Temps de lecture : 1 minute et 40 secondes

« L’architecture, c’est, avec des matières brutes, établir des rapports émouvants » (Le Corbusier)

Guillaume Zuili est passé de l’autre côté du miroir aux alouettes. Français résident aux Etats Unis, il a obtenu la nationalité américaine et arpente les rues de Los Angeles en étranger familier, découpant une des villes le plus filmées du monde en particules élémentaires extraites à coups de sténopé et tirées au lith, obtenant ainsi une sensualité brutale, chaude et grainée.

Une réduction alchimique et un retour à la matière d’une réappropriation par désintégration. Les femmes sont des silhouettes, des illustrations, sauf une seule, funambule sur un passage piéton. Les silhouette d’hommes prennent le soleil et parcourent le macadam de rues au vide camusien, écrasées d’une lumière impitoyable. Les voitures sont désaccessoirisées. Tels des fauves, elles règnent sur un territoire fait pour elles. Les corps humains sont morcelés, ici la réduction d’une tête, ici l’abstraction du reste du corps, ici une paire de jambes qui courent. Les murs, les grillages: Los Angeles sait accueillir le vide, et Guillaume Zuili s’est fondu dans cette intimité avec la matière. Les dernières pages du livre proposent des images d’architecture brutaliste, l’indice peut-être d’une lecture à rebours. Le brutalisme est le style d’architecture chouchou de notre époque numérique. Alice Rawsthorn, critique d’architecture, explique ce succès par ce qu’elle appelle la pixellisation du brutalisme: répétition des éléments, absence d’ornements pour des surfaces pures, valorisation du matériau. Pas de chichis. Des matériaux très bon marché. Et de l’éthique. Une réduction à la matière. Et pas n’importe quelle matière: une matière née des amours de l’esthétique et de l’éthique, un moment particulier de l’histoire où « un matériau innovant a été utilisé de manière innovante par des intellectuels innovants dans l’objectif manifeste de résoudre les problèmes des gens ordinaires ». L’esprit dans la matière, littéralement, qui appelle là aussi à la métamorphose. Guillaume Zuili est passé de l’autre côté du miroir aux alouettes. Tel le lapin blanc, il nous entraîne à sa suite, dans les méandres symboliques de ce Los Angeles tellement fictionné qu’il n’en existe que plus, ou que plus, avec le s qui se prononce ou pas c’est au choix, pour une destruction créatrice, une oeuvre au noir: une renaissance.

LIVRE
Smoke and Mirrors
Guillaume Zuili
Préface de Christian Caujolle
Editions Clémentine de la Ferronnière
ISBN – 979-1096575053
48€
http://guillaumezuili.com

EXPOSITIONS A VENIR
• Smoke and Mirrors
Guillaume Zuili
Dans le cadre du festival l’Œil urbain de Corbeil-Essonnes
Du 6 avril au 20 mai 2018
http://loeilurbain.fr
• L.A Chromos

Guillaume Zuili
Du 13 avril au 28 avril 2018
Le Plac’art Photo
12 Rue de l’Éperon
75006 Paris

A LIRE :
Guillaume Zuili, lauréat du Prix Camera Clara exposé chez Clémentine de la Ferronière

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