une simple documentation de leurs espaces de vie : il capture leurs espoirs, leurs craintes, la façon dont elles appréhendent les notions de communauté et d’appartenance. » – Nur Aishah Kenton Appartenance et enjeux contemporains Au cœur de Gen Z se trouvent les questions d’identité et d’appartenance à un lieu de vie, un foyer, une communauté ou un groupe social, répondant au besoin de la jeunesse de trouver refuge, sécurité, soin et résilience face à la crise environnementale et à un monde géopolitique instable. Nathalie Herschdorfer souligne la volonté des digital natives de » se situer et se représenter dans un monde globalisé « , de maîtriser leur propre image non seulement sur les réseaux sociaux, mais aussi dans leur intimité et leur pratique artistique qui expérimente librement avec la photographie. Ainsi, iels explorent d’autres types de représentations que celles des générations précédentes pour réécrire les récits identitaires et collectifs, souvent à travers la mise en scène de soi (aspects performatifs, autoreprésentation ou autoportrait) et l’omniprésence du corps comme espace d’expression existentiel (fluidité de genre, multiculturalisme, regard décolonial, inclusivité, etc.)⁷ . Toutefois, la rencontre avec l’autre, le besoin d’ancrage social et d’ouverture au monde extérieur sont également perceptibles dans de nombreux projets exposés et il serait réducteur de qualifier la génération Z de » nombriliste « . ⁸ © Sara Messinger, Sans titre [Self-portrait of me photographing Avril and friends doing makeup at Avril’s seventeenth birthday party], 2022, de la série Teenagers, New York City, 2021-en cours. » [Les jeunes] abordent la question de l’identité avec une fluidité qui bouscule les schémas binaires qui leur sont souvent imposés. Leur désir de s’exprimer avec authenticité fait profondément écho à ma propre quête de tolérance dans un paysage qui privilégie souvent le conformisme. » – Sara MessingerÀ titre d’exemples de la complexité des enjeux géopolitiques contemporains et de l’intérêt de la génération Z pour le contexte actuel, relativement anxiogène, l’exposition présente les images à la fois fascinantes et inquiétantes d’Alice Pallot sur la pollution marine. Les séries Metamorphosis (2024) de Claudia Fuggetti et Rooting for you (2022) de Valerie Geissbühler Pacheco abordent également la problématique environnementale. Il est cependant dommage que cette crise majeure soit peu représentée dans Gen Z. D’autres photographes évoquent les guerres et les actes de résistance face à l’autoritarisme des états totalitaires, notamment Daniel Obasi, Thaddé Comar ou le duo Florian Gatzweiler & Sascha Levin. Le projet d’Ahmed Khirelsid témoigne de l’histoire douloureuse du peuple soudanais en racontant son propre trauma lié à la guerre civile et à l’exil. © Alice Pallot, série Algues maudites, a Sea of Tears, 2022-2024. » J’utilise la photographie pour questionner l’impact des activités humaines sur l’environnement. Imprégnées de l’imaginaire de la science-fiction, mes images révèlent des enjeux invisibilisés. » – Alice Pallot Origines du projet : favoriser l’émergence Avec Gen Z, Photo Elysée s’est donné pour objectif de donner plus de visibilité à la jeune création sous la forme d’une exposition ambitieuse accompagnée d’un catalogue publié en français et en anglais. Il est aussi prévu de faire circuler l’exposition dans d’autres institutions, ce qui permettrait la découverte des œuvres par un plus large public. Ce projet s’inscrit dans la continuité d’une programmation régulière de Photo Elysée, mise en place il y a vingt ans. En 2005, l’exposition inaugurale reGeneration. 50 photographes pour demain avait été réalisée en contactant 65 écoles d’arts visuels afin qu’elles proposent des projets de photographes en formation ou récemment diplômé·e·x·s. L’idée principale était de faire connaître les pratiques les plus contemporaines dans un musée qui exposait essentiellement des artistes à mi-carrière ou dont la consécration était déjà établie. Par la suite, cette volonté de prospection de la création émergente a été reconduite tous les cinq ans avec une belle visibilité mondiale (circulation des expositions dans des institutions internationales et catalogues en deux langues) ⁹. De gauche à droite : Claudia Fuggetti, Perception, 2024, de la série Métamorphose ; Daniel Obasi, série Beautiful Resistance, 2022 ; Thaddé Comar, série How Was Your Dream?, Hong Kong, 2019 L’édition de 2025 a été réalisée en un temps record – entre septembre 2024 et mars 2025 – par trois curatrices de Photo Elysée, Nathalie Herschdorfer, Hannah Pröbsting et Julie Dayer. Directrice du musée depuis juin 2022, Nathalie Herschdorfer fit partie des commissaires des éditions de 2005 et de 2010. Son expérience curatoriale de plus de vingt-cinq ans et son riche réseau de contacts lui ont permis de faire appel à plus de soixante personnalités internationales en lien avec la photographie afin de réunir, dans un premier temps, plus de 1000 projets dans la pré-sélection. Lors du repérage des artistes, les curatrices ont relevé l’importance des médias sociaux mais aussi le rôle essentiel joué par de nombreux lieux de légitimation culturelle : écoles, festivals, concours, livres et magazines, y compris dans les domaines de la mode et du luxe ¹⁰. © Daniel Obasi, Sans titre, de la série Beautiful Resistance, 2022 Toutefois, les accès au monde de l’art, à ses lieux de reconnaissance tels que les musées, ainsi qu’aux circuits de diffusion de la photographie, varient beaucoup d’un pays à l’autre. Plusieurs photographes sont à l’origine autodidactes et peu d’entre iels bénéficient d’une représentation en galerie ¹¹. Les travaux que les curatrices ont estimés les plus pertinents sont le plus souvent réalisés par des personnes issues des écoles d’arts visuels. L’exigence de qualité artistique a primé dans le processus de sélection qui a permis de réduire le nombre de projets à environ quatre cents puis à soixante-cinq (dont un projet réalisé en duo). Le musée a assuré la rémunération et le défraiement des artistes pour assister au vernissage ainsi qu’à une journée d’information axée sur les lieux de légitimation artistique ; des catalogues leur ont été offerts. Ce soutien à l’émergence est l’une des facettes de l’engagement régulier de Photo Elysée pour la reconnaissance de la photographie contemporaine au fil de sa programmation d’expositions et d’événements, ses publications ou encore l’organisation du Prix Elysée tous les deux ans. © Farren van Wyk, Home, de la série Mixedness is my Mythology, 2020–en cours. Courtoisie de l’artiste. Photographie réalisée avec un appareil argentique de format 6×7 cm. L’artiste et ses frères ont une mère sud-africaine et un père néerlandais. » Nous sommes perçu·e·x·s comme n’étant ni assez noir·e·x·s ni assez blanc-che·x·s, alors que nous sommes les deux. Nous vivons dans une zone grise et travaillons avec les différentes nuances de couleur qui symbolisent notre identité métisse. C’est là que la magie opère. La photographie est un outil essentiel pour tenter de visualiser mon sentiment d’appartenance et d’identification à une communauté. » – Farren van Wyk Horizons multiples Avec l’ajout d’un sous-titre à l’exposition, Gen Z. Un nouveau regard, les curatrices mettent en avant l’idée que la photographie puisse contribuer à la transformation des représentations, à la fois mentales et visuelles. Les œuvres sélectionnées offrent effectivement une grande diversité de pratiques artistiques expérimentant avec la photographie et parfois avec le texte, le son et d’autres médiums, bien que la vidéo soit relativement peu présente. Les projets naviguent entre réel et fiction – appropriation d’archives, approche documentaire et mise en scène. L’intérêt de Gen Z est de comporter plusieurs niveaux de lecture et d’interprétation, ce qui fait de chaque visite de l’exposition une expérience différente et enrichissante. De gauche à droite : Delali Ayivi, série My Hands and my Feet (Togoton), 2022 ; Dimakatso Mathopa, série Individual Beings Relocated, 2017 ; Sara Benabdallah, série Dry Land, 2024 Il est passionnant de pouvoir découvrir les images d’artistes provenant d’horizons socio-culturels et géopolitiques variés, dans un contexte historique post- et décolonial où le multiculturalisme est omniprésent (exil, migration, diaspora, métissage, hybridité interculturelle). La moitié des artistes de l’exposition sont originaires de pays non-occidentaux et nombre d’entre iels ont vécu dans différents pays, entre diverses cultures, et appartiennent à des communautés parfois fortement marginalisées. De gauche à droite : Baptiste Daveed, série Haiti to Hood, 2018-2020 ; Charlie Tallott, série At Least Until the World Stops Going Round, 2021-2024 ; River Claure, série Warawar Wawa (Son of the Stars), 2019. » À travers mon travail, je veux que le public ressente la richesse de la culture haïtienne, la résilience de ce peuple et la signification historique des textiles et des vêtements. Je veux qu’il voie les connexions entre l’histoire et le présent : comment la migration, le travail et l’identité façonnent nos vies. Et surtout, j’aimerais que mon travail suscite la curiosité et l’empathie pour ces histoires souvent passées sous silence, qu’il permette d’en connaître les nuances. » – Baptiste Daveed C’est pourquoi une approche critique de Gen Z implique d’envisager la possibilité d’un biais de lecture de la part des trois curatrices, blanches, occidentales et universitaires ¹². Comme dans tout processus curatorial situé, les biais intersectionnels peuvent agir de manière sous-jacente ou inconsciente lors des choix effectués dès l’initiation du projet d’exposition. Par exemple, le critère de qualité esthétique qui a primé lors de la sélection des artistes est fortement ancré dans un système de valeurs héritées de la culture occidentale. Peut-être aurait-il été utile d’expliciter d’avantage le processus curatorial au cœur même du dispositif de l’exposition ? © Steven Molina Contreras, série Adelante [En avant], 2018 – en cours. Vue d’exposition réalisée par l’artiste. » Le projet Adelante (« en avant » en espagnol) reflète la résilience et la détermination de ma famille prise dans les méandres de la migration, ainsi que l’évolution de mon regard sur les sacrifices consentis au nom du soi-disant « rêve américain ». Adelante rassemble des photographies prises au Salvador et aux États-Unis ; elles explorent les notions de frontières, de mémoire et d’appartenance. En mêlant performance, esthétique documentaire, nature morte et paysage, j’offre un portrait intime d’une culture et d’une lignée en suspens entre deux pays. » – Steven Molina ContrerasLe processus curatorial soulève de nombreuses questions. Les projets artistiques et les mandats photographiques tels que le reportage, la mode ou le portrait éditorial ne sont-ils pas parfois liés ? Qui sont les personnalités internationales de référence ayant participé à la phase initiale de repérage des artistes ? ¹³ Quels sont les critères utilisés par ces spécialistes et par les curatrices pour sélectionner les projets ? Comment et pourquoi ceux-ci ont-ils été organisés en quatre grandes thématiques ? Ces thèmes sont-ils uniquement représentatifs d’une approche occidentalo-centrée des problématiques actuelles ou reflètent-ils aussi des sensibilités multiples ? Pour donner quelques chiffres significatifs, les nationalités de ces artistes issus de 33 pays sont : 17 Europe et USA, 7 Asie, 7 Afrique et MENA, 2 Amérique latine. On relève ici un certain équilibre entre deux grands continents mais une sous-représentation de l’Amérique latine ¹⁴. © Laurence Philomène, Paint Me Like One Of Your Pre-Raphaelite Boy-Girls, 2019, de la série Puberty, 2019 Comment expliquer que trois sections de l’exposition comportent dix à quinze artistes alors que près de trente projets sont présentés dans la section intitulée Au-delà du miroir, centrée sur le corps, la fluidité de genre et la vie intérieure ? Ces travaux remettent en question les normes liées au genre, s’interrogent sur la masculinité ou la féminité, explorent l’identité queer, documentent une transition de genre ou abordent la vulnérabilité psychique. Est-ce le reflet d’une tendance majeure de la photographie contemporaine sur le plan international autour des questions identitaires ou seulement d’un phénomène propre aux préoccupations individualistes occidentales ? ¹⁵ De gauche à droite : Maria Kniaginin-Ciszewska, Daniella & Polly, 2023 ; Pia-Paulina Guilmoth, série Flowers Drink the River, 2023-2024 ; Carla Rossi, Sans titre 03, de la série A Forensic Selfie. » J’utilise FotoForensics – un logiciel scientifique freeware conçu pour détecter les retouches numériques effectuées sur les images – comme un outil créatif qui me permet d’étudier l’ambiguïté entre esthétisation et vérité. […] En combinant mes selfies et le regard algorithmique de la machine, je questionne la relation entre photographie et authenticité à l’ère du numérique ; je fais de la manipulation des images une quête de notre « vrai moi ». » – Carla RossiEn outre, même si l’exposition offre une belle diversité d’images, elle ne présente pratiquement pas de reportage et accorde peu de place au documentaire ainsi qu’aux pratiques expérimentales et post-conceptuelles comme celles de Carla Rossi, Alina Frieske, Agate Tūna ou Tianyu Wang. L’ouverture à une multiplicité des regards est une qualité significative de l’exposition mais elle met aussi à jour ses propres limites. Agate Tūna, The Pond House, 2021-2025 Tianyu Wang, Fourth Layers of Nail Impression, 2024, de la série Hiding and Seeking La génération en question Quels sont les points communs entre ces soixante-six artistes et photographes dont la naissance se situe entre 1992 et 2003 ? Il importe ici d’interroger le terme complexe et sans cesse changeant de » génération » ¹⁶ et en particulier celui de la génération Z, née approximativement entre 1997 et 2012 alors que l’accès à internet était généralisé pour un large public. Appartenir à la Gen Z est-il véritablement un marqueur d’identité, de valeurs et de styles de vie communs ? En réalité, l’exposition ne permet pas toujours de distinguer les spécificités liées à l’âge de la vie (la jeunesse), à la génération (les digital natives ou zoomers) ou au contexte de notre époque (l’évolution des mentalités), ce qui est en soi instructif et reflète bien le constat des sociologues ¹⁷ . De gauche à droite : Clara Belleville, série Entre nous, 2013-2020 ; Sophia Wilson, Dolo, 2024 et Growing Up, 2023 ; Jude Lartey, A Glimpse into My World, 2023, de la série Homecoming ; Quil Lemons, Untitled (Concrete), de la série To Say the Same Thing in Many Different Ways S’il est vrai que la Gen Z semble avoir vécu dès son enfance avec une omniprésence des smartphones, des selfies et des réseaux sociaux, il importe de ne pas oublier les inégalités d’accès au numérique dans les différents continents, qui ne constituent qu’une part souvent méconnue des fortes inégalités socio-économiques, politiques et territoriales entre les jeunes de cette génération. Quel est l’impact réel du numérique sur les artistes de l’exposition ? Il est délicat d’y répondre. Comme le souligne Julie Dayer, la visibilité des photographes sur les médias sociaux est loin d’être équitable. ¹⁸ La curatrice note également que, pour l’instant, l’Intelligence Artificielle semble faire partie de leur environnement quotidien sans forcément être intégrée dans leurs pratiques artistiques ¹⁹. © Noah Noyan Wenzinger, série Noyan, 2015-2022 Dans son ensemble, l’exposition montre une multitude de facettes qui peuvent définir la génération Z, mais seulement partiellement, de manière située et à travers le filtre de la culture visuelle puisqu’il s’agit essentiellement de photographies. Cependant, au début et à la fin du parcours de visite, deux installations auraient pu faire craindre que les stéréotypes réducteurs, voire négatifs, à l’égard de cette génération soient mis en évidence de manière stigmatisante. En effet, le projet de Noah Noyan, commencé à ses 16 ans, est présenté sous forme de mur saturé de photographies qui renvoie à l’esthétique amateur et à l’abondance d’images ultra banales de moments festifs postées sur les réseaux sociaux ²⁰. À la fin de l’exposition, l’installation de chaises longues où est présentée la vidéo de Gabriela Marciniak inspirée des rituels de soin pourrait suggérer, certainement à tort, que les jeunes auraient » tourné le dos au travail » ²¹. © Gabriela Marciniak, Untitled 005, de la série Early Retirement, 2023 Scénographie et expériences de visite L’originalité de l’exposition tient à la fois de son contenu et de sa mise en espace, qui se démarque clairement de la convention du white cube omniprésente dans le milieu de l’art contemporain. ²² La visite de Gen Z est ainsi fortement influencée par la scénographie et le graphisme conçus par le bureau d’architectes-scénographes Groenlandbasel qui a choisi d’exprimer par la couleur des murs les quatre thématiques de l’exposition. Les voici résumées pour en saisir les grandes lignes : ²³ 1. Cartographie d’une appartenance : le foyer comme lieu fondateur de l’identité (rose pâle) 2. Réalités mouvantes : un monde d’instabilité et de crises politiques, sociales et climatiques (bleu). 3. Au-delà du miroir : le corps et la psyché – fluidité de genre, émotions et santé mentale (rose vif). 4. Multiplier le regard : nouveaux récits autour des questions de race, d’histoire et de culture (vert). 1. Cartographie d’une appartenance. De gauche à droite : Vuyo Mabheka, série Popihuise [Maison de poupée], 2021-2024 ; Varvara Uhlik, série Sunshine, How Are You?, 2021-en cours ; Sara De Brito Faustino, A Home with No Roof, 2023-2024Chaque section est introduite de manière assez conventionnelle par un pan de mur comportant un titre visible de loin et un texte explicatif. Cette scénographie donne une lisibilité à l’organisation thématique de l’exposition en la structurant de manière explicite et dynamique. Les couleurs créent ainsi des ambiances et des émotions variées entre les quatre sections : le rose pour les thèmes liés à l’identité personnelle et à l’intime, les couleurs froides pour les sujets plus en lien avec l’histoire, la société et l’environnement. En outre, une teinte différente de celle du mur entoure les images de chaque artiste avec diverses formes géométriques afin que l’on puisse bien distinguer chaque projet. Comme les curatrices ont eu l’excellente idée de donner la parole aux artistes à travers des textes personnels, ceux-ci figurent aussi sur les murs, en anglais et français. ²⁴ Groenlandbasel a employé trois typographies différentes dans l’idée que, pour de nombreux jeunes, les styles de polices reflètent leur personnalité. ²⁵ 2. Réalités mouvantes. Thaddé Comar, série How Was Your Dream?, Hong Kong, 2019 Cette scénographie très » pédagogique » crée toutefois une surcharge visuelle, un effet de saturation qui pourrait être contre-productif et provoquer de la fatigue par excès de stimuli. Il est vrai qu’apprécier toute la richesse de l’exposition en une heure ne me semble pas possible en raison du nombre très élevé de projets et de textes mis à disposition. Les expériences de visite peuvent ainsi varier beaucoup d’une personne à l’autre : difficulté à apprécier les œuvres et perte d’attention ou, au contraire, parcours permettant d’expérimenter une multitude d’émotions grâce à la pluralité des accrochages et à l’hétérogénéité de la mise en espace. 3. Au-delà du miroir. Jeremy Chih-Hao Chuang, série Ephemeral Intimacy, 2023-2024 Selon moi, la couleur impose une certaine lecture émotionnelle mais elle ne nuit pas forcément au plaisir de découvrir les styles propres à chaque photographe. Les images elles-mêmes interagissent entre elles et transmettent diverses émotions, parfois de manière plus suggestive qu’explicite. Les curatrices ont été très attentives aux formats des impressions et aux modes d’accrochage souhaités par les artistes. La sélection des photographies, souvent issues de séries ou de vastes projets, a fait l’objet d’une collaboration étroite entre curatrices et artistes. Il n’était pas facile de transmettre l’essentiel d’une démarche artistique en quelques images. Le résultat est plutôt convainquant et permet de saisir l’originalité des œuvres.²⁶ 4. Multiplier le regard. River Claure, série Warawar Wawa (Son of the Stars), 2019-2020. Ce projet réalisé en Bolivie est une réinterprétation du célèbre livre d’Antoine de Saint Exupéry, Le Petit Prince, dans le contexte multiculturel décolonial contemporain des Andes. » J’essaie d’exprimer une nostalgie pour le mystique, l’épique et le sacré afin d’inventer mes propres rituels. Ils sont ma façon de résister à l’hégémonie de ce que nous appelons « le capitalisme ». Je veux créer des mythes et questionner la manière dont se construisent les valeurs dans les périodes de transition. » – River Claure Lors de mes nombreuses visites, j’ai réalisé combien les différentes sections de l’exposition étaient liées entre elles de manière complexe et qu’en réalité de nombreux projets pourraient appartenir à plus d’une section. La première, qui comporte une quinzaine d’artistes, constitue en soi l’équivalent d’une excellente exposition thématique et annonce déjà divers aspects développés dans la suite du parcours. Ainsi, de manière tout à fait subjective, lors de la sélection des images pour illustrer cet essai, j’ai mis en avant plusieurs projets tirés de » Cartographie d’une appartenance « . Je n’ai pas présenté les sections dans l’ordre chronologique du parcours de visite ni proposé une analyse critique approfondie de la notion d’identités multiples et des questions liées au genre, bien que cela soit la thématique la plus représentée en nombre d’artistes. Le but n’était pas de déconstruire une par une les différentes pièces de la mosaïque constituée par cette vaste exposition pour la remonter ici. L’idée était plutôt de poursuivre les réflexions critiques que celle-ci a suscitées… © Fatimazohra Serri, Half Seen, Half Imagined, 2023, de la série Shades of Black. » Mon but n’est pas de donner des réponses, mais d’inviter à la réflexion. » – Fatimazohra Serri Transformer les représentations – inventer de nouveaux récits Il me semble que plusieurs préoccupations des artistes de Gen Z pouvent être communes à différentes générations et traversent l’histoire de l’art au moins depuis les années 1960. Nous partageons de nombreux questionnements face à un monde changeant dans une époque troublée marquée par la violence et à travers l’expérience de notre être intérieur et de notre corps en constante transformation. L’exposition crée ainsi un espace d’interactions, d’échanges entre les générations – les artistes, les curatrices et les personnes qui la visitent. L’idée d’ouvrir un espace inexploré, proposée par Salomé Saqué, est particulièrement pertinente pour l’ensemble de l’exposition : » Il y a des photographies que je ne comprends pas, d’autres qui me bouleversent sans que je sache vraiment pourquoi. Je crois que c’est le propre de l’art de ne pas avoir vocation à être décodé, mais d’ouvrir plutôt une faille, un espace inexploré chez le·la spectateur·ice. » ²⁷ Mon expérience de Gen Z m’a rappelé l’importante notion mise en avant par Umberto Eco : les projets présentés sont des œuvres ouvertes à de multiples interprétations.²⁸ © Chloé Azzopardi, Sans titre, de la série Non Technological Devices, 2023-en cours Comme nous pouvons tous le remarquer dans notre vie quotidienne, la photographie fait partie d’un système médiatique lié à la consommation de masse et le médium est encore souvent associé au pouvoir (la photographie comme outil de surveillance, de contrôle, de répression…). Cependant, les artistes vont au-delà de ces usages courants pour inventer de nouvelles représentations, comme le résume parfaitement Nathalie Herschdorfer : « La photographie devient alors un outil de création de soi, un espace d’expérimentation et de liberté. […] Célébrant la fluidité, l’hybridité et la multiplicité, ces images nous invitent à déplacer notre regard. Elles nous incitent à embrasser d’autres perspectives, à imaginer un avenir ouvert et désirable. Elles contribuent à transformer les représentations de notre monde. La photographie devient ici un espace de résistance, de métamorphose et de dialogue. « ²⁹ Je vous invite cordialement à (re)découvrir l’exposition Gen Z. Un nouveau regard par vous-même et me permets de conclure avec une dernière citation sous forme de question plus générale : « Et si les différentes classes d’âges se montraient encore capables de se nourrir de leurs différences pour travailler, débattre, rire et, surtout, imaginer un futur ensemble ?« ³⁰ Nassim Daghighian, historienne de la photographie et critique d’art, rédactrice de Photo-Theoria et enseignante à l’École de photographie de Vevey (cepv). www.phototheoria.ch © Chloé Azzopardi, de la série Non Technological Devices, 2023-en cours. » Je travaille sur des problématiques liées à l’avenir et à la manière dont nous nous y projetons, à la fois en tant que société et en tant qu’individus. Mes projets parlent souvent d’imagination, de désir, d’écologie et de nouvelles technologies. La sensorialité et la tendresse jouent un rôle important dans ma pratique. » INFORMATIONS PRATIQUES Photo ElyséePl. de la Gare 17, 1003 Lausanne ven19sep2026dim01fevGen ZUn nouveau regardPhoto Elysée, Pl. de la Gare 17, 1003 Lausanne Détail de l'événementPhoto : Ziyu Wang, « Lads », de la série « Go Get’Em Boy », Londres, 2022 © Ziyu Wang Vingt ans après avoir ouvert ses portes aux photographes émergent·e·s avec l’exposition fondatrice reGeneration : Détail de l'événement Photo : Ziyu Wang, « Lads », de la série « Go Get’Em Boy », Londres, 2022 © Ziyu Wang Vingt ans après avoir ouvert ses portes aux photographes émergent·e·s avec l’exposition fondatrice reGeneration : 50 photographes de demain, Photo Elysée poursuit son engagement en faveur de la jeune création. En 2025, le musée dévoile un nouveau chapitre de cette aventure avec Gen Z. Un nouveau regard, une exposition qui réunit les travaux de plus de 60 photographes du monde entier, principalement issu·e·s de la génération Z – né·e entre le milieu des années 1990 et 2010. A travers une diversité de langages visuels, ces jeunes artistes explorent des thématiques profondément ancrées dans leur époque : la transformation du foyer et des liens familiaux, les représentations du corps et du genre, les identités multiples et mouvantes. Leurs œuvres témoignent d’un besoin urgent de représentation, d’un désir de raconter leur propre histoire dans un monde en constante mutation. L’exposition met en lumière des récits personnels puissants, mais aussi une énergie collective vibrante. Elle révèle un entrelacs d’expériences, de cultures et de contextes, où l’intime devient politique. Gen Z. Un nouveau regard propose ainsi une plongée sensible dans les préoccupations d’une génération qui interroge le monde autant qu’elle se cherche une place en son sein. Delali Ayivi (TG/DE, 1996) Chloé Azzopardi (FR, 1994) Hidhir Badaruddin (SG, 1995) Daveed Baptiste (US, 1997) Clara Belleville (FR, 1996) Sara Benabdallah (MA, 1995) Jeremy Chih-Hao Chuang (TW, 1997) River Claure (BO, 1997) Thaddé Comar (FR/CH, 1993) Matthieu Croizier (FR/CH, 1994) Sara De Brito Faustino (PT/NL, 1999) Alina Frieske (DE, 1994) Claudia Fuggetti (IT, 1993) Florian Gatzweiler (DE, 1998) Sascha Levin (DE, 2000) Devashish Gaur (IN, 1996) Valerie Geissbühler Pacheco (CH/PE, 1999) Toma Gerzha (RU, 2003) Mahalia Taje Giotto (CH/IT, 1992) Salomé Gomis-Trezise (FR/GB, 1999) Lea Greub (DE, 1998) Pia-Paulina Guilmoth (US, 1993) Marvel Harris (NL, 1995) Thembinkosi Hlatshwayo (ZA, 1993) Lorane Hochstätter (CH, 2001) Ben Hubert (GB, 2002) Francesca Hummler (US/DE, 1997) Matej Jurčević (HR, 1995) Lisa Karnadi (ID, 1997) Nur Aishah Kenton (SG/GB, 1998) Mayssa Khoury (LB/US, 1997) Ahmed Khirelsid (SD, 2001) Maria Kniaginin-Ciszewska (PL, 1998) Jude Lartey (GH, 2000) Phương Nguyên Lê (VN, 2002) Quil Lemons (US, 1997) Yun Ping Li (ES, 1998) Margaret Liang (CN, 1998) Vuyo Mabheka (ZA, 1999) Isabella Madrid (CO, 1999) Luna Mahoux (BE, 1996) Gabriela Marciniak (PL, 1996) Dimakatso Mathopa (ZA, 1995) Sara Messinger (US/DE, 1998) Steven Molina Contreras (US, 1999) Cheryl Mukherji (IN, 1995) Daniel Obasi (NG, 1993) Alice Pallot (FR, 1995) Laurence Philomène (CA, 1993) Soyeohang Rai (IN, 2001) Carla Rossi (IT, 1999) Emma Sarpaniemi (FI, 1993) Rachel Seidu (NG, 1997) Fatimazohra Serri (MA, 1995) Suwa Shin (KR, 2000) Charlie Tallott (GB, 2000) D. M. Terblanche (ZA, 1998) Agate Tūna (LV, 1996) Varvara Uhlik (UA, 1997) Farren van Wyk (NL/ZA, 1993) Tianyu Wang (CN, 1997) Ziyu Wang (CN, 1998) Noah Noyan Wenzinger (CH, 1999) Sophia Wilson (US, 2000) Zhidong Zhang (CN, 1996) Andong Zheng (CN, 1992) Catalogue Un livre publié aux Éditions Textuel (Paris) accompagne l’exposition. Dates19 Septembre 2025 10 h 00 min - 1 Février 2026 18 h 00 min(GMT-11:00) LieuPhoto ElyséePl. de la Gare 17, 1003 LausanneOther Events Photo ElyséePl. de la Gare 17, 1003 LausanneOuvert les Lundi, mercredi, vendredi, samedi et dimanche de 10h-18h, nocturne le Jeudi jusqu'à 20h. Fermé le Mardi. Photo Elysée Get Directions CalendrierGoogleCal Related Events 60 espèces d'espaces photographiques 18 Juin 2022 10 h 00 min - 29 Janvier 2023 18 h 00 min Train Zug Treno Tren 18 Juin 2022 10 h 00 min - 25 Septembre 2022 18 h 00 min Artistes exposés dans Gen Z. Un nouveau regard Delali Ayivi (1996, TG/DE) ; Chloé Azzopardi (1994, FR) ; Hidhir Badaruddin (1995, SG) ; Daveed Baptiste (1997, US) ; Clara Belleville (1996, FR) ; Sara Benabdallah (1995, MA) ; Jeremy Chih-Hao Chuang (1997, TW) ; River Claure (1997, BO) ; Thaddé Comar (1993, FR/CH) ; Matthieu Croizier (1994, FR/CH) ; Sara De Brito Faustino (1999, PT/NL) ; Alina Frieske (1994, DE) ; Claudia Fuggetti (1993, IT) ; Florian Gatzweiler (1998, DE) ; Sascha Levin (2000, DE) ; Devashish Gaur (1996, IN) ; Valerie Geissbühler Pacheco (1999, CH/PE) ; Toma Gerzha (2003, RU) ; Mahalia Taje Giotto (1992, CH/IT) ; Salomé Gomis-Trezise (1999, FR/GB) ; Lea Greub (1998, DE) ; Pia-Paulina Guilmoth (1993, US) ; Marvel Harris (1995, NL) ; Thembinkosi Hlatshwayo (1993, ZA) ; Lorane Hochstätter (2001, CH) ; Ben Hubert (2002, GB) ; Francesca Hummler (1997, US/DE) ; Matej Jurčević (1995, HR) ; Lisa Karnadi (1997, ID) ; Nur Aishah Kenton (1998, SG/GB) ; Ahmed Khirelsid (2001, SD) ; Mayssa Khoury (1997, LB/US) ; Maria Kniaginin-Ciszewska (1998, PL) ; Jude Lartey (2000, GH) ; Phu’o’ng Nguyên Lê (2002, VN) ; Quil Lemons (1997, US) ; Yun Ping Li (1998, ES) ; Margaret Liang (1998, CN) ; Vuyo Mabheka (1999, ZA) ; Isabella Madrid (1999, CO) ; Luna Mahoux (1996, BE) ; Gabriela Marciniak (1996, PL) ; Dimakatso Mathopa (1995, ZA) ; Sara Messinger (1998, US/DE) ; Steven Molina Contreras (1999, US) ; Cheryl Mukherji (1995, IN) ; Noyan (1999, CH/TR) ; Daniel Obasi (1993, NG) ; Alice Pallot (1995, FR) ; Laurence Philomène (1993, CA) ; Soyeohang Rai (2001, IN) ; Carla Rossi (1999, IT) ; Emma Sarpaniemi (1993, FI) ; Rachel Seidu (1997, NG) ; Fatimazohra Serri (1995, MA) ; Suwa Shin (2000, KR) ; Charlie Tallott (2000, GB) ; D. M. Terblanche (1998, ZA) ; Agate Tūna (1996, LV) ; Varvara Uhlik (1997, UA) ; Farren van Wyk (1993, NL/ZA) ; Tianyu Wang (1997, CN) ; Ziyu Wang (1998, CN) ; Sophia Wilson (2000, US) ; Zhidong Zhang (1996, CN) ; Andong Zheng (1992, CN).³¹ ¹ Exposition du 19.09.2025 au 01.02.2026 ; catalogue Gen Z. Un nouveau regard, Photo Elysée, Lausanne / Textuel, Paris, 2025, avec les textes des 66 artistes, de Salomé Saqué et de Nathalie Herschdorfer. Bien qu’elle rende la lecture un peu moins agréable, j’utilise l’écriture inclusive afin de refléter la fluidité de genre revendiquée par plusieurs d’entre iels. Pour l’ensemble de cet essai, je me base principalement sur la conférence de presse donnée par les trois curatrices, les textes des artistes et l’essai de Nathalie Herschdorfer, « Les corps mouvants de la Gen Z. Regards croisés, récits pluriels », in Gen Z. Un nouveau regard, op. cit., p.248-251. ² Francesca Hummler, in Gen Z – Textes de salle, Photo Elysée, Lausanne, 2025 ; en ligne : https://elysee.ch/wp-content/uploads/2025/09/PE_Textes-de-salle_FR_GEN-Z.pdf Sauf mention contraire, toutes les citations des artistes de l’exposition proposées dans cet essai sont tirées de cette source, qui diffère légèrement du catalogue de l’exposition, notamment dans les choix typographiques de l’écriture inclusive. ³ Pour approfondir cette thématique : La photo, une histoire de collaboration(s), sous la direction de Ariella Aïsha Azoulay, Wendy Ewald, Susan Meiselas, Leigh Raiford et Laura Wexler, Delpire & co, Paris, 2023. Cet ouvrage a pour point de départ un ensemble de projets initiés il y a plus de dix ans par Ariella Aïsha Azoulay, Wendy Ewald et Susan Meiselas. ⁴ Pour une définition de « contre-histoire », voir : https://www.lalanguefrancaise.com/dictionnaire/definition/contre-histoire ⁵ Dans de nombreuses langues d’Asie de l’est, il est d’usage de placer les noms de famille avant les prénoms. Selon les conventions occidentales, son nom s’écrit Phu’o’ng Nguyên Lê. ⁶ Giao Điểm explores the tensions between war, masculinity, and intimacy – between my father, my partner, and the secrets I inherited. » – Lê Nguyên Phương, Foto Bali Festival, 11.7.2025 : https://www.instagram.com/p/DL97dGpySX5/ L’artiste précise dans une interview que son père considérait autrefois la photographie comme un « hobby macho ». Voir Ian Tee, « Fresh Face: Lê Nguyên Phương », Art & Market, 28.10.2025 ; en ligne : https://www.artandmarket.net/fresh-face/2025/10/28/le-nguyen-phuong ⁷ Nathalie Herschdorfer, « Les corps mouvants de la Gen Z. Regards croisés, récits pluriels », in Gen Z. Un nouveau regard, op. cit., p.249-251. ⁸ Dans Bilan, 18.09.2025, Etienne Dumont parle de l’exposition comme « un interminable voyage autour du nombril » ; en ligne : https://www.bilan.ch/story/photo-elysee-invite-66-photographes-internationaux-de-la-generation-z-193904389937 ⁹ reGeneration. 50 photographes pour demain, Musée de l’Elysée, Lausanne, 23.06. – 23.10. 2005 et Aperture Foundation, New York, 06.04. – 22.06.2006 ; exposition accompagnée d’un catalogue paru en français et en anglais chez Thames & Hudson, Paris / New York, 2005 ; commissaires : William A. Ewing, Jean-Christophe Blaser et Nathalie Herschdorfer. ¹⁰ À titre d’exemple, le projet de Daniel Obasi, Beautiful Resistance, est une commande artistique pour l’ouvrage Fashion Eye Lagos, Louis Vuitton, Paris, 2022. ¹¹ Selon Julie Dayer, cinq artistes sur soixante-six bénéficient d’une représentation par une galerie au moment de la sélection. Source : Melissa Kilickaya, « L’art sous l’œil de la Gen Z : enfin une nouvelle image du monde », Luxury Tribune, 9 octobre 2025 ; en ligne : https://www.luxurytribune.com/lart-sous-loeil-de-la-gen-z-enfin-une-nouvelle-image-du-monde ¹² Pour situer l’auteure de cet essai, précisons que je suis née en Suisse en 1969 et que j’ai un profil similaire d’historienne de l’art, universitaire, avec une double origine culturelle, helvétique et iranienne. ¹³ La liste des personnalités figure dans les remerciements figurant à la fin du catalogue Gen Z. Un nouveau regard, Photo Elysée, Lausanne / Textuel, Paris, 2025, p.255. ¹⁴ La liste des artistes exposé·e·x·s, avec leur date de naissance et leurs nationalités, se trouve à la fin de cet essai. Lors de la conférence de presse, les curatrices ont souligné l’importance des questions d’appartenance en précisant qu’un nombre élevé d’artistes ont vécu dans plusieurs pays ; le multiculturalisme fait partie de leur expérience quotidienne. ¹⁵ Après avoir vu des centaines de portfolios, Nathalie Herschdorfer est catégorique : l’identité est un » sujet central pour ces jeunes adultes baignant dans un flux ininterrompu d’images, et qui ont traversé la pandémie avec un écran comme principal lien au monde « , in Gen Z. Un nouveau regard, op. cit., p.249. ¹⁶ « Très utilisé au quotidien, ce concept dissimule des réalités complexes et mouvantes : aucune génération n’est jamais gravée dans le marbre. » Jean-Marie Pottier, in « Générations : guerre impossible, paix improbable ? », dossier coordonné par Jean-Marie Pottier, Sciences Humaines, n°372, octobre 2024, p.50. La lecture de ce dossier est utile pour une bonne introduction générale aux questions sociétales autour du thème des générations. ¹⁷ En effet, « […] les travaux des sociologues montrent qu’il n’est pas facile de faire la part des choses entre les effets de l’âge, les effets de période, c’est-à-dire l’évolution générale des mentalités, et la génération. » Nicolas Journet, « Les valeurs des jeunes à la loupe », p.52-56, in Sciences Humaines, n°372, op. cit., citation p.52 ¹⁸ « « Sur les réseaux sociaux, il y a une inégalité énorme en ce qui concerne le nombre d’abonnés. Pour certains, les réseaux sont vraiment une pratique artistique et une ouverture vers le monde professionnel. » C’est le cas de la Russe Toma Gerzha, qui cumule 440 000 abonnés, ou encore de la Togolaise Delali Ayivi, qui a photographié l’acteur Damson Idris pour Dazed et a signé plusieurs couvertures de Vogue », Melissa Kilickaya, Luxury Tribune, op. cit. ¹⁹ « La Gen Z utilise l’IA au quotidien, mais elle ne s’immisce pas dans la démarche artistique », in Melissa Kilickaya, op. cit. ²⁰ Similaire à une page d’Instagram, cette mosaïque d’images « les transforme en bouillie colorée » selon Etienne Dumont, Bilan, 18.09.2025, op. cit. ²¹ Sur les relations complexes et nuancées entre travail et génération Z, voir Sciences Humaines, n°372, op. cit., p.54-55 et p.58-59. ²² L’espace épuré de la salle d’exposition est comparé à un cube blanc par Brian O’Doherty qui explique : « L’apparente neutralité du mur blanc est une illusion. […] Le déploiement du cube blanc dans sa pureté originelle et intemporelle est l’un des triomphes du modernisme : un déploiement tout à la fois commercial, esthétique et technologique. », Brian O’Doherty, White Cube. L’espace de la galerie et son idéologie, JRP|Ringier, Zurich, 2012, p.109. ²³ Je me base ici sur la présentation des thématiques dans : Gen Z – Textes de salle, Photo Elysée, Lausanne, 2025 ; en ligne : https://elysee.ch/wp-content/uploads/2025/09/PE_Textes-de-salle_FR_GEN-Z.pdf ²⁴ Même s’il est agréable de pouvoir directement lire des explications sur un projet dont on ne peut voir que quelques images exposées, le texte est dense, sur fond coloré et souvent placé au ras du mur. Ainsi, le graphisme des textes s’avère peu inclusif pour les personnes qui sont moins à l’aise dans la lecture, par exemple en raison d’une dyslexie. ²⁵ Selon Tom Foley, directeur créatif exécutif de Monotype ; » pour les jeunes générations comme la génération Z – qui n’ont jamais connu un monde sans réseaux sociaux – le choix typographique va bien au-delà d’une simple décision de design. Les polices sont de véritables marqueurs identitaires qui façonnent la manière dont les gens se connectent, communiquent et créent en ligne. » Communiqué de presse, Monotype, 6.10.2025 ; en ligne : https://www.monotype.com/fr/company/press-release/life-cycle-gen-attitudes-survey ²⁶ Je me base ici sur la conférence de presse donnée par les trois curatrices. ²⁷ Salomé Saqué, » Trouver sa place « , in Gen Z. Un nouveau regard, op. cit., p.6 ²⁸ Umberto Eco, Opera aperta. Forma e indeterminazione nelle poetiche contemporanee, Bompinai, Milan, 1962 / L’œuvre ouverte, Seuil, Paris, 1965. ²⁹ Nathalie Herschdorfer, » Les corps mouvants de la Gen Z. Regards croisés, récits pluriels « , in Gen Z. Un nouveau regard, op. cit., p.250-251 ³⁰ Jean-Marie Pottier, Sciences Humaines, n°372, octobre 2024, op. cit., p.39. ³¹ Source en décembre 2025 : https://elysee.ch/expositions/gen-z/ Marque-page0
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