Temps de lecture : 1 minute et 55 secondes

Pour sa quatrième et dernière carte blanche, notre invité de la semaine, Wilfrid Estève pousse un coup de gueule sur les violences dont sont victimes les photographes lors de la couverture des manifestations des Gilets Jaunes.

Samedi 16 février, acte XIV pour les gilets jaunes. Il est 16h30 environ, la manifestation touche à sa fin dans le calme. Rincée par une longue marche je suis assise au niveau du pont Alexandre III. Le calme est rompu par un jet de grenades lacrymogènes. A peine le temps de me relever, d’enfiler lunettes et casque, et de me tourner en direction des heurts, je suis stoppée par une douleur vive à l’épaule gauche, touchée par un tir de LBD.
J’ai de la chance, c’est l’épaule qui a pris, et à part une belle trace d’impact, rien de cassé, je vais bien.
Aujourd’hui, je fais le bilan :
12 actes couverts…
1 objectif cassé par un projectile lors d’un acte précédent…
1 épaule amochée…
Je crois que j’aimerais passer à autre chose maintenant…
En attendant, voilà un extrait de cet acte XIV
© Marie Magnin / Hans Lucas

Depuis le 17 novembre, chaque samedi voit son lot de photographes blessé.e.s arriver en fin de journée. Depuis le début du mouvement des Gilets Jaunes, plus de trente membres d’Hans Lucas ont été pris pour cible physiquement ou victimes de violences verbales. Ceci est sans compter les confrères indépendants ou appartenant à d’autres structures de diffusion.

Les coups de matraque, confiscation du matériel ont vite cédé la place à des violences plus lourdes en conséquence : l’utilisation de grenades et des tirs de lanceur de balles de défense (LBD) au niveau du visage par les forces de l’ordre.

Jusqu’à présent même si Thomas Morel-Fort, casque siglé presse et carte professionnelle visible, s’est vue diagnostiquer à l’hôpital deux doigts fracturés suite à un tir de flashball à Paris, le pire a été évité.

Les violences sont également verbales, à Nantes Jérémie Lusseau, a été directement menacé par des policiers alors qu’il photographiait une violente arrestation : “le prochain, c’est toi, je vais démolir ta gueule et ton appareil”.

Samedi 9 février à Toulouse, Valentin Belleville, Ulrich Lebeuf et Eric Lerbret ont été pris pour cible alors qu’ils se tenaient tranquillement à l’écart des manifestants et des forces de l’ordre. Tous les trois étaient clairement identifiés comme membre de la presse avec des casques, des brassards et des boîtiers photo. “Soudain, j’ai senti une grosse détonation sur moi et une douleur vive à la fesse et à la cuisse. »

Valentin Belleville a eu beaucoup de chance, car si par réflexe il avait tenté d’éloigner l’explosif, il n’aurait plus eu de doigts à sa main.

Les violences de la part de policiers – auxquelles j’ajoute parfois celles des manifestants – à l’encontre des journalistes se multiplient malgré le fait que les photographes font preuve de grand professionnalisme et déposent des plaintes.

La nature des manifestations et le défi du maintien de l’ordre ne sauraient en aucun cas justifier des atteintes ciblées contre les journalistes et photographes en reportage.

Doit-on attendre des mutilations, des membres arrachés ou que des organes perdent leur fonction principale pour que ces actes de violence s’arrêtent et que les journalistes et photographes ne soient plus pris.es pour cible ?

http://hanslucas.com

X
X