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Dans le cadre du Brussels Art Summit, le WIELS, BOZAR et la CENTRALE proposent un symposium inédit autour de la mondialité, ses déplacements, les nouvelles stratégies autour de l’identité européenne et la place de l’Afrique. « Multiple Transmissions, Art in the Afropolitan Age » au WIELS rassemble 8 artistes africains contemporains dont certains sont d’anciens résidents incarnant ces itinérances perpétuelles dues à l’histoire de ce continent entre esclavage, appétits coloniaux et diasporas.

Des entrelacs et un foisonnement entre l’ici et l’ailleurs, le familier et le lointain qui définissent ce concept d’afropolitanisme théorisé par le penseur Achille Mbembe. Ou quand le cosmopolitanisme devient ambivalent.
Sandrine Colard, directrice artistique de la 6ème Biennale de Lulumbashi (Congo) est la commissaire de cette exposition qui tisse un fil non linéaire basé sur la transmission et la transcendance.

Geoges Senga, photographe né en 1983 à Lulumbashi ouvre le parcours.
Petit fils d’un projectionniste de l’un des vieux cinémas de la ville, cette influence est palpable dans ses sujets de prédilection pour le cinéma d’époque coloniale à visée éducative dont il souligne l’obsolescence du temps de la puissante compagnie minière locale et la résurgence d’un cinéma mondialisé soutenu par un marché de rue de DVD piratés florissant. Ainsi les douaniers soudoyés au moment de l’ouverture du Congo encourageant ce business. La série des portraits de ces vendeurs sont révélateurs d’une économie parallèle qui mêle Bollywood, Nollywood (son versant nigérian), et les mangas japonais dans un flux planétaire et disruptif. Ancien résident WIELS.
Georges Senga bénéficie également d’une exposition à la Fondation A Stichting, toute proche, autour de ses séries emblématiques sur les enfants soldats en République démocratique du Congo et la mémoire de Patrice Lumumba, premier ministre du Congo sauvagement assassiné en 1961.

Simnikiwe Buhlungu (Johannesburg) dans ses vidéos explore le concept de Black Atlantic, influence des échanges culturels transatlantiques suite à l’esclavage sur le modernisme. Ainsi de « Vitamin See » où des enfants discutent de l’exploration des océans sur fond de morceaux de guitare de Sister Rosetta Tharpe, la marraine du rock et de « Rolling a joint » au titre évocateur à partir de scénarios de Spike Lee prêts qu’elle inhale. Ainsi musique et cinéma de la diaspora africaine américaine (Afrobeat) s’entrecroisent et forment des liens essentiels avec l’Afrique. Ancienne résidente WIELS.

Sinzo Aanza (né à Goma, RDC) souligne comment le Congo a été spolié de ses richesses naturelles par les puissances coloniales et le masque du pouvoir en place. A partir de symboles traditionnels d’autorité et de rites sociaux, il se livre à la pratique de la « mutakalisation », lynchage supposé des hommes politiques et diffusion sur le web de ces cérémonies à l’attention de la diaspora en exil. Son premier roman « Généalogie d’une banalité » le fait connaitre en France et il mêle littérature et performances improvisées dans les bus de Kinshasa pour tenter de rendre plus accessible les livres. Ancien résident au WIELS il y développe le « projet d’attentat contre l’image ».

Pélagie Gbaguidi (née à Dakar) à la suite d’une résidence en Italie à la fondation Civitella Ranieri a revisité la figure de la Vierge à partir du chef d’œuvre de Pierro Della Francesca, la Madonna del Parto comme symbole d’espoir dans l’iconographie chrétienne et figure d’abnégation. Les traces sur le trauma à partir de la lecture d’archives post coloniales et le réajustement de l’oubli sont parmi ses axes de recherche prioritaires. Elle a participé à la documenta 14.

Pamela Phatsimo Sunstrum (née à Mochudi, Botswana), mon coup de coeur, transpose la tradition du portrait africain dans des décors et paysages factices du XVIIIème siècle européen. Une utopie luxuriante qui interroge l’identité à l’heure de l’afro-futurisme.

Jean Katambayi (né à Lubumbashi) Inventeur, passionné de mécanique et de technologie, électricien et mathématicien, ses Afrolampes dénoncent les problèmes quotidiens rencontrés en Afrique autour du manque de lumière et d’électricité. Ayant assisté enfant au démantèlement du camp de la compagnie minière Gécamines où sa mère travaillait, ses constructions toujours fragiles et recyclées sont une projection poétique d’un futur saturé. Avec Trotation (entré dans la collection du MHKA Anvers) il imagine un circuit électrique pour rééquilibrer les forces en présence de l’hémisphère nord et l’hémisphère sud, tandis que Voyant qui clôt le parcours est une transposition des robots qui règlent la circulation dans les villes congolaises. L’artiste a reçu le prix Découverte de la Fondation Blachère a été exposé au Palais de Tokyo, et a participé à la 11ème Biennale de Dakar et à la 12ème Biennale de Havana. Ancien résident du WIELS.

Emeka Ogboh (né à Enugu, Nigéria) explore la signature sonore des villes africaines qu’il compile dans des installations immersives traduisant les vibrations des mégapoles cosmopolites. La frénésie de Lagos et son marché, la gare routière d’Ojuelegba combinées à des symboles religieux ou mystiques comme dans ce caisson lumineux en forme de vitrail. Ses œuvres ont été montrées à de nombreuses occasions (Biennale de Dakar, Biennale de Venise, Frac Orléans) et il a participé à la documenta 14.

Nelson Makengo (né au Rwanda) dénonce la précarité et la débrouillardise des habitants de Kinshasa en proie à une lutte constante face à l’obscurité et la criminalité rampante. Son film Makengo croise plusieurs destins kinois en résilience nocturne suite au phénomène de délestage pratiquée par les investisseurs voisins (15 millions de kinois doivent s’auto éclairer), tandis que son installation de stands de vendeurs de nuit et son puzzle lumineux dessine une cartographie indomptée dans une ambiance à la fois inquiétante et exaltante.
Ancien résident WIELS.

Egalement lors de votre visite : Mario Garcia Torres « Illusion brought me here ». Exposition dans l’exposition, son hommage au compositeur américain avant-gardiste Conlon Nancarrow ou les retrouvailles supposées à Halifax de Robert Barry avec un groupe d’étudiants ou la passion du cinéma par le dictateur nord coréen Kim Jong-il et la réactivation du numéro de téléphone de Marcel Broodthaers sont autant de fictions subjectives dans lesquelles il nous embarque !

INFOS PRATIQUES :
Multiple Transmissions, Art in the Afropolitan Age
Jusqu’au 18 août 2019
Organiser votre visite :
https://visit.brussels/fr
https://www.thalys.com

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