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Ils sont polonais, italiens, anglais, danois, tchèques, allemands, russes, grecs, suédois ..et incarnent cette génération post chute du mur de Berlin pour qui la notion d’ancrage et de déplacement est au coeur de leur enjeux identitaires. La Fondation Cartier pour l’art contemporain dresse un panorama de cette scène européenne dynamique, nomade et foisonnante. Dès la façade de l’immeuble de Jean Nouvel on sent des perturbations et mutations en cours !

Les 2 sculptures hybrides de Piotr Lakomy (Pologne), agrippées sur les parois transparentes, donnent le signal de ce qui va suivre. Etrange cabane également dans le jardin de la Fondation, cette maison du village natal de la géorgienne Nika Kutateladze qu’elle a démonté pour la faire voyager dans toute l’Europe jusqu’au boulevard Raspail. Comme une greffe les 2 côtés répondent à l’architecture de verre et d’acier de Jean Nouvel. Un collage autant poétique qu’archéologique.

Au rez-de-chaussée sur le plateau principal, il est question de constructions culturelles compliquées avec le film « Mother’s Tongue » de Lap-See Lam autour de la diaspora chinoise en Suède, d’exil et de survie avec la barque de Kris Lemsalu (Estonie) et les êtres diformes en céramique qui sont le fruit du recyclage, recyclage également chez le duo Formafantasma qui dessinent des meubles issus de déchets technologiques, interrogation sur la préciosité baroque et le bon goût avec les réappropriations virtuoses de Kostas Lambridis (Grèce) ou l’impact des tendances qui régissent le milieu de la mode avec « Tenant of Culture » nom de la créatrice hollandaise Hendrickje Shimmel emprunté à Michel de Certeau (L’Invention du quotidien) qui à partir du patchwork donne une nouvelle vie à d’anciennes fripes.

Toujours au Rez-de-chaussée, l’autre salle propose un dialogue entre 3 artistes du grand format qui se saisissent de la peinture et ses dérivés pour emprunter aux traditions héraldiques avec le belge Kasper Bosmans, partir de la mode de la caricature dans l’Angleterre du XVIIIème siècle et mettre en scène des vanités sociales passées et présentes chez Charlie Billingham ou réaliser un vaste collage entre abstraction et figuration par Alexandros Vasmoulakis (Grèce).

Les sculptures du designer français Benjamin Graindorge s’appuient sur des techniques artisanales traditionnelles couplées à des technologies sophistiquées simulant l’émotion et l’empathie, nous guident vers l’étage inférieur.

Il est question d’identité et de genre avec le britannique George Rouy et ses corps dilués, de solitude et mélancolie contemporaine à l’ère des écrans vidéos avec Joanthan Vinel (France), de retour à des pratiques de broderie et de tissage chez Klara Hosnedlova (République Tchèque) qui propose un théâtre au féminin fait de vêtements brodés et de costumes de scène et de meubles en céramique, de la place des femmes dans la création artistique avec la fable drolatique de Gabriel Abrantes (Portugal) autour de l’œuvre de Giacometti Princesse X, ce phallus-portrait de Marie Bonaparte, de la récurrence de formes primitives dans les grandes civilisations avec Evgeny Antufiev, russe originaire de la République de Touva, au nord de la Sibérie et persistance de rituels tels que le Fasnet, carnaval d’origine médiévale célébré dans le Bade-Wurtemberg, comme tant d’autres en Europe. Sans oublier la Syrie aux portes de l’Europe avec Miryam Haddad qui à partir de vestiges archéologiques suggère une violence sourde et latente dans de grandes toiles tourbillonnantes.

Nuit de l’Incertitude pour prolonger ce parcours transdisciplinaire avec un marathon de la parole orchestré par Hans Ulrich Obrist, le 26 avril.

Chaque jeudi les Soirées nomades ouvrent le champ de possibles !

INFOS PRATIQUES :
Jeunes Artistes en Europe -les métamorphoses
jusqu’au 16 juin 2019
Ateliers Jeunes Publics vacances.
Tarifs : 9/5 €
https://www.fondationcartier.com

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