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Partager Partager Pour sa deuxième carte blanche éditoriale, notre invitée de la semaine, la poète, écrivaine et historienne de la photographie Carole Naggar, basée à New York a choisi de partager avec nous l’exposition « Seydou Keïta : un objectif tactile », actuellement présentée au Brooklyn Museum et prolongée jusqu’au 17 mai 2026. Sous le commissariat de Catherine McKinley, cette rétrospective réunit près de 275 œuvres du célèbre portraitiste malien. Projeté sur grand écran à l’entrée de la remarquable exposition Seydou Keïta : un objectif tactile [Seydou Keita : A Tactile Lens], nous sommes accueillis par un autoportrait du photographe, qui a passé sa vie entière à Bamako au Mali : ce jeune homme, vêtu d’une veste européenne de lin blanc, a un stylo dans sa poche gauche ; on ne sait si le tissu est taché d’encre ou si le temps y a laissé sa trace comme dans les coins écornés et fissurés de l’image. Seydou Keïta. Sans titre (autoportrait)Tirage argentiqueCollection Jean Pigozzi d’art africain Keïta tient une fleur à la main. Ses grosses lunettes cerclées de noir, son expression sérieuse, réservée, lui donnent l’apparence d’un étudiant un peu mélancolique. Pourtant les 280 portraits actuellement exposés au Brooklyn Museum, pris pour la plupart de 1948 aux années 60, démontrent toute la force d’intention, d’intuition et de grâce dont était capable le photographe malien devenu bientôt célèbre dans toute l’Afrique de l’Ouest. L’exposition inclut des portraits connus, mais aussi des images rares et des négatifs vus pour la première fois. Largement autodidacte, Keïta a d’abord exercé divers métiers, dont mécanicien et ébéniste. C’est grâce au cadeau que lui fait un oncle, un appareil photo Kodak, que sa vocation se révèle. Il est brièvement l’apprenti du photographe Mountaga Dembélé. Quand il décide d’ouvrir son atelier en 1948, son père lui donne un lopin de terre de terre pour s’établir. Keïta rencontre le succès assez vite, et sera sa vie durant le soutien financier de sa très grande famille. Si Keïta était modeste, il avait pourtant conscience de la qualité unique de son travail : « prendre une photo, c’est facile, mais ce qui a vraiment fait la différence c’est que je savais toujours comment trouver pour mes sujets la meilleure attitude, et je n’avais jamais tort. (…) la tête un peu tournée de côté, la position des mains…Je savais souligner leur beauté…c’est pourquoi je dis que la photographie est un art véritable. » Durant une période historique turbulente où le Mali se libère du pouvoir colonial français, toute une population allant des officiels aux commerçants, intellectuels, artistes, et membres de la bourgeoisie naissante, et tous les âges, des enfants aux vieillards, défile dans son studio de Bamako. En vrai professionnel, Keïta développe et tire les photos le jour même pour les remettre à ses clients. Une scénographie subtile met en regard des tirages modernes, datant souvent des années 90, et de petits tirages originaux aux teintes sépia, comme ce triple portrait de famille d’une femme et de ses deux filles dans des robes imprimées dont les épaulettes dressées semblent des ailes. Par nécessité la photo a été prise en plein air : les trois femmes sont adossées à une Peugeot, qui ne leur appartient sûrement pas, mais dont l’image a pour but de rehausser leur condition sociale sans doute modeste. En revanche, sur une photo plus tardive, il est clair que la Vespa est bien celle des deux passagères, des jeunes femmes sophistiquées et sûres d’elles qui ont choisi de porter des robes imprimées à la mode européenne. Les vêtements reflètent l’esprit du temps : dans les années 50, les femmes s’enveloppent de tissus traditionnels africains comme le bògòlanfini, un coton teint à la boue, l’étoffe indigo, plus rare et luxueuse, ou des robes ornées de broderies savantes. L’une d’entre elles, dans une pose rappelant la Maya Desnuda de Goya, est accoudée sur une pile imposante d’étoffes pliées qui annoncent au spectateur sa richesse. A partir de la fin des années 60, Keïta met à la disposition de ses modèles un choix de vêtements et d’accessoires européens – montres, stylos, radios, chapeaux, trottinettes…Paradoxalement alors que le Mali s’est libéré de la tutelle coloniale de la France, les femmes se mettent à porter des tenues occidentales. Comme le démontrent ces images et bien d’autres, une composante essentielle de l’œuvre de Keïta et de la société malienne est la famille : celle-ci va bien au-delà de la famille dite nucléaire et se constitue verticalement d’une génération à l’autre et horizontalement aussi, pour inclure fratries, cousinages, et finalement l’ensemble de la communauté. Seydou Keïta. Sans titre (homme et bébé)1949-1951Tirage argentiqueCollection Jean Pigozzi d’art africain Le respect dû au chef de famille et son rôle protecteur rayonnent dans cette image extraordinaire d’un pater familias et de sa fille. Son visage et ses mains surgissent d’une longue robe ample d’un blanc éclatant ornée de fines rayures grises. La composition impeccable entraîne le regard depuis la tête de l’homme jusqu’à ses jambes écartées. L’ensemble forme un triangle parfait, dont l’espace entre les jambes se fait l’écho. Bien qu’un fond de tissu soit suspendu derrière le personnage, ses pieds sont fermement plantés sur la terre battue de la rue. Au creux de son bras gauche il tient un bébé minuscule ; si leur taille contraste énormément, leurs sourires parallèles rayonnent d’une même joie, qui nous fait sourire avec eux. Seydou Keïta. Sans titre (garçon et bicyclette)1949-1951Tirage argentiqueCollection Jean Pigozzi d’art africain Photographié avec un humour délicat, un petit garçon coiffé d’un béret noir trop grand est vêtu d’un short qui remonte jusqu’au aisselles. Keïta a capté le sérieux et la fierté du gosse qui tient fermement le guidon de sa bicyclette, sa possession la plus précieuse. Seydou Keïta. Sans titre (Odalisque) 1959 Tirage argentique Collection Jean Pigozzi d’art africain Une femme pensive appuie sa joue contre sa main. Quatre tissus imprimés différents se combinent dans l’image sans jurer : le turban à pois, les fleurs minuscules de la robe, l’étoffe à damiers tendue sur le divan, et le décor en arabesques. Divan et tissu du fond basculent vers nous, et la forme de la femme se découpe et paraît flotter dans l’espace. On a souvent comparé l’œuvre de Keïta à celle d’August Sander, mais il me semble qu’elles diffèrent profondément tant par leur esprit que par leur forme : Sander se tient dans la distance d’un observateur ou même d’un anthropologue ; ses photos déroulent systématiquement une typologie des classes sociales de l’Allemagne de son époque. Il a choisi ses modèles. Raidis dans leur pose, souvent mal à l’aise, ils ne sourient pas. Ils sont objets plutôt que sujets de son regard. Keïta, au contraire, est Malien comme ses sujets. Il ne choisit pas sa clientèle : ce sont eux qui le choisissent, attirés par sa réputation grandissante. Souvent débarqués de villages éloignés de la capitale. Leur portrait peut avoir un but utilitaire (photos d’identité par exemple) ; avoir une place d’honneur au mur de leur maison ; ou encore être échangée ou offerte, un cadeau précieux : se faire photographier, c’est une occasion rare, un peu cérémonielle, qui ne se répétera sans doute pas. La dernière salle de l’exposition retient par sa scénographie spectaculaire. Elle rassemble des objets et documents prêtés par la famille de Seïta ou des collectionneurs, ses appareils photo, des robes et des bijoux traditionnels. Suspendues aux murs ou au plafond, de somptueuses étoffes se font l’écho des photographies que nous venons juste de regarder. Les photographies de Keïta possèdent cette rare qualité de parler au cœur comme à l’esprit. Sincères, émouvantes, elles reflètent ses valeurs d’humanisme et d’empathie. Bien que solidement ancrées dans un lieu et une époque, elles déploient une présence forte, digne, libres, intemporelle. L’exposition Seydou Keïta : A Tactile Lens se tient au Brooklyn Museum jusqu’au 17 mai 2026 INFORMATIONS PRATIQUE Seydou Keïta : A Tactile Lens Jusqu’au 17 mai 2026 Brooklyn Museum 200 Eastern Pkwy, Brooklyn, NY 11238, États-Unis https://www.brooklynmuseum.org/fr-FR/exhibitions/seydou-keita À LIRE Carte Blanche à Pauline Vermare : Brooklyn Marque-page0
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